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Pour l'honneur de notre communauté

Écrit par Thierry Rolando. Associe a la categorie Le Cercle sur tous les Fronts

Pour l'honneur de notre communauté

Le 19 mars, au même titre que le 26 mars ou le 5 juillet, constitue pour nous Pieds-Noirs, une date repère. Elle est en effet ancrée dans nos mémoires comme l'un des temps forts de ce long calvaire qui conduisit toute notre communauté meurtrie, à l'arrachement et à l'exode. Si le 26 mars et le 5 juillet sont les points culminants de l'indicible douleur de tout un peuple, à jamais inscrits au tréfonds de notre âme, le 19 mars n'en est pas moins symbolique car au-delà de la date des iniques accords qui nous sacrifièrent, il représente désormais la négation de nos drames, de nos douleurs, de nos victimes.

Les thuriféraires du 19 mars ne s'en cachent d'ailleurs pas qui, tout en reconnaissant pour certains la réalité des crimes commis après cette date, considèrent qu'elle marque la fin de l'histoire, renvoyant par là même dans lombre notre exigence de mémoire et de vérité, celle que nous, devons aux 150 000 Pieds-Noirs et Harkis sacrifiés par un pouvoir aveugle et livrés à une impitoyable terreur.

Comment donc pouvions-nous considérer autrement que comme une insulte à notre histoire et à nos martyrs, l'initiative du gouvernement et de son ministre des anciens combattants, M. Jacques Floch, visant à officialiser cette date de honte, fêtée de l'autre côté de la Méditerranée à l'image dune victoire. Certes, le pouvoir n'hésita pas à enrober sa proposition d'arguments destinés à rendre la pilule moins amère, les initiateurs de l'officialisation du 19 mars ont ainsi tenu à associer nos victimes à ce projet de commémoration, suprême provocation; à nous rassurer en évoquant l'obligation de recueillir l'assentiment d'au moins 70 % de la représentation parlementaire pour que cette proposition de loi poursuive son chemin; drôle de majorité en vérité. Peut-être enfin que, secrètement, le gouvernement socialiste s'est pris à espérer que la capacité de réaction de notre communauté se soit émoussée avec le temps, qu'elle se soit assoupie au bout de quarante ans.

Ce fut une erreur que de le penser car le 19 mars et son rejet ont aussi contribué à forger notre esprit de résistance, à aiguiser notre conscience de Pied-Noir ainsi que notre capacité à nous dresser à nouveau contre la trahison de notre histoire.

Oui, nous étions nombreux encore, Harkis et Pieds-Noirs, à vouloir témoigner, à nous souvenir, loin de l'incandescence des passions, de ce que nous devions à nos martyrs, à ceux du 26 mars et du 5 juillet à nos compatriotes harkis abandonnés. Oui, nous avons saisi le caractère emblématique de leur sacrifice qui nous imposait, quarante ans après, de rester fidèle à ce devoir de mémoire. Oui, nous avons été nombreux à nous lever aux côtés des anciens combattants amis contre l'inacceptable, à vouloir exercer nous aussi notre droit d'inventaire, en rappelant que le 19 mars ne pouvait être, car il allait à l'encontre de notre ferme volonté de parvenir à ce que soit enfin reconnues nos souffrances et la réalité de notre drame. Certes, en dépit de cette action, la proposition de loi fut adoptée par l'Assemblée nationale, mal adoptée cependant, ce qui amena ceuxlà mêmes qui avaient concocté cette entreprise de division de la communauté nationale, ceux-là mêmes qui avaient, pour des considérations électorales peu avouables, pris le risque de raviver les haines et les passions, à abandonner le processus parlementaire du vote de cette loi en ne la présentant pas au Sénat.

Alors, semi-victoire ou demi-défaite? Peu importe finalement, le seul enseignement qui vaille, c'est que la vigilance s'impose et que notre capacité de mobilisation doit demeurer intacte car n'en doutons pas un seul instant, les partisans de la repentance à sens unique, les autoflagellants permanents, ceux qui n'ont de cesse d"instruire le procès de la colonisation et des Français d'Algérie n'ont pas désarmé pour autant. Ils affûtent leurs armes pour le round suivant avec un objectif affirmé: celui de parvenir en
2003, date de lannée France-Algérie voulue par le pouvoir, à offrir sur l'autel de la réconciliation franco-algérienne comme victime sacrificielle, pour la seconde fois, notre communauté. Une fois de plus, tous ensemble au Cercle algérianiste, nous serons au rendez-vous pour l'honneur de notre communauté.

Thierry Rolando