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Thomas, Jean, Pilar, Joseph Sevilla, Kheira

Associe a la categorie Disparus après le 19 mars 1962

Le 18 avril 1962, 
Aux environs de Mercier-Lacombe 


Thomas Sevilla, 36 ans, disparu le 18 avril 1962 avec Jean Sevilla son oncle, 54 ans ; Pilar Sevilla sa tante, 47 ans ; Joseph Sevilla son cousin, 20 ans ; et Kheira, enfant qu’ils avaient recueillie et élevée, 12 ans.

Témoignage de son épouse Béatrix Sevilla, née Zaragoza.

Veuillez trouver ci-joints, quelques documents en ma possession, concernant la disparition de mon époux, ainsi que quelques photocopies sur les diverses démarches effectuées, qui sont malheureusement restées infructueuses. Quant à nos souffrances, que vous dire ! Imaginez-les… Notre rentrée, mes deux fillettes et moi-même, sans notre très cher soutien. Vivre dans la peine, déracinés, dans cette incertitude, avec toujours un sentiment d’espoir. À cela s’ajoutaient les difficultés morales et pécuniaires. Je devais élever mes fillettes qui, elles, ont été traumatisées à vie. Pas de secours psychologique, au contraire, bien souvent des brimades. Alors, nous nous sommes renfermées dans nos coquilles toutes trois, avec notre grande peine, nos souvenirs, nos souffrances, rejetées par notre France si hostile à notre venue. Les années ont passé, et la vie a repris ses droits. Malheureusement, de ce long silence, nous avons gardé des séquelles indéfectibles… 
Extrait de la lettre écrite au préfet d’Oran par Mme Béatrix Sevilla.
« Sidi-Bel-Abbès le 2 mai 1962, Monsieur le préfet, J’ai l’honneur d’attirer votre haute attention sur la situation atroce dans laquelle je me trouve actuellement et de solliciter à ce sujet, votre intervention. Le 18 avril 1962, mon mari, M. Sevilla Thomas, s’est rendu comme de coutume à la propriété qu’il gère et qui est située près du douar de Boudjebaa (Mercier-Lacombe). Le soir vers 18 heures, il n’était pas de retour à la maison, alors qu’il ne rentrait jamais habituellement après cette heure-là. Vers 20 heures, des voisins obligeants ont alerté l’armée qui a envoyé une patrouille, qui a constaté que mon mari ne se trouvait plus à la ferme ni dans les environs. Depuis cette date, il n’a plus reparu et aurait été selon la rumeur publique, l’objet d’un enlèvement par des éléments de l’A.L.N., qui le détiendraient encore. D’autre part, la même nuit, d’autres membres de la famille de mon mari : M. Sevilla Jean, 54 ans ; Mme Sevilla Pilar, 47 ans ; M. Sevilla Joseph, 20 ans et une enfant qu’ils avaient recueillie et élevée prénommée Kheira âgée de 12 ans, ont été également enlevés par l’A.L.N. dans une autre ferme, au même douar de Boudjebaa. Je précise, enfin, que mon mari avait une voiture Juva quatre, 157 EU 9G et que sa famille avait également une voiture Aronde étoile, 61 EK 9G. Mon mari, qui est né le 8 juillet 1925 à Saint-Denis-du-Sig, est ancien combattant (1939-1945). Il a fait les campagnes de France et d’Allemagne avec le grade de brigadier, a été cité à l’ordre du régiment et est titulaire de la Croix de guerre avec étoile de bronze. Je me trouve actuellement avec mes deux enfants âgés de 10 et 5 ans, dans l’angoisse du sort qui a été réservé à mon mari et à sa famille, sans que personne ne songe, semble-t-il, à faire effectuer des recherches ou exiger leur libération. J’ose espérer, Monsieur le Préfet, que vous voudrez bien donner toutes instructions pour qu’il soit mis un terme à cette situation angoissante et intolérable. Je vous prie… ».

Extrait de la lettre de la fille de Thomas Sevilla, Marie-José Sevilla, publiée dans Télérama, hors-série du 15 mars 2002.
« Mon père a été enlevé en Algérie. 

Mon père a disparu le 18 avril 1962, un mois après les accords d’Évian. Il était parti travailler, comme tous les matins, une terre qui ne lui appartenait pas. Il a disparu avec son oncle, sa tante, son cousin. J’avais 10 ans. Je suis partie pour Toulouse avec mes grands-parents paternels. Ma mère nous a rejoints un mois après avec ses parents : rien n’avait été possible pour retrouver mon père, elle n’avait rien pu obtenir. Après cette fin d’enfance fracassante, j’ai l’impression d’être entrée dans une longue période silencieuse. Des années de silence. Je ne pouvais pas dire à haute et intelligible voix : « Mon père a été enlevé en Algérie par le F.L.N. ». Mais le fracas n’a jamais cessé à l’intérieur de moi, il cohabite avec le deuil impossible, Les réponses que j’ai pu trouver, je les ai découvertes toute seule… Qu’avait donc fait mon père pour mériter ça, mourir comme un chien au bord d’un chemin. Tant que les circonstances ne sont pas éclaircies, tant que les souffrances ne sont pas entendues, tant qu’une partie importante de cette histoire ne sera pas reconnue, le deuil ne peut se faire, la page ne peut se tourner, 40 ou 60 ans après ».

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