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CVR du 5 avril 2004 : Réflexion sur la torture en Algérie

Écrit par Michel Lagrot. Associe a la categorie Le Comité de Vigilance et de Riposte (CVR)

Réflexion sur la torture en Algérie

Depuis quelques mois se développe avec une virulence inhabituelle une campagne d'opinion sur le thème bien connu de «la torture en Algérie» ; entendons par là, bien sûr, de la torture exercée par l'Armée française à l'encontre du F.L.N., la seule à être digne d'intérêt.

Cette campagne a été initiée par les communistes, suivant un schéma qui nous rappelle quelque chose : «témoignage» spectaculaire et détaillé d'une «victime» opportunément surgie de nulle part, publié par les organes d'Agit-prop ordinaire de la grande presse, «Le Monde», «L'Humanité», etc, puis manifeste «spontané» d'une série d'intellectuels saisissant les responsables politiques, le tout relancé à intervalles choisis par les relais habituels de la télévision et de la radio présentant une série d'émissions de toute nature, interviews, tables rondes, colloques publics, tous mis en scène pour «faire vrai». L'ensemble avait été précédé, par un pur hasard évidemment, d'une intensive préparation d'artillerie médiatique sur les désertions françaises de ce conflit algérien.

On y retrouve exactement le processus et les ingrédients de la campagne de 1956-1957 lancée contre l'armée française à l'époque par les mêmes, dans le même style. Dans quel but? Nous allons y revenir...

Observons d'abord que tous les documents produits comme preuves sont des faux : les extraits de films présentés à l'émission «Arrêt sur image», comme des preuves de la torture, sont, l'un sorti de l'oeuvre de fiction «Vingt ans dans les Aurès», l'autre tourné en 1945 par des cinéastes US. Ils ont été, de surcroît, faussement présentés comme «interdits en France» (v. Rivarol du 17/1)... Philippe Nouvion a magistralement confondu ces faussaires en démontrant devant les caméras de la télévision, le faux monté par le journal Le Monde et M. Field à partir d'une photo de la revue Historia... Quant à l'hebdomadaire Marianne, il publie un texte de 14 pages s'ouvrant sur un gros titre : «Voilà ce que nous avons fait...», illustré par la photo d'un garde-champêtre musulman égorgé par le F.L.N. (on reconnaît à son côté le message habituel des fellagha sur un papier); et toutes les photos sont du même acabit, comme celle représentant des gendarmes dressant le constat d'usage après les massacres du F.L.N., devant une série de cadavres allongés dans une cour de ferme - Melouza P. illustrant des commentaires sur les tortures... des Français... ! etc, sans parler des énormités du style «torturé avec un ANGRC9» (les spécialistes me comprendront!).

Même observation pour les témoignages : faux témoignage déjà sur les désertions par le spécialiste Favrelière dans une émission d'ARTE (v. la brochure du Cercle pour la défense des combattants d'AFN sur ce cas) ; témoignage très flous de militants qui, poussés dans leurs retranchements, ont «entendu dire que, appris que» etc, sans qu'un seul d'entre eux ait pu donner des précisions. Mais c'est surtout celui de Louisette Ighilariz qui nous frappera par ses incohérences, ses invraisemblances, de dates et son caractère fabriqué : c'est lui qui a été utilisé comme déclencheur, (quarante ans après les faits) suivant un scénario rigoureusement semblable à celui de 1956, où le témoignage d'Henri Alleg avait été fabriqué sur ordre ; de même que le Comité Audin avait été monté comme une arme de propagande anti-française, à partir de la disparition de ce militant communiste sur laquelle les mêmes agitateurs avaient élaboré une légende de torture reprise aujourd'hui comme une vérité historique. Détail révélateur dans les déclarations de Louisette Ighilariz : cette torturée à l'étonnante mémoire et à la robuste santé, a mis en cause le capitaine Graziani, ce qui n'est pas un hasard : c'était un soldat à la morale intransigeante, aux antipodes d'un tortionnaire ; mais surtout il est mort au combat et ne peut donc plus se défendre. Salir sans risque, la bonne vieille méthode...

Passons sur les chiffres produits, tous faux : on a eu droit, une fois de plus, aux «deux millions d'appelés» (presque deux fois le nombre exact), et le reste à l'avenant.

On n'a pu manquer non plus de noter que les tortures exercées par les barbouzes gaullistes et la gendarmerie du colonel Debrosses contre les Français membres de l'O.A.S., ou supposés tels, sil elles n'ont pu être niées (les preuves en sont trop flagrantes), ont été envoyées à un autre débat... qui n'aura, bien sûr, jamais lieu.

