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La reconnaissance en demi-teinte de la Nation

Écrit par Thierry Rolando. Associe a la categorie Loi du 23 Février 2005 sur les rapatriés

Il y a un peu plus d’un an, le gouvernement annonçait aux rapatriés sa volonté de proposer un nouveau projet de loi destiné à parachever la reconnaissance de la Nation envers notre communauté.

Ce processus vient de trouver, le 10 février dernier, son aboutissement avec l’adoption, par l’Assemblée nationale, de manière définitive, du projet de loi portant reconnaissance de la Nation en faveur des rapatriés.

Cet ultime exercice législatif aurait pu être l’occasion d’aller au fond des choses, d’accomplir jusqu’à son terme le chemin de vérité et de mémoire que nous étions en droit d’attendre.

Certes, l’oeuvre des Français d’Algérie, de même que les drames de l’après 19 mars 1962 sont enfin reconnus par la Nation, mais pour autant ce texte de loi nous laisse un goût d’inachevé et ne
 répond pas, loin s’en faut, aux attentes les plus profondes des rapatriés.

Quarante-deux ans après le drame de l’exode, qui vit toute une communauté arrachée à sa terre natale, le temps était pourtant venu que la Nation accomplisse le geste de réconciliation que l’on
attendait d’elle, en reconnaissant non seulement les drames qu’ont constitué le tragique abandon des Harkis ainsi que celui de milliers de Pieds-Noirs enlevés et assassinés par le F.L.N., mais
aussi la responsabilité de l’État à l’origine de ces drames.

Le gouvernement n’a pas eu le courage et la volonté de répondre à cette attente, en témoigne son obstination à rejeter tous les amendements proposant notamment la reconnaissance du drame de la fusillade de la rue d’Isly, le 26 mars 1962, à Alger, et d’attribuer la mention « Mort pour la France » à ses victimes.

C’est regrettable et cela nous semble être une erreur profonde.
 
Cela montre que, plus de 40 ans après l’exode, il est encore tabou d’évoquer les responsabilités des gouvernants de l’époque dans les drames subis par toute une population meurtrie.
 
La communauté rapatriée, si elle reconnaît les avancées de ce texte de loi, ne peut donc être satisfaite et déplore le manque de souffle et d’ambition qui a présidé à l’élaboration de cette loi. C’est pour elle une grande occasion manquée.
 
Le combat demeure en conséquence, pour qu’enfin la responsabilité de l’Etat soit reconnue, condition indispensable pour apaiser les coeurs et les esprits.

Thierry Rolando
Président national du Cercle algérianiste