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De Toulon à Constantine - Nicolas Sarkozy tourne le dos au chemin de l’anti-repentance qu'il se proposait d’emprunter avec détermination.

Écrit par Thierry Rolando. Associe a la categorie Editos

De Toulon à Constantine 

« Dans cette ville que je n’ai pas choisie par hasard, les pierres se souviennent encore de ce jour de 1837 où un peuple libre et fier, exténué après avoir résisté jusqu’à l’extrême limite de ses forces, fut contraint de renoncer à sa liberté. Les pierres de Constantine se souviennent encore de cette journée terrible du 20 août 1955 où chacun fit couler ici le sang pour la cause qui lui semblait la plus juste et la plus légitime. Le déferlement de violence, le déchaînement de haine qui, ce jour-là submergea Constantine et toute sa région et tua tant d’innocents, étaient le produit de l’injustice que, depuis plus de cent ans, le système colonial avait infligé au peuple algérien. L’injustice attise toujours la violence et la haine. Beaucoup de ceux qui étaient venus s’installer en Algérie étaient de bonne volonté et de bonne foi. Ils étaient venus pour travailler et pour construire sans l’intention d’asservir, ni d’exploiter personne. Mais le système colonial était injuste par nature et ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation ».

Ce passage du discours prononcé à l’université Mentouri de Constantine, le 5 décembre 2007, par Nicolas Sarkozy illustre à lui seul que le chemin de l’anti-repentance que le président de la République se proposait d’emprunter avec détermination et courage est un chemin auquel il a commencé à tourner le dos.

La raison d’État sans doute, la volonté de faire aboutir son projet d’Union méditerranéenne très certainement expliquent ce semi-renoncement, la stratégie oppressante du président Bouteflika qui consiste à exiger toujours plus de la France, à la placer en permanence au rang des accusés tout en ne lâchant rien faisant le reste. Oui ! beaucoup de nos compatriotes Français d’Afrique du Nord peuvent considérer à juste titre que le discours de Toulon destiné aux rapatriés lors de la campagne électorale pour la présidence de la République est désormais bien loin. Il n’est pas inutile d’en rappeler quelques bribes : « Cessons de noircir le passé, affirmait Nicolas Sarkozy, l’Occident longtemps pécha par ignorance et arrogance, beaucoup de crimes et d’injustices furent commis. Mais la plupart de ceux qui partirent vers le Sud n’étaient ni des monstres ni des exploiteurs. Beaucoup mirent leur énergie à construire des routes, des ponts, des écoles, des hôpitaux. Beaucoup s’épuisèrent à cultiver un bout de terre ingrat que nul avant eux n’avait cultivé. Beaucoup ne partirent que pour soigner, pour enseigner. Il faut respecter ces milliers d’hommes et de femmes qui, toute leur vie se sont donné du mal pour gagner par eux-mêmes de quoi élever leurs enfants sans jamais exploiter personne et qui ont tout perdu parce qu’on les a chassés d’une terre où ils avaient acquis par le travail le droit de vivre en paix, une terre qu’ils aimaient parmi une population à laquelle les unissait un lien fraternel. À tous ceux qui sont revenus des colonies en ayant tout abandonné, n’emportant avec eux que leurs souvenirs de jeunesse et cette nostalgie qui ne les quittera plus jamais, je veux dire que si la France a une dette morale c’est d’abord envers eux ». Oui ! Ces paroles résonnent sans doute encore aux oreilles de tous ceux qui ont trouvé en elles un réconfort en se disant que peut-être au plus haut sommet de l’État une parole différente allait s’imposer. Hélas ! Le voyage de Nicolas Sarkozy en Algérie nous laisse un goût amer comme si nos gouvernants y compris même ceux qui paraissaient les mieux intentionnés nous laissaient entendre qu’il ne pouvait y avoir qu’une seule vision de l’œuvre de la France Outre-mer, celle d’une condamnation sans appel de la colonisation. Certes pour être juste, il faut reconnaître au chef de l’État qu’il n’a pas omis dans les propos tenus lors de son périple algérien d’évoquer en les citant toutefois à égalité avec les victimes innocentes d’une répression aveugle et brutale, « les victimes tuées dans les attentats et qui n’avaient jamais fait de mal à personne, ni celles qui ont dû tout abandonner : le fruit d’une vie de travail, la terre qu’ils aimaient, la tombe de leurs parents, les lieux familiers de leur enfance ». Mais il n’en demeure pas moins que la tonalité de ce voyage officiel de Nicolas Sarkozy apparaît comme une volte-face et tourne le dos sans que cela soit dit aux engagements d’antan, ce qui s’apparente au début d’une repentance pour l’action coloniale de la France. C’est sans doute là le prix à payer par la France pour qu’elle conserve le peu d’influence qui lui reste encore sur le continent africain. Cette repentance qui ne dit pas son nom est d’autant plus flagrante qu’en contrepartie des génuflexions de la France, rien n’est exigé de l’Algérie, ni la libre circulation des Harkis, ni la reconnaissance du drame des Disparus, ni l’arrêt des insupportables propos et des insultes permanentes tenus à l’égard de notre pays par les caciques du FLN qui seraient bien inspirés de se pencher sur les crimes commis au nom de la cause qu’ils défendaient.

Pour les Pieds-Noirs et tous ceux attachés à ce que la vérité soit réellement dite sur l’œuvre de la France d’Outre-mer, loin des slogans et des propos idéologiques, il s’agit bien là d’une grande déception et d’un rendez-vous raté avec Nicolas Sarkozy.

Thierry Rolando
Président national du Cercle algérianiste