Articles

Imprimer

Les Pieds-Noirs en première ligne au Festival de Cannes

Écrit par Thierry Rolando. Associe a la categorie Le Cercle sur tous les Fronts

Les Pieds-Noirs en première ligne au Festival de Cannes


1500 ! Nous étions, aux dires mêmes des observateurs, 1500, Pieds-Noirs pour l’essentiel, Harkis, anciens combattants, élus, rassemblés ce 21 mai à Cannes pour exprimer une émotion, une colère, celle de toute une communauté subissant une nouvelle fois les contre-vérités historiques, propagées, cette fois-ci dans le cadre du Festival de Cannes.

1 500 manifestants, c’est à la fois peu compte tenu de la présence pied-noire en Provence, mais c’est aussi beaucoup quand on sait avec quelles difficultés et avec quel manque de moyens le projet de se retrouver à Cannes à l’occasion de la projection du film algérien de Rachib Bouchareb « Hors-la-loi » a été lancé par quelques bonnes volontés.

Alors les 1500, dont de très nombreux algérianistes, que nous étions ont porté dignement mais non moins fermement la parole de toute une communauté meurtrie, à nouveau, par le travestissement de la vérité historique.

Encensé avant même sa sortie par les historiens idéologues, partisans de la repentance dans le sillage d’un Benjamin Stora, par les élites cinématographiques bien pensantes, par la presse, par le ministère de la Culture, par la quasi totalité des hommes politiques, sans oublier le gouvernement algérien, « Hors-la-loi », qui s’inscrit dans le droit fil d’« Indigènes », avait, aux dires même de son auteur, une ambition : celle de rétablir la vérité historique sur la guerre d’Algérie.

Ainsi, pour Rachid Bouchareb, comme il avait été urgent naguère de rappeler que seuls les indigènes avaient participé au sein de l’Armée d’Afrique à la libération du territoire, il était indispensable de rappeler que lors des événements de Sétif du 8 mai 1945, des milliers de musulmans avaient été massacrés par l’armée française, gommant au passage le fait générateur de ces événements, à savoir le massacre de plus d’une centaine de Français d’Algérie.

À ceux qui nous ont objecté tout au long des débats ayant précédé le film, et dont en général les Pieds-Noirs ont été largement exclus, que l’épisode de Sétif ne durait après tout que 6 minutes (qu’est-ce que 6 minutes en effet de contre vérités sur un film de 2 h 40) et qu’il s’agissait après tout d’une œuvre de fiction laissant libre cours à la création, nous avons répondu que ce film retenu par l’Algérie dans le cadre de sa sélection officielle, s’inscrivait, bien selon nous, dans une démarche de propagande visant encore et toujours à faire de la France et des Français d’Algérie, les accusés permanents du tribunal de l’histoire, coupables de tous les maux.

Une fois de plus, au travers de cette « œuvre cinématographique », c’est bien en filigrane, toute une politique qui transparaît, celle de Bouteflika et du parti encore unique algérien le FLN, dont l’objectif permanent est, pour masquer leurs errements, de jeter en permanence l’opprobre sur la France.

Comment concevoir que ce film ait une autre vocation pour ceux qui, en Algérie, ont décidé il y a quelques semaines à peine, de placer l’enseignement de la guerre d’Algérie sous le contrôle de l’Etat et qui en ce début d’année ont agité le spectre d’une loi aussi stupide que revancharde de criminalisation de la présence française en Algérie ?

Quant à l’Etat français qui a, ne l’oublions pas, apporté 59 % du financement du film « Hors-la-loi », sa responsabilité est lourde dans ce qu’il convient de considérer comme un nouvel exercice d’auto-flagellation.

Alors même que le discours du chef de l’Etat condamnant à Toulon en 2007 la repentance et saluant l’œuvre des Français outre-mer raisonne encore à nos oreilles, son ministre de la Culture saluait, lui, la présence de ce film et de son auteur au Festival de Cannes, lui apportant de très larges subsides.

Oui M. le Président, à quand un film, projeté à Alger et co-financé par les Etats algérien et français sur le massacre des Harkis et les enlèvements des Européens d’Algérie ?

Alors, je crois pouvoir dire que ces 1500 ont contribué et avec eux des dizaines de milliers d’autres, à faire savoir à la Nation que l’on pouvait refuser la fatalité, et s’opposer à une pensée dogmatique, qui laisse croire que la seule vérité acceptable est celle de l’Algérie.

Nous avons montré envers et contre tout, grâce c’est vrai, à l’appui de quelques élus courageux, que nous n’étions pas disposé à tout accepter, à nous laisser sacrifier sur l’autel de la pensée unique. Nous avons montré que la prétendue vérité qui nous était imposée, revenait tout simplement, à nier nos souffrances. Nous avons montré enfin, que ce que nous voulions, ce n’était pas qu’une vérité s’impose à la place d’une autre, mais simplement que l’on respecte l’équité des mémoires, l’équité des drames, l’équité des douleurs.

Thierry Rolando,
président national du Cercle algérianiste