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Khristel

Écrit par O. SEMPERE. Associe a la categorie Oranie

Un petit coin de rêve : Khristel

Ceux qui n'ont pas connu Kristel, petit village d'agriculteurs et de pêcheurs arabes, sur la côte oranaise, à l'abri de la Pointe de l'Aiguille, ne peuvent imaginer qu'il existe encore sur terre des petits coins de Paradis.

Toute cette côte, de la "Montagne des Lions" aux carrières de Kléber, est désertique, caillouteuse, et très escarpée. Mais une source d'eau pure et douce sort miraculeusement des entrailles de la terre pour y donner Vie, et Raison de Vivre à une population laborieuse, honnête, digne, accrochée à cette montagne depuis des temps immémoriaux.

Cette eau précieuse irrigue des petits jardins, parfois même minuscules, entourés de hautes haies de roseaux et de figuiers, et dans chaque jardin, un homme cultive haricots, poivrons, oignons et tomates, réputés dans toute la région pour leur précocité et leur saveur.

Des anguilles sacrées auxquelles nul n'oserait toucher, vivent dans cette bienfaisante source.

Le soir, sous les mûriers centenaires de la Source, en dégustant le thé sucré ou le "kaoua", les conversations roulent sur le prix des marchandises et la qualité des semences.

Les terres cultivées dégringolent d'étage en étage jusqu'au bord de la mer, autour de deux criques de sable fin.

Ces criques, admirablement abritées aux vents d'Est, jouissent d'une température très douce en hiver, très chaude en été, et étaient devenues le rendez-vous privilégié des "colons" de Saint-Cloud et d'Assi-Ben-Okba.

Une merveilleuse promenade c'est de parcourir les sentiers qui suivent les "séquias" d'arrosage où l'on peut faire des kilomètres en serpentant toujours à l'ombre des épaisses frondaisons des haies.

De tous temps des peintres sont venus promener leur palette dans ces lieux enchanteurs.

Ces dernières années - je veux dire juste avant 1962 - une magnifique route reliait Kristel à Oran par Aïn-Franin, route qui remplaçait l'ancien sentier muletier si attrayant que nous aimions parcourir dans notre enfance, parmi les dunes de sable et les genêts.

Une seconde source jaillit au bord de la mer pour le bonheur des hommes. Les "Taleb" venaient réciter leurs prières en ces lieux, et nous y venions chercher des bonbonnes d'eau douce et pure, cette eau qui sort littéralement du coeur de la roche pour tomber en cascade dans les flots bleus.

Chaque fois que nous regardions l'hôtel Caparros perché au bord de la falaise que la mer sapait sans relâche, nous disions : "Pourvu que cette falaise ne s'écroule pas ". Eh bien, cela est arrivé, mais la montagne a été gentille pour nous, elle a attendu la fin de l'exode pour s'abîmer dans les flots.

La crique était une véritable piscine ; presque jamais de grosses vagues, et jamais de courants dangereux ; aussi, tous les jeunes baigneurs y apprenaient facilement à nager et à plonger du rocher carré, ou encore, pour les initiés, de la falaise face aux " Nids de Pierrots ".

Les plaisanciers pêcheurs y faisaient d'excellentes fritures, soit à la ligne du bord de l'eau, soit en bateau, car les vives, savonnettes et tapaculos y abondent, particulièrement devant la plage "Santa", magnifique de sable fin, avec son Auberge de la Jeunesse. Qui ne se souvient de l'autocar de "François", faisant la navette Saint-Cloud - Oran ? ...

Combien d'anecdotes pourrions-nous rapporter !

La semaine du 15 août, lorsque les figues de barbarie atteignaient leur pleine saveur, la plage de Sidi-Moussa retentissait des mélopées d'une secte de Noirs qui sacrifiait aux divinités un taureau, selon un rite venant du plus lointain centre de l'Afrique.

A la même époque, les "colons" français partaient vers Saint-Cloud, Assi-Ben-Okba et autres villages environnants, pour faire leurs vendanges. Ils revenaient à la plage au mois de septembre, les mains rougies du jus des merveilleuses vignes de la région.

Qui ne se souvient de la petite école, avec ses trois grands arbres, et le café maure, les mûriers séculaires, le marabout au sommet de la colline, et encore plus haut, les mines désaffectées. Autant de points de repères connus de tous les pêcheurs de la côte.

Et lorsque souffle le "Jaloque", le vent violent qui semble vouloir tout arracher, mais s'apaise aussi vite qu'il est venu, chacun sait que le lendemain... il fera beau.

O souvenirs ! ...

O. SEMPERE

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