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Une interview de Dalila Kerkouche, fille de harki

Écrit par Michel Lagrot. Associe a la categorie Le Comité de Vigilance et de Riposte (CVR)

L'hebdomaire féminin " ELLE " a récemment publié, sur un sujet désormais " dans le vent ", une interview de Dalila Kerkouche, fille de harki.

Cette jeune femme, journaliste à " l'EXPRESS ", est l'auteur d'un livre, " Mon père ce harki ", auquel on fait une large publicité, qu'on pourrait tenir pour étonnante puisque, le sujet étant venu à la mode pour des raisons que nous subodorons facilement, d'autres ouvrages au moins aussi valables ont été publiés en même temps et ne semblent guère intéresser la grande presse….

On peut lire dans cette interview des choses surprenantes. Que soit fait le procès d'une France dont le comportement a été le plus déshonorant de son histoire en cette matière nous paraît bien naturel et nous ne cessons de le clamer depuis quarante ans, sans avoir attendu que les grandes consciences de ce pays fassent semblant de se réveiller.

Mais il est impossible de laisser écrire sans réagir les propos tenus sur les camps où étaient ses parents, et en particulier l'insinuation infâme suivant laquelle ces camps étaient dirigés par des officiers pieds noirs se conduisant à la fois comme des concussionnaires et comme des tortionnaires. Les officiers français d'Algérie ont été parmi les seuls, après avoir mené leurs supplétifs au combat, à les soutenir, les défendre, les comprendre et les accompagner dans leur exil…la solidarité des Pieds Noirs avec les harki dans leur ensemble a été totale, et d'ailleurs une des rares photos illustrant l'article les montrent côte à côte dans une manifestation. On relèvera aussi l'incohérence évidente de certaines affirmations de l'interviewée : qu'elle nous explique par exemple comment on pouvait imposer aux enfants l'étude du catéchisme ( autre affirmation totalement infondée ) alors qu'à peu près aucun, à notre connaissance, n'est chrétien aujourd'hui ? et comment pouvait on réaliser cette prouesse dans un milieu dont elle prétend qu'il ne bénéficiait d'aucun cours d'alphabétisation ?

Mais, au delà de ces diffamations, qu'il faudrait impérativement justifier - des noms, des dates, des lieux SVP ! - l'essentiel est surtout dans les motifs attribués à la carrière de son père : Il est de bon ton de prétendre maintenant que celui ci était favorable à l'indépendance de l'Algérie…voire ! Pour celui qui a connu la situation locale, il sait bien que si c'eut été le cas, il lui était bien plus facile et moins risqué de rejoindre le FLN que de s'engager au coté des Français. Pour celui qui a eu ces harkis sous ses ordres, il sait bien aussi que la motivation de leur engagement a presque toujours été la haine d'un FLN dont la cruauté et l'avidité rendait la vie presque impossible aux populations du bled. Ajoutons que la carrière du grand père de Madame Kerkouche, dans l'armée française depuis la guerre du Rif, montre bien une tradition familiale de fidélité à la France qui suffirait à justifier l'engagement du père. Et aussi que la notion d'indépendance était incompréhensible pour beaucoup dans un pays qui, jamais, n'a historiquement constitué une Nation …Il y est question de cartouches remises au FLN par le harki - dont on se demande comment il a pu être connu de sa fille, qui déclare elle même que son père ne lui a jamais rien raconté ?! -cet épisode, donc, s'il n'est pas inventé, ne fait que traduire les nécessaires compromissions d'une guerre révolutionnaire et n'a aucune signification idéologique. Nous avons bien connu cela !

Dalila Kerkouche a usé d'un procédé peu élégant, consistant à profiter du silence et de l'enfermement mental de son père pour lui prêter les motivations, les pensées et le parcours constituant un récit apocryphe mais parfaitement lissé et conforme à la correction politique du moment. Elle est assez intelligente pour avoir compris ce qu'il faut dire pour réussir…et elle réussit ! Nous ne lui jetterons même pas la pierre : elle est victime, comme nous, d'un terrorisme intellectuel sans défaillance, qui ne laisserait pas une journaliste à l'Express tenir des propos " non conformes ".Qu'on nous permette de nous en attrister ….mais de noter que, puisque " ELLE " est une revue féminine,justement vouée à promouvoir celles qui écrivent, une autre fille de harki a écrit un livre honnête, sensible, vrai, sur ce drame : celle là, droite comme un I et fière comme une vraie fille de la France en Algérie, s'appelle Hadjila Kemoum, auteur de " Mohand le Harki " et elle mérite toute l'estime de ceux qui, comme nous, restent meurtris par cette tache sur l'honneur de la France. Il doit être facile de lui ouvrir les colonnes de " ELLE " : le prétexte en serait tout trouvé puisque son livre a été distingué par le jury du Prix Jean Pomier ….

Non, Dalila Kerkouche n'a pas " rendu son honneur à son père ", comme elle le dit en titre : elle l'a tristement trahi pour en faire le tremplin de sa carrière journalistique…en est elle seulement consciente ?…

M.LAGROT