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La loi du 23 février 2005 sur les rapatriés, une loi décidément politiquement bien incorrecte

Écrit par Thierry Rolando. Associe a la categorie Loi du 23 Février 2005 sur les rapatriés

Il aura bien fallu près de dix mois pour que les parlementaires socialistes et communistes à l’Assemblée nationale découvrent tout ce qu’il y avait d’« indigne » dans la loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation en faveur des Français rapatriés et, en particulier, dans son article 4, invitant les manuels scolaires à intégrer les aspects positifs de l’œuvre française en Algérie. Cette découverte n’est bien évidemment pas venue toute seule et les pressions amicales de ceux qui, historiens militants, universitaires idéologues, associations « anticolonialistes » tels que le MRAP ou la Ligue des Droits de l’Homme ont imposé depuis plus de 43 ans leur propre loi dans l’enseignement, celle-là non écrite, consistant à présenter l’histoire de la France en Algérie comme une succession d’abominations y ont beaucoup aidé.

C’est ainsi que le débat s’est engagé dans le cadre de la niche parlementaire socialiste, le 29 novembre dernier, en vue d’abroger le fameux article 4 qui pour ses contempteurs « ignorait la réalité de la colonisation et était révélateur de l’incapacité de certains de nos compatriotes à faire face avec lucidité au passé colonial et à assumer les conséquences d’une décolonisation qui a engendré des relations difficiles avec les populations des anciennes colonies ».

En deux mots, ce texte était « une injonction faite aux historiens d’écrire et à l’école de la République d’enseigner une histoire officielle afin de reconnaître le caractère bénéfique de la politique de la colonisation française notamment en Afrique du Nord ».

Face à cette offensive, menée à grands renforts de pétitions et de mobilisations de tout ce que la France compte d’historiens engagés, il faut bien reconnaître que nous pouvions être sceptiques sur la capacité de résistance de ceux qui avaient voté, il y a dix mois à peine, une loi pourtant adoptée à l’unanimité.

E la crainte de porter l’incohérence à son comble en brûlant aujourd’hui ce que l’on avait adoré hier ? Ou celle de se sentir à la remorque des déclarations inacceptables du président algérien qui rendait, au moment même du débat, bien malgré lui, un hommage involontaire à la médecine militaire française et à celle du Val-de-Grâce en particulier.

Force est de constater, que les parlementaires de la majorité ont tenu bon et que la douzaine de ceux qui sont intervenus, bien souvent, sous les cris et les quolibets de leurs opposants, ont évoqué avec honnêteté les aspects positifs de la présence française en Algérie, sans pour autant exiger, d’ailleurs, que l’impasse soit faite sur les pages, qui comme dans toute œuvre humaine auraient pu être moins glorieuses.

Dans ce débat, on a pu observer le dogmatisme du PS et du PC, mais également, le rôle ambigu de l’UDF dont les votes se sont partagé (6 voix pour l’abrogation et 5 contre). Le choix de son porte-parole, un député proche de la FNACA, nous incite à nous interroger cependant sur l’attitude de la formation de François Bayrou dont les déclarations à l’égard des Pieds-Noirs et des Harkis sont, par trop souvent, brumeuses.

Le vote fut donc sans appel puisque sur 277 députés présents, 183 députés, UMP pour l’essentiel, ont rejeté la proposition d’abrogation de l’article 4.

Le mérite de ces parlementaires ayant courageusement rejeté cette proposition de loi socialiste est d’autant plus grand qu’il faut souligner que plus de 300 de leurs collègues étaient opportunément absents et, qu’en outre, on ne peut pas dire qu’ils aient été soutenus par le président de la République, dont l’entourage a indiqué qu’il considérait, ce qui a été repris abondamment par la presse algérienne, que « cette loi du 23 février 2005 était une grosse c… ».

Le coup de grâce aux détracteurs de la loi fut donné par le sondage CSA - Le Figaro dès le lendemain indiquant que 64 % des Français, et notamment 59 % de ceux de gauche, approuvaient l’intégration dans les manuels scolaires des aspects positifs de la colonisation.

Las, ceux qui pensaient que force devait rester la loi étaient bien naïfs.

C’était, en effet, sans compter sur les bien-pensants de tous bords, les historiens ancrés dans leur certitude et les idéologues de profession pour lesquels ce fameux article 4 constituait une insupportable provocation.

Oui, parce que pour certains, la loi n’est acceptable que quand elle épouse l’opinion de ceux qui détiennent la vérité historique.

Ce fut donc une véritable fureur médiatique qui s’empara en quelques jours de notre pays et cette machine mise en œuvre avec une efficacité redoutable pour réclamer l’abrogation, slogan désormais incontournable, allait broyer les opposants et faire fléchir les tièdes.

Nous le savons, il n’en fallait pas beaucoup pour qu’au moment où le politiquement correct qui consiste à commémorer Trafalgar plutôt qu’Austerlitz, est de mise au plus haut sommet de l’État, les fronts cèdent, et qu’il soit fait droit à la requête de ceux qui hurlent le plus fort.

C’est dans cet esprit que le chef de l’État devait décider de confier au président de l’Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, une mission d’information « pluraliste » dont le réel objectif, chacun l’aura compris, est de trouver la méthode pour enterrer l’article 4 et on peut le craindre, de donner in fine le dernier mot aux historiens politiquement admis qui, non contents de mobiliser l’ensemble des ondes, des médias et des chaires universitaires, auront tout loisir, très certainement, de donner leur avis sur l’orientation qui doit être celle de la neutralité de l’enseignement dans notre pays.


Thierry Rolando