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Perpignan, année 1

Écrit par Gérard Rosenzweig . Associe a la categorie Evènements du Mémorial

Le samedi 5 juillet dernier a eu lieu à Perpignan un événement dont l’importance et la portée dépassent immensément l’écho qui lui a été consenti par les médias.

En effet, c’est en ce quarante-sixième anniversaire des sanglants massacres d’Oran, que s’est déroulée la « première » commémoration de toutes les disparitions de cette guerre devant notre Mémorial des Disparus.

Il faut méditer quelques instants pour en saisir toute l’importance. À Paris, existe - ou existait - une cérémonie dont le temps fort consistait en un dépôt de gerbe sous l’Arc-de-Triomphe.
Cette cérémonie régulièrement interdite pour « risque de trouble à l’ordre public », n’en a, selon moi, plus pour longtemps. Toute la haine anti-Pieds-Noirs a pris l’habitude de s’y retrouver, pour justement entretenir le « risque de trouble à l’ordre public ». Un essai de transfert tente depuis cette année de reporter cette commémoration au monument du quai Branly. J’honore et soutiens les efforts des associations qui luttent et agissent dans ce but. Mais j’ai un doute : ce lieu est principalement et essentiellement consacré à la mémoire des soldats français morts au combat en Algérie entre 1954-1962. Leurs noms, lumineux, défilent lentement sur trois colonnes verticales. Défilent. Pas de plaques définitives pour immortaliser ces quelque 20 000 victimes ; pas question de mesurer l’étendue de cet autre carnage objectivement interdit d’Histoire publique : dans le meilleur des cas, juste dix noms simultanément lisibles… Que pouvons-nous espérer d’une telle conception d’un lieu de mémoire favorisant ainsi l’amnésie collective ? Que peut espérer notre propre soif de reconnaissance ? Si les victimes « officielles » sont si mal traitées, qu’en serait-il des nôtres dont l’existence reste toujours suspecte ?

La réponse se nomme Perpignan. Oh, certes, c’est loin de tout, dit-on. Pour les Nordistes peut-être, mais c’est juste et faux à la fois. Car à Perpignan, si vous venez à la rencontre de celui, celle ou ceux qui se sont un jour effacés de votre vue, vous venez aussi rencontrer les milliers d’autres que vous n’auriez sans doute jamais connus autrement. L’étendue des plaques révèle l’étendue et la réalité du massacre. C’est là la puissance de l’endroit. Votre regard les embrasse tous. Et à Perpignan, où j’ai pu me rendre, nous sommes chez nous, devant notre Mémorial. Année 1, ai-je titré ? Tout à fait, car cette commémoration de 800 personnes est, en toute certitude, la première d’une série de manifestations identiques, et dont l’importance ne cessera de croître au grand dam des partisans du mensonge.

5 juillet 2009 : prochain rendez-vous qui vous est proposé. Et si vous ne pouvez y être, alors ce sera pour le 5 juillet 2010, et sinon le 5 juillet 2011.

C’est la mémoire qui fait notre humanité.

Gérard Rosenzweig

 



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