Imprimer

Le Temps de la justice et de la vérité est-il enfin venu ?

 
 
 

Ils s'appelaient Ahmed Bouchrit, Abdelatif Aissaoui, Ali Ben Ayache... Ces noms ne vous diront sûrement rien. Ce sont pourtant, parmi des dizaines de milliers d'autres, ceux de trois de nos compatriotes harkis, livrés un jour de juillet 1962 à la vindicte du F.L.N., par un gouvernement implacable et qui payèrent de leur vie, leur attachement à la France. Il y a bientôt quarante ans.

Il y a bientôt quarante ans, d'autres de nos compatriotes, échappaient de peu à l'inéluctable massacre pour connaître non seulement l'arrachement à la terre qui les avait vu naître, mais aussi un exode des plus dramatiques dont l'aboutissement furent les camps dont les noms résonnent aujourd'hui comme autant de lieux de mémoire de leur parcours de souffrance : Bias, Jouques, Rivesaltes...

Voilà quarante ans qu'ignorés, méprisés, vilipendés pour leur engagement, ils n'eurent d'autres choix, la mort exceptée, que d'accepter le silence des camps de regroupement et, plus dramatique encore, celui des médias et des institutions sur le calvaire qui avait été le leur. Aussi depuis bientôt quarante ans, avec une dignité exemplaire, mais aussi pour les plus jeunes avec une combativité et une détermination sans pareil, ils luttent pour qu'intervienne enfin le geste officiel que la France se devrait de faire à leur égard : la reconnaissance de leur drame et des responsabilités qui en sont à l'origine.

Ils ont eu, certes, en quarante ans, leur lot de promesses, de mots d'encouragement, voire même de soutien matériel, mais force est de reconnaître que les responsables politiques français ont traité à bon marché cette page de notre histoire.

Alors, comment aujourd'hui, ne pas être interpellé par l'initiative du Président de la République visant à faire du 25 septembre 2001, une journée nationale d'hommage aux harkis? Le temps de la justice et de la vérité serait-il enfin venu ?

Certes, nous ne sommes pas naïfs, mais nous, Algérianistes qui avons compté parmi nos résidents d'honneur, la haute figure du Bachaga Boualem nous ne pouvons que nous réjouir de cette démarche. Nous ne pouvons que nous réjouir, mais nous attendons beaucoup de vous, Monsieur le Président, et le contenu du message que vous allez délivrer nous importe davantage que l'initiative en elle-même, aussi louable soit-elle. Il est grand temps, en effet, que le silence concernant l'abandon et le massacre de ceux qui ont servi avec fidélité la France, soit rompu et que notre pays reconnaisse enfin cette tache noire dans son histoire. La France se doit de reconnaître en effet, non seulement la place des harkis au sein de la communauté nationale mais également la responsabilité qui a été celle des gouvernants d'alors dans cette tragédie.

Manifestation le 19 mars 09 à Valence

 

Cette exigence de vérité et cet indispensable accomplissement du devoir de mémoire nécessitent donc que soient clairement mises en exergue les responsabilités de ceux qui ont sciemment abandonné à une mort inévitable, les Français musulmans fidèles à la France. Alors, Monsieur le Président, ne décevez pas nos frères harkis qui ont tant donné à la France et ont si peu reçu d'elle; ne décevez pas ceux qui croient en votre initiative, ayez courage de reconnaître la faute impardonnable de ceux qui furent ou demeurent vos amis politiques.
Sachez trouver les paroles justes et fortes, comme vous avez su le faire à l'égard de nos compatriotes israélites dans le drame de la Shoah. La France dont vous présidez aux destinées ne pourra que s'en trouver grandie.

Thierry Rolando
Président de la Fédération du Cercle algérianiste
 
 
 

Actions Culturelles

Le Cercle : une communauté de recherche et un soutien à la création

Sauvegarder, défendre et transmettre la mémoire

Les actions principales menées par le Cercle algérianiste :