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Refuser toute repentance, l’exercice difficile de Nicolas Sarkozy

Écrit par Thierry Rolando. Associe a la categorie Editos

 

 Refuser toute repentance, l’exercice difficile de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy a fait du refus de toute repentance, nous le savons, la pierre angulaire de son discours de campagne présidentielle.
Cela a été particulièrement perceptible lors de son meeting de Toulon le 7 février 2007, illustré notamment par ces mots :
« Il faut respecter ces milliers d’hommes et de femmes qui, toute leur vie, se sont donné du mal pour gagner par eux-mêmes de quoi élever leurs enfants sans jamais exploiter personne et qui ont tout perdu parce qu’on les a chassés d’une terre où ils avaient acquis, par leur travail, le droit de vivre en paix, une terre qu’ils aimaient, parmi une population à laquelle les unissait un lien fraternel. Je veux le dire à tous les adeptes de la repentance qui refont l’histoire et qui jugent les hommes d’hier sans se soucier des conditions dans lesquelles ils vivaient, ni de ce qu’ils éprouvaient ; je veux leur dire : de quel droit les jugez-vous ? Je veux leur dire : de quel droit demandez-vous aux fils de se repentir des fautes de leurs pères, que souvent leurs pères n’ont commises que dans votre imagination ? […] À tous ceux d’entre vous qui sont revenus des colonies en ayant tout abandonné, n’emportant avec eux que leurs souvenirs de jeunesse et cette nostalgie qui ne les quittera plus jamais, je veux dire que si la France a une dette morale, c’est d’abord envers eux ».

Mais nous le savons aussi, l’exercice du pouvoir de même que la raison d’État amène bien souvent à infléchir, voire à édulcorer le discours initial, sous la pression notamment de nos partenaires africains toujours prompts pour certains, tel Bouteflika, à placer la France au banc des accusés permanents et à pratiquer le chantage à la repentance.
C’est ainsi que, lors de son déplacement en juillet dernier à Alger, si Nicolas Sarkozy a confirmé que l’on pouvait faire l’amitié sans signer un traité d’amitié, il a tenu un langage prudent.
« Il y a eu certainement beaucoup d’ombres, de souffrances et d’injustices au cours des 132 années que la France a passées en Algérie, mais il n’y a pas eu que cela, devait déclarer le président de la République. Je suis donc pour une reconnaissance des faits, pas pour le repentir qui est une notion religieuse et qui n’a pas sa place dans les relations d’État à État. Le travail de mémoire doit aussi se faire des deux côtés, car il ne s’agit pas d’avoir une partie qui doit accepter la vérité de l’autre » devait ajouter Nicolas Sarkozy.
Son discours plus récent encore de Dakar le 26 juillet 2007, mal reçu d’ailleurs par certains intellectuels sénégalais ayant une fâcheuse tendance à oublier la responsabilité partagée dans l’esclavage par les Occidentaux, les Arabes et les Africains eux-mêmes comme le rappelle l’historien Olivier Petré-Grenouillau, fut un exercice d’équilibrisme particulièrement ardu, dont on retiendra cependant la condamnation par Nicolas Sarkozy, de la colonisation.
« La colonisation fut une grande faute qui détruisit chez le citoyen l’estime de soi et fit naître dans son cœur cette haine de soi qui débouche toujours sur la haine des autres. Je ne suis pas venu nier les fautes, ni les crimes car il y a eu des fautes et des crimes ».
Nicolas Sarkozy devait toutefois moduler son propos en rappelant à son auditoire africain que « la colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique, des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux, des génocides, des dictateurs, du fanatisme, de la corruption et de la prévarication ».
On le voit bien, l’exercice pour Nicolas Sarkozy s’avère particulièrement périlleux. Refuser la vérité des élites bien pensantes, des nostalgiques des discours révolutionnaires tiers-mondistes, des universitaires idéologues qui, dans le sillage d’un Benjamin Stora, ne sont bien souvent que de simples relais non avoués du président algérien, est un chemin semé d’épines.
C’est la raison pour laquelle nous nous devons, nous Pieds-Noirs, de rappeler inlassablement que nous n’avons pas à rougir de l’œuvre française en Algérie, que nous n’y pratiquions pas l’esclavage, que nous avons puissamment contribué au développement de la terre d’Algérie que nous aimions charnellement et pour laquelle beaucoup d’entre nous sont morts, que pour ces raisons-là, toute idée de repentance nous fait horreur.
Espérons que ce message, ainsi que la mémoire de tous ceux des nôtres disparus dans d’atroces conditions et assassinés par le sinistre FLN, seront bien présents à l’esprit de Nicolas Sarkozy lors de son prochain voyage en Algérie prévu en novembre 2007.

Thierry Rolando