Imprimer

Grand succès pour le 37ème congrès annuel du Cercle algérianiste : 1500 participants à Béziers

Écrit par Thierry Rolando. Associe a la categorie Compte-Rendu des Congrès et Colloques

Béziers, comme Aix-en-Provence hier, fidèle à sa tradition d’hospitalité envers les Français d’Algérie, accueille aujourd’hui le 37e congrès national du Cercle algérianiste, temps fort de la vie de notre association, mais aussi moment de rencontre et d’expression de notre communauté tout entière.

Durant trois jours, ce sont plus de 1 500 congressistes qui ont fait battre et vont faire battre encore le cœur de la grande famille algérianiste. Pendant trois jours, notre congrès offre un moment de retrouvailles, de ressourcement, de partage des convictions, de partage aussi des peines avec ceux qui voient, année après année, s’éloigner au fil de la vie, un peu plus les rives de cette patrie tant aimée, qui se transforme au fil du temps, en un insondable souvenir.

Ce congrès n’aurait pu se tenir sans, bien sûr, et je tiens à leur rendre un hommage chaleureux, l’appui déterminé de Raymond Couderc, sénateur-maire de Béziers et d’Elie Aboud, député de l’Hérault et premier adjoint au maire. Qu’ils en soient remerciés du fond du cœur.

Cet instant, nous n’aurions pu le vivre également sans vous, les algérianistes, vous qui, ici, représentez par procuration, nos 10000 adhérents et qui, par votre présence massive, illustrez à nouveau la place majeure occupée par le Cercle algérianiste au sein de notre communauté. Votre fidélité est une garantie de continuité et de justice de l’effort consenti.

Nos décisions n’en seront que mieux éclairées, permettant à chacun d’échapper à la seule lumière de l’instant. Et puis, vous me permettrez de remercier ce maillage d’exception que constituent les cadres algérianistes, ses 600 administrateurs locaux, ses 40 présidents de Cercles et, bien sûr, toute l’équipe nationale qui m’entoure et qui vient de me renouveler sa confiance.

Mais surtout, ce congrès est l’occasion de rappeler ce que nous sommes, ce que nous espérons, ce sur quoi nous ne transigerons pas. Et aujourd’hui, c’est un triple message auquel je voudrais vous associer et que je voudrais adresser alors que se profile à un horizon rapproché, l’année 2012, année de la grande percussion qui verra se juxtaposer l’élection présidentielle, la commémoration pour certains de l’indépendance de l’Algérie et pour d’autres, du 50e anniversaire de notre exode et de nos drames.

Le premier de ces messages, s’adresse en particulier à ces maîtres à penser, à ces universitaires spécialistes de l’histoire de l’Algérie, bien souvent plus idéologues qu’historiens, qui souhaitent mettre ce pan d’histoire en coupe réglée.

Je voudrais dire à ceux qui, à longueur de colloques et de déclarations télévisuelles, accablent les Français d’Algérie de tous les maux, ignorant tout de leurs drames et de leurs souffrances, les regardant au mieux comme des sujets d’études désincarnés, à ces intellectuels qui, trop souvent, nous toisent et nous méprisent, à ceux qui récusent toute idée de repentance en la pratiquant quotidiennement, qu’ils n’ont pas le monopole de la vérité historique. Nous leur récusons en effet tout droit à faire de l’histoire, le champ clos de leur conviction idéologique, à exciper de leur rigueur scientifique, pour mieux imposer leur vision hémiplégique de l’histoire.

Je voudrais leur dire que leurs titres universitaires ne leur donnent aucun droit à décréter comme irrecevables, la douleur des Français d’Algérie, le témoignage de nos victimes, à décider au nom d’une légitimité discutable que le Mur des Disparus de Perpignan ne serait pas opportun, à récuser toute possibilité aux Français d’Algérie de disposer de leur Centre de documentation, à rejeter sans appel une Fondation de la mémoire de la guerre d’Algérie, dont ils voudraient faire croire qu’elle ne serait que le jouet d’un lobby mémoriel nostalgérique.

À tous ces parangons de la pensée unique, je veux dire que si, et ce congrès le prouve à nouveau, les Français d’Algérie sont ouverts au débat, à la recherche universitaire, à une meilleure connaissance des faits historiques, ils ne sont pas disposés à accepter de passer sous les fourches caudines de ceux qui voudraient nous imposer, au nom d’une pseudo neutralité historique, une fondation franco-algérienne, dont on imagine bien volontiers la finalité qui serait la sienne et dont, bien évidemment, les Pieds-Noirs seraient exclus.

En deux mots, nous ne saurions accepter aujourd’hui comme hier, le diktat de ceux qui mettent trop souvent en avant leur démarche scientifique pour mieux masquer en réalité leur posture militante.

Mon deuxième message s’adresse à ceux qui ont pris comme alibi la défense des droits de l’homme, de la ligue bien connue au MRAP et à toutes ces associations groupusculaires de Pieds-Noirs ou de Harkis baptisées pour la circonstance, progressistes, par conséquent plus éclairés que les nostalgériques, et qui s’arrogent le droit de faire le tri entre les victimes de la guerre d’Algérie, de décider lesquelles d’entre elles méritent un hommage, et lesquelles justifieraient l’opprobre.