Les procédés employés par les promoteurs de cette campagne sont ceux du terrorisme intellectuel : lors des débats télévisés, les protagonistes étaient toujours très majoritairement des accusateurs, et les historiens, exception faite de Raoul Girardet, soigneusement choisis pour leurs positions, choisis même au sein du F.L.N., ce dernier très représenté dans chaque émission. Leurs contradicteurs étaient, sinon absents, du moins ramenés à une présence symbolique, et il est remarquable que, d'une part l'Armée diffamée et insultée n'a pas été invitée au débat (sinon en la personne de ceux qui précisément se comportaient en accusateurs), que d'autre part la communauté des Français d'Algérie, Pieds-Noirs et Harki était absente des exposés, à l'exception notable et inattendue de l'émission télévisée de M. Field. Ce dernier avait adopté en la circonstance le «profil bas». On a pu juger aussi des énormes moyens mis en oeuvre par les médias : une émission de trois heures non stop a été consacrée au problème par France Culture, du jamais vu et confinée dans une enceinte privée après avoir été annoncée publique, tant était grande la crainte des journaleux que des contradicteurs se glissent dans la foule... France Inter a, entre autres, consacré une journée entière, la «journée-torture» à un débat organisé par trois compères triés sur le volet, ce qui n'a pu empêcher malgré tout des témoignages du style de cet ancien appelé déclarant sans rire que «n'ayant rien remarqué durant son service en Algérie, il avait découvert la torture avec horreur après son retour en métropole», etc... Mais rien n'illustrait mieux le totalitarisme présidant à cette campagne que l'interview, ou plutôt l'interrogatoire du général Aussareses à la télévision, mis en scène avec tous les procédés les plus staliniens.

On a assisté, en somme, non à un débat, mais à un procès à grand spectacle jugé d'avance, dont les accusés n'avaient pas été convoqués, les témoins à charge seulement, les parties civiles écartées, les avocats réservés à l'accusation, les victimes érigées en coupables, et toutes les pièces du dossier fausses ou sélectionnées par les procureurs...

Remarquable a été l'absence en cette affaire des associations d'Anciens Combattants, les unes parce qu'on a censuré leur protestation (C.N.C, A.C.U.F., U.N.C., fédération Maginot), les autres pour cause de complicité avec les accusateurs de l'armée, les dernières pour cause de conformisme idéologique et de prudence politique ; mais plus remarquable : le pouvoir algérien a laconiquement déclaré qu'il s'agit d'une affaire strictement franco-française...

Sur le fond, nous savons bien ce qui en est : certes, l'Armée a interrogé avec rudesse des prisonniers, certes elle a passé à la fameuse gegènne, qui n'a jamais tué personne, des poseurs de bombes et des assassins avérés ; certes elle n'a pas ménagé les gifles et les coups de garcettes à des tortionnaires... mais en outre qu'elle l'a fait pour obtenir des renseignements et jamais, comme ses ennemis, pour provoquer la terreur et «faire mourir deux fois», comme disait le F.L.N. Comment peut-on comparer ces procédés aux effroyables traitements infligés par l'A.L.N. ? à-t-on jamais vu l'armée française écorcher vivants ses prisonniers, éviscérer des femmes enceintes, ou mutiler à la hache des enfants de cinq ans, j'en passe hélas beaucoup et des pires ? Il y a véritablement abus de langage à utiliser le même mot dans les deux camps.

S'il y avait eu un véritable débat, il aurait commencé par une définition préalable du mot «torture», dont se sont bien gardés les moralistes de salon qui ont joué les procureurs, comme ils se sont gardés d'une observation bien simple, de nature historique : toute l'histoire nous enseigne, en effet, que le Maghreb central a été et est toujours une terre de violence et d'excès. Mais le dire serait reconnaître que la France a remis ensuite ce pays à des assassins. Quant à chercher si l'accusation portée contre l'armée relève de la pure morale, la réponse nous est indirectement donné par l'historien Madeleine Rebérioux, procureur particulièrement virulent, qui a, en d'autres circonstances, manifesté sa sympathie au sinistre Boudarel, le Bo Do du camp 113, tortionnaire s'il en fut, mais tortionnaire des soldats français ; il y a de bonnes et de mauvaises tortures...

Reste à se poser une question essentielle : pourquoi cette offensive extraordinaire après quarante ans écoulés ? Pourquoi, sur cette guerre, la vérité est-elle systématiquement retournée comme un doigt de gant ? La réponse, qui sort de la bouche des enfants, a été involontairement donnée par un invité de M. Field, un jeune «artiste» (sic!) algérien, né et vivant en France, ne connaissant manifestement rien à cette histoire, qui s'est écrié que «la vraie torture, c'était d'avoir été occupé...», en clair, il s'agit de procéder à la condamnation par principe de la colonisation elle-même, derrière l'opprobre attaché à la torture... la communauté Pieds-Noirs ne s'y est pas trompée, qui a réagi avec indignation alors que l'accusation était censée ne pas la concerner directement.

Enfin, au-delà de cette condamnation de principe, le but est clairement de figer la mémoire en histoire officielle interdisant toute remise en cause, le bétonnage de la pensée unique aura été ainsi achevé et toute protestation sera condamnée comme «négationniste»... vous ne me croyez pas ? écoutez, une fois encore, Madeleine Rebérioux déjà citée : «l'appel va (...) permettre de relancer des réflexions sur ces questions, à propos desquelles les programmes scolaires font généralement silence (sic!)... il faut en parler dans les lieux scolaires (...) convainquons les enseignants d'en débattre avec les élèves (...). Le mouvement n'en est qu'à son début».

On n'est pas plus clair !

Michel Lagrot