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CVR du 5 Octobre 2010 « Pages d’histoire » à la Jules Roy ou l’Evangile selon l’Express

Écrit par Michel Lagrot. Associe a la categorie Le Comité de Vigilance et de Riposte (CVR)

« Pages d’histoire » à la Jules Roy ou l’Evangile selon l’Express


On connaît l’histoire de ce journaliste débutant qui, dans les premières années du siècle , le XX°, s’était illustré par son talent d’affabulateur : envoyé par son journal pour décrire la cérémonie d’investiture du sultan du Maroc, il en avait fait une description ébouriffante rédigée à Rabat dans sa chambre d’hôtel et envoyée à son rédacteur en chef ; lequel, enthousiasmé, l’avait sortie au petit jour sur ses presses, en avance sur toute la concurrence. Las, la cérémonie avait été retardée et n’avait eu lieu qu’après impression du reportage…. Néanmoins, le jeune reporter fut félicité pour son imagination débordante et poursuivit une brillante carrière….

On peut penser que le magazine comique bien connu,  « l’Express », a voulu renouer avec la tradition ainsi créée, en nous servant sous la rubrique « Pages d’histoire » de son N°3085 un pseudo reportage du non moins comique Jules Roy, titré « Algérie, naissance d’une nation », publié primitivement le 5 juillet 1962. Dans un article délirant, le reporter nous décrit, dans les premiers jours de juillet 1962, le passage de l’Algérie à l’indépendance, prétendument vu sur place.


On n’ignore rien par ailleurs du « cas Jules Roy », cet enfant pieds noirs adultérin vidant son complexe par une haine pathologique de ses compatriotes d’Algérie, et surfant sur la vague de diffamation à leur encontre pour conforter à bon marché sa carrière d’écrivain. Pour cela, rien de plus facile que de tirer sur les ambulances, et Dieu sait si, en 1962, elles avaient du monde à transporter ! En l’occurrence pourtant, la capacité d’affabulation du personnage atteint des sommets : elle se manifeste dès l’entrée par un chiffre, l’auteur prétendant voir le 5 juillet 700 000 Européens restés sur place… on sait comment le gouvernement français truquait depuis des mois les chiffres de l’exode, mais personne sur place ne pouvait ignorer la réalité, qui divisait ce nombre au moins par deux. On écarquille les yeux quand on lit « en quelques jours les sept cent mille Européens qui restent encore ici sont tous devenus de ces libéraux n’étaient, il n’y a que peu de temps encore qu’une poignée d’hommes menacés et pourchassés quand ils avaient réussi à ne pas être abattus »… fermez le ban !

Le reste du récit n’est pas moins savoureux, où l’on apprend que le référendum pour l’indépendance se déroule dans l’enthousiasme et le calme, et que « après tout, l’acte civique des Européens, c’était de montrer qu’ils choisissaient l’Algérie ». Aucune violence, et, bien sur, les Européens votent tous pour l’indépendance : vous avez bien lu ! Les massacres d’Oran, les enlèvements, les pillages, les discours de haine des FLN de la 11° heure, les viols, les spoliations …. Connais pas !

Il faudrait dresser le florilège de l’indécence, mais tout l’article serait à citer… un exemple dans le tas, celui de « Louise » s’extasiant devant les drapeaux du FLN :  « La colline ondulait, tu vois, comme les orages au printemps. Et quels beaux drapeaux ! De soie riche, bien faits, brodés, sans que je puisse te dire combien il y en avait, des centaines ou des milliers. »…. Et la crainte abandonna les Européens, conclut Jules Roy !

On connaît la suite… on aimerait que le Pieds noirs qui a voté à Alger pour l’indépendance se fasse connaître d’urgence à l’Express, histoire de confirmer à ce canard le sérieux de ses affirmations historiques. Jules Roy, lui,  nous a heureusement quittés depuis longtemps, totalement absous de la criminelle irresponsabilité de nos « intellectuels », exempté par son outrecuidance de l’éthique réputée nécessaire aux journalistes.
 

Mais le plus grave n’est pas dans les affabulations de cet idéologue en chambre : le comble de la malhonnêteté est dans la publication, quasiment un demi siècle après l’événement, d’un pseudo reportage présenté sans commentaire ni avertissement comme un document historique. Ce dernier  passant, bien sur, pour le reflet de la réalité aux yeux du lecteur trop jeune ou mal informé… article publié, alors que personne ne peut ignorer son caractère mensonger, que la suite n’a fait que rendre plus évident .  Le gros mensonge de 1962 est devenu la vérité de 2010… A défaut du prix de l’éthique journalistique, l’Express pourra prétendre à la Palme d’or de la désinformation !

M.Lagrot
Responsable CVR

Hyères le 5/10/2010