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CVR du 23 février 2003 : L’Algérie sans masque - un article de Hervé Bourges

Écrit par Michel Lagrot. Associe a la categorie Le Comité de Vigilance et de Riposte (CVR)

L’Algérie sans masque - un article de Hervé Bourges

On reste pantois à la lecture d’un article de Hervé Bourges, grand manitou de la fameuse " Année de l’Algérie en France " intitulé sans rire " l’Algérie sans masque " ( Figaro du 21 fevier ) dont chaque phrase est une contre vérité flagrante …...

Toutes les sensibilités se sont exprimées…… peut on y lire ! Il n’est que de prendre connaissance des protestations de toutes les associations de Français d’Algérie rejetés totalement de ces manifestations, des Musulmans réfugiés de 1962 sous le nom parfois abusif de Harki, de la communauté Kabyle en Algérie même, des intellectuels algériens réfugiés en France, et même d’une grande partie de la Presse algérienne , pour savoir ce ce qu’il faut penser de " toutes ces sensibilités " ……et il faut un aplomb peu ordinaire pour venir prétendre que " tous les hommes de culture y ont leur place " !

La contestation à cette manifestation grandiose est d’ailleurs venue de tous les horizons d’Algérie oû l’on a compris, mieux qu’en France, sa nature inavouée, c’est à dire, sous couleur de culture, une large opération de propagande au bénéfice exclusif du gouvernement algérien actuel, l’un des plus impopulaires de la planète…opération basée, il suffit de voir les films au programme, sur la haine de la France exposée avec conviction et simplicité…opération à énorme budget mais totalement opaque dans son financement…..opération affectée en sous main par les plus tortueuses combines des différentes composantes du pouvoir militaire, car rien n’est simple lâ bas…..

Pas un mot de cette interview qui ne prête à réfutation…à commencer par l’écoeurante récupération de St Augustin, sinistre gag : non, pas eux et pas ça ! a-t-on envie de dire…

Mais arrêtons nous un instant sur l’affirmation suivant laquelle " le premier souci de la France coloniale n’était pas d’encourager les expressions culturelles qu’elle rencontrait " ; outre que cela pourrait largement se comprendre, car lorsqu’on a un pays entier à construire à partir de rien il est concevable que les priorités soient ailleurs, ce ne fut pas le cas : mais des le débutde la colonisation, les Français n’ont pu que constater le désert culturel dans lequel ils entraient. Désert qu’ils ont comblé par une activité créatrice intense, aujourd’hui sujet d’étonnement pour tous les observateurs de bonne foi. Une école littéraire féconde, l’Algérianisme, une production architecturale étudiée dans les écoles d’architecture du
monde entier, une école de peinture, partie du mouvement Abd-el-Tif, essaimée dans nombre de musées français, un immense patrimoine scientifique sont, avec bien d’autres choses encore, les véritables trésors culturels de l’Algérie telle que la France l’avait façonnée, que «Djazaïr » le veuille ou non…

Et il n’est pas exagéré d’écrire que ce sont des hommes comme Hervé Bourges qui, contre le sentiment d’une élite algérienne à qui on a oté la parole comme on l’a otée aux Français d’Algérie, ont empêché que ce pays évolue sans rupture dans le respect du riche patrimoine que nous lui avions laissé.

Au lieu de quoi, les friches que les Arabes, puis les Turcs, avaient crées puis entretenues jusqu’en 1830, se sont reconstituées ; les rares écrivains écrivent en France et en français, situation emblématique …on peut sourire en lisant la référence au cinéma algérien, qui se ramène à quelques médiocres films de propagande, comme on sourit à l’évocation de
la musique arabo-andalouse dont le nom dit assez qu’elle n’a rien d’algérien….et le reste à l’avenant…

Nous ne sommes pas assez naïfs pour ne pas avoir saisi l’arriere pensée de ce manifeste : au delà des outrances d’un personnage dont la paranoia bien connue est mal supportée de ses interlocuteurs algériens, le bout de l’oreille est avancé dans l’article : " La diversité culturelle commence aujourd’hui à notre porte . Nous en portons la promesse dans notre propre société " il est donc clair que pour M.Bourges, c’est dans le néant d’une civilisation qui se refuse même à naître, et qui ne se définit que dans sa haine à notre encontre, que devra se mouler notre culture de demain …………

On comprend dès lors pourquoi nous sommes écartés d’emblée des réjouissances…. la vraie culture de l’Algérie, en effet, nous la connaissons mieux que quiconque, et trop pour ne pas être des gêneurs !.

Hyeres 23/02/03

M.LAGROT
Responsable CVR