Articles

Imprimer

CVR du 16 Octobre 2010 : In memoriam, Maurice ALLAIS

Écrit par Michel Lagrot. Associe a la categorie Le Comité de Vigilance et de Riposte (CVR)

In memoriam, Maurice ALLAIS


La disparition de Maurice Allais à un age avancé a été récemment saluée par la presse avec l’attention qui convient à l’égard du prix Nobel d’économie qu’il fut, seul Français à avoir reçu cette distinction. 
En vérité Maurice Allais fut un des esprits les plus brillants du siècle, un surdoué en maints domaines, doté d’une phénoménale puissance de travail et de reflexion, un scientifique de très haut niveau mais aussi un être étonnamment humain, aux talents de juriste et de sociologue.

Elève de l’Ecole polytechnique, devenu physicien, auteur de recherches mondialement remarquées, il devint économiste, autodidacte attiré par une discipline encore dans l’enfance, dans les années  quarante.
Cet esprit universel, resté bien français malgré les offres alléchantes d’universités étrangères, suivait de près, avec inquiétude, la politique de son pays après la prise de pouvoir par De Gaulle ; dès le début, au milieu de l’euphorie générale, son caractère dictatorial lui était apparu, et d’abord à la lecture attentive de la nouvelle constitution que les Français approuvaient sans la lire…

Mais c’est sur la politique algérienne du nouveau pouvoir que Maurice Allais réagit publiquement . Disons tout de suite qu’il n’avait jamais été partisan de l’Algérie française, qu’il dénonce comme un mythe irréaliste, analysant sans doute le problème  en économiste et en démographe. Ce qui rend d’autant plus impressionante la tenacité avec laquelle il analyse, en juriste et en politique, les accords d’Evian et leurs conséquences immédiates et lointaines ; dans de nombreux articles de presse de l’époque, il dénonce avant tout le caractère totalement illégal et inconstitutionnel des dispositions des accords, mais aussi l’arbitraire de la répression exercée en Algérie contre la population française. Ne se contentant pas d’une simple position de principe comme l’ont fait les intellectuels anticolonialistes contemporains, il cite, pour alerter l’opinion, les atrocités du pouvoir, les polices parallèles, les agissements des Debrosses et des Katz, les arrestations de masse, les enrôlements forcés des jeunes Pieds noirs, le mitraillage des civils, les enlèvements devant l’Armée française l’arme au pied, la censure de la Presse etc… avec la précision d’un constitutionnaliste, il dénonce dans le référendum sur les accords d’Evian, article après article, un monstrueux affront au droit et à la morale. Une élection dont a été exclue volontairement et arbitrairement une partie des Français, ceux dont le sort en dépendait, reste, de nos jours encore, un acte de despotisme inégalé dans notre histoire, contre lequel Maurice Allais s’est élevé avec la dernière énergie en son temps. Sa virulence à l’encontre du Président était telle que ce dernier avait songé à l’embastiller ; mais, évidemment on ne mettait pas en prison un scientifique de stature internationale comme on déporte un citoyen de Bab el Oued….

Son plaidoyer passionné était assorti d’une vision prémonitoire des troubles sanglants promis à « l’Algérie d’Evian », titre de l’ouvrage qu’il nous a laissé. Hélas, l’avenir immédiat a montré qu’il était encore très au dessous de la réalité ; mais de tous ces deuils et de toutes ces ruines la France populaire se souciait peu, et cela aussi indigne le grand savant, qui a su voir les terribles conséquences à venir de cette démission. Citons d’ailleurs la formule finale d’un des chapitres du livre cité :

« La politique qui, implacablement, est mise en œuvre, constitue un crime contre l’humanité.
Personnellement, et quels qu’en soient les risques, ma conscience me dicte de protester contre ce crime
Tout n’est qu’ignominie et déshonneur .
L’Histoire jugera »

Hélas, nous savons que l’Histoire se tait. La « grosse presse » nous en donne la preuve : dans les flots d’éloges rétrospectifs répandus dans les quotidiens sur l’économiste, le savant, l’académicien, pas un mot sur le profond antigaullisme de l’homme et sa révolte contre l’assassinat de l’Algérie….

M.Lagrot
Hyères le 16 oct. 2010