Nous sommes, quant à nous, pour laisser reposer toutes les victimes de cette époque, en paix.

Nous considérons que 50 ans après le drame de la guerre d’Algérie, chacune d’entre elles, sans exclusive, peut bénéficier d’un légitime hommage.

Oui ! Pour nous, les hommes, les femmes et les enfants qui ont croisé un jour la haine du FLN et ont disparu à tout jamais, ceux qui ont été assassinés rue d’Isly à Alger, un 26 mars 1962, ou ailleurs en terre d’Algérie, ceux qui ont combattu avec désintéressement pour une cause qu’ils jugeaient sacrée et l’ont payé de leur vie, ne sont pas plus indignes que d’autres et méritent que l’on se souvienne de leur sacrifice.

A ceux qui s’offusquent que nous puissions avoir l’outrecuidance de nous souvenir et qui, dans le même temps, en France, sacrifient au culte des porteurs de valises ou des terroristes du FLN, à ceux qui entendent nous interdire toute expression mémorielle pour avoir été du côté des vaincus de l’Histoire, nous disons qu’il est aujourd’hui, plus que jamais, opportun qu’ils fassent leur travail d’introspection sur les errements qui ont été les leurs et qui les ont conduits bien souvent à soutenir par le passé aveuglément une idéologie totalitaire qui fut l’une des plus effroyables tragédies humaines du siècle passé. Pour ces adeptes de la repentance à sens unique, ce serait l’occasion de montrer, pour une fois, l’exemple.

Et puis, mon troisième message ira, vous le comprendrez aisément, au gouvernement algérien, à l’Algérie du président Bouteflika qui prône l’amitié avec la France à la seule condition préalable que celle-ci reconnaisse le génocide commis en Algérie de 1830 à 1962, qu’elle fasse repentance et qu’elle dénonce les méfaits de sa présence en Algérie.

La tentative de criminalisation du colonialisme français à laquelle nous venons d’assister cette année, montre une fois de plus que l’Algérie officielle vient de tourner le dos à une démarche de paix et de réconciliation pourtant réclamée par tant d’Algériens. En persistant dans cette attitude rétrograde, le président Bouteflika n’a qu’un seul objectif, masquer par un écran de fumée, l’impéritie de son régime, ses échecs successifs, la faillite économique et la corruption du parti au pouvoir.

Nous engageons le président Bouteflika à tourner le dos à cette rhétorique révolutionnaire d’un autre âge, dans laquelle ses propres concitoyens ne croient plus et à accomplir avec courage l’indispensable chemin de vérité qui nous conduira vers une amitié réelle et qui passe de manière incontournable par la reconnaissance, par son pays, des crimes commis envers les Harkis et les Pieds-Noirs. Et si d’aventure, le FLN et ses commensaux persistaient dans une attitude revancharde sans lendemain dont on peut imaginer qu’elle pourrait ressurgir avec plus de force à l’approche de 2012, s’ils persistaient dans leurs volontés, de créer une justice factice devant laquelle devraient comparaître Pieds-Noirs, Harkis et militaires français, nous ne manquerions pas à notre tour, d’user de toutes les voies de droit pour poursuivre devant la justice internationale ceux qui ont du sang sur les mains et qui peuplent encore les allées du pouvoir algérien.

Enfin, à ce triple message, adressé avec sérénité mais avec détermination, je voudrais rajouter un codicille et celui-ci revêt finalement plus d’importance que ce que je viens d’énoncer, car c’est à l’Etat français qu’il est destiné.

2012, nous en sommes conscients est l’année de tous les dangers, elle peut être aussi pour le chef de l’Etat et pour ceux qui ambitionneraient de lui succéder, l’année de toutes les tentations dans notre relation avec l’Algérie.

Cette proximité peut en effet les inciter, sous la pression des tenants de la pensée unique, à faire un pas supplémentaire en direction de l’Algérie, à reconnaître pour favoriser le dialogue avec Alger, l’inacceptable qui ne serait finalement qu’un chemin logique déjà emprunté par les différents ambassadeurs de France à Alger.

Le risque est grand qu’il ne conduise, s’il se produisait, à brader l’honneur de la France, l’honneur de ceux qui ont servi la France outre-mer.

Monsieur le président, nous attendons de vous mieux que cela. Nous vous proposons un plus grand défi conforme à votre engagement de Toulon, lorsque vous avez célébré avant votre élection, l’œuvre de la France en Algérie et réaffirmé le refus de toute repentance ; nous vous proposons d’emprunter la voie du courage, celle qui consisterait à reconnaître, officiellement, 50 ans après l’arrachement à la terre qui nous a vus naître, la responsabilité de la France dans le drame des Harkis et des Pieds-Noirs, à accomplir un geste solennel pour montrer que cette communauté blessée et meurtrie, fait partie intégrante de la communauté nationale et que ses souffrances et ses drames sont enfin reconnus au plus haut sommet de l’Etat.

Ce geste, si vous le décidiez, marquerait à tout jamais, au plus profond de leur âme, j’en suis convaincu, tous ceux de vos compatriotes qui ont porté la France et son drapeau avec honneur et fierté sur cette terre d’Algérie qu’ils ont tant aimée, et qui portent en eux cette patrie perdue dont le souvenir demeure, au plus profond de leur être, indissoluble.


Thierry Rolando
président national du Cercle algérianiste