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Paul Lavallée

Associe a la categorie Disparus après le 19 mars 1962

Le 25 juin 1962, 
Sur la route de Rovigo


Témoignage de son fils Pierre Lavallée.

Docteur vétérinaire, inspecteur des Services de l’élevage, responsable de l’aviculture pour toute l’Algérie, capitaine de réserve, chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire. Pendant la guerre de 1939-1945, il avait fait notamment la Campagne d’Italie et avait participé à la bataille de Monte Cassino avec l’Armée d’Afrique. Disparu le 25 juin 1962 près de Rovigo à l’âge de 55 ans alors qu’il était en mission. Fonctionnaire à cette époque, il était directeur des Services vétérinaires de la Kabylie à Tizi-Ouzou et, en plus, avait été chargé par le ministère de l’Agriculture de développer l’aviculture en Algérie. Pour cette raison il circulait beaucoup. Il était l’un des rares civils européens à pénétrer au fin fond des villages kabyles. Il était très estimé de la population indigène car en développant l’aviculture il s’occupait de soigner les animaux dans ces villages de montagne où les gens avaient peu de contact avec les villes. Au cours d’un déplacement au Centre Professionnel de Rovigo, on était à 5 jours de l’indépendance de l’Algérie, il s’est fait arrêter par un barrage d’Arabes armés tout près de Rovigo. L’employé du Centre qui était un Arabe et qui l’accompagnait a été relâché et a pu avertir rapidement le directeur de ce Centre, Rabah Chellig. Celui-ci à non seulement averti le gouvernement général à Alger mais aussi le capitaine d’une compagnie de militaires français stationnant dans le coin, qui a répondu qu’il ne pouvait rien faire. Il avait reçu les ordres de ne pas bouger car, à quelques jours de l’indépendance de l’Algérie, il ne fallait surtout pas qu’il y ait des incidents. Lorsque nous avions appris la nouvelle de la disparition de mon père, je me

trouvais avec ma mère et mes sœurs dans la région parisienne où nous étions hébergées provisoirement chez une tante. Nous venions d’arriver. J’ai pu prendre contact avec le ministre des Rapatriés, M. de Broglie, qui m’a reçu très gentiment, qui m’a dit qu’il allait essayer de se renseigner mais que, pendant cette période, il ne pouvait pas faire grand-chose. Peu de temps après, j’ai repris contact avec M. de Broglie pour lui faire part d’une information que je venais d’apprendre. Dans la région de M’Sila il y avait un camp où 200 à 300 Européens étaient internés et que, parmi eux, se trouvait un vétérinaire ou un docteur. Ce n’était pas une source sûre mais j’ai demandé au ministre de se renseigner et de m’aider à revenir en Algérie, car il y avait encore des militaires français qui auraient pu me couvrir. Je venais de terminer mon service militaire en Algérie et en tant que lieutenant de réserve, je pouvais m’intégrer dans une unité de l’armée française sans trop de problèmes. Pour ça il m’a dit que ce n’était pas possible mais qu’il ferait tout pour se renseigner. Après je n’ai pu avoir de contact qu’avec son chef de cabinet et des réponses évasives. Concernant ma mère, elle a eu la chance d’avoir été aidée par cette grande famille de vétérinaires métropolitains qui ont tout fait pour atténuer ses souffrances morales et matérielles. Par la suite, je pense que le ministre a dû intervenir pour que ma mère puisse obtenir assez rapidement une pension. Moi, petit à petit, je perdais mes contacts avec l’Algérie, je n’avais que des bribes d’informations que je ne pouvais jamais recouper et qui faisaient état de groupes d’Européens internés dans des camps dans la région d’Alger ou de Médéa, mais ce n’était jamais très précis et ces camps changeaient très souvent de place. C’était vraisemblablement des endroits qui avaient été occupés par l’armée française où se trouvaient internés un petit nombre de prisonniers européens. Depuis, je n’ai jamais su ce qui est arrivé à mon père. 


Paul Lavallée
Paul Lavallée,
55 ans

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