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Mémoire: les cinq engagements du chef de l’État

Écrit par Thierry Rolando. Associe a la categorie Editos

Mémoire: les cinq engagements du chef de l’État

La campagne présidentielle s’est achevée et un nouveau chef de l’État, Nicolas Sarkozy, a été élu.

Le Cercle algérianiste, conformément à sa vocation de grande association représentative des Français d’Algérie, a été amené à porter la parole et à exprimer, auprès des principaux candidats à cette élection, les attentes de nos compatriotes sur les questions mémorielles.

Le nouveau chef de l’État, interpellé par nos soins, a pris, lors de sa rencontre avec les associations de rapatriés à l’égard de notre communauté, cinq engagements majeurs qu’il nous a confirmés par écrit.

Quels sont-ils ?

Le premier de ces engagements, nous dit-il, est de ne jamais sombrer dans la démagogie de la repentance. « Nos ancêtres, ajoute-t-il en s’adressant aux Pieds-Noirs, ont traversé la Méditerranée pour servir la France et pour bâtir un monde nouveau. Chacun peut porter sur leur œuvre le jugement qu’il souhaite. Mais la France doit leur en être et à jamais reconnaissante. Je le dis clairement ici. Je l’ai dit de la même manière en Algérie ».

Le second de ses engagements porte sur la question du traité d’amitié avec l’Algérie. Ce traité, même si nous sommes favorables à l’amitié entre les peuples, n’a désormais plus aucun sens du fait des deux années d’outrances et d’insultes du président Bouteflika à l’égard de notre pays.

La position du Cercle algérianiste est claire et a été rappelée à cette occasion à Nicolas Sarkozy : il ne saurait y avoir dans ces conditions de traité d’amitié avec les protagonistes de l’actuel gouvernement algérien. À cela, Nicolas Sarkozy nous dit prendre comme deuxième engagement de construire l’amitié avec l’Algérie sans négociation, concession et renoncement autour d’un traité d’amitié. Il déclare, « la relation qui unit la France et le Maghreb est unique dans le monde. Je sais l’amour que vous portez à cette terre et ses habitants. Vous n’avez pas oublié ses couleurs, ses parfums, sa gaieté. L’Algérie et la France ont deux destins liés. Il nous faut donc favoriser le développement économique des pays d’Afrique du Nord, tout en défendant nos propres intérêts. Je ne suis pas favorable à un traité d’amitié avec l’Algérie. Mais je tiens à l’amitié franco-algérienne. Les actes comptent plus que les mots. L’Algérie a d’immenses ressources énergétiques. La France maîtrise les technologies de l’électricité nucléaire. Nous devons trouver là-bas les bases d’une coopération équitable. Il s’agit d’aller avec nos partenaires européens vers une véritable union méditerranéenne où seront progressivement traités non seulement les questions économiques et commerciales, mais aussi la circulation des personnes, la lutte contre le terrorisme, la protection des libertés, l’entretien des cimetières… Il est évident que ceux qui connaissent l’Algérie pour y avoir vécu et pour lui rester fidèles ont un rôle éminent à jouer dans cette œuvre immense ».

Son troisième engagement porte sur ce pourquoi se sont battues les familles de victimes de la fusillade de la rue d’Isly qui, sans relâche, ont exigé que le drame du 26 mars 1962 soit reconnu et que ses victimes se voient, quant à elles, attribuer la qualité de « Mort pour la France ».

Nicolas Sarkozy nous annonce qu’il accédera à cette demande en reconnaissant non seulement la qualité de « Mort pour la France » aux victimes du 26 mars, mais également en demandant à ce que leur nom figure sur une stèle officielle afin que personne n’oublie cet épisode douloureux.

Quatrième engagement sur une question du Cercle algérianiste au sujet de la duplicité de certains élus, y compris du parti majoritaire, concernant la question du 19 mars. Celui qui allait devenir le chef de l’État nous indiquait son refus de faire de cette date une date officielle de commémoration des morts de la guerre d’Algérie, le cessez-le-feu, rajoutait-il, n’ayant pas été respecté. Dont acte.

Enfin, le cinquième et dernier engagement, c’est celui de la reconnaissance du drame des disparus auxquels nous, algérianistes, allons rendre un hommage solennel dans quelques semaines à Perpignan.

« Près d’un demi-siècle après les faits, nous dit le chef de l’État, il est grand temps que toute la lumière soit faite sur ces disparitions, que l’on aide les familles à retrouver la paix, et que les disparus aient une reconnaissance de la Nation par l’inscription de leur nom sur un monument public ».

Dans ce domaine, le Cercle algérianiste, avec l’appui de très nombreuses familles de disparus, aura joué un rôle précurseur puisque, justement, ce monument purement associatif, érigé grâce au soutien de tous, trouvera sa place à Perpignan.

M. le président de la République, nous prenons donc acte de ces cinq engagements majeurs.

Il restera, bien évidemment, à aller jusqu’au bout de vos promesses, à ne pas décevoir une communauté dont beaucoup de membres ont vu leur vie brisée par les souffrances de la guerre et de l’exode, à ne pas lui tourner le dos.

Nous ne sommes pas dans ce domaine naïfs et savons parfaitement que la raison d’État peut prendre le pas à tout moment sur les convictions et les promesses.
Soyez assuré de notre vigilance pour faire en sorte que celles-ci soient respectées ainsi que de notre détermination à faire aboutir la reconnaissance légitime du destin dramatique des Français d’Algérie.

Thierry Rolando
président national du Cercle algérianiste