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Philippeville

Écrit par Yves NAZ. Associe a la categorie Constantinois

 

Philippeville :

la place de Marqué

Le dimanche 16 octobre 1988, au cimetière de Salonique à Toulouse devant leur monument aux morts rapatrié, deux cents Philippevillois, à l'initiative de leur Amicale, ont commémoré avec ferveur le cent cinquantième anniversaire de la création de leur cité perdue. C'est en effet le 7 octobre 1838 que le corps expéditionnaire du Maréchal Valée venant de Constantine atteignit la côte et commença à construire ce qui devint Philippeville. L'Algérianiste se devait d'apporter sa contribution à cette commémoration. Aussi nous dédions à tous ceux qui ont vécu et oeuvré dans cette ville, cette évocation de son site le plus célèbre.

La place de Marqué*, vaste espace adossé à la ville, enserré au Sud par les premiers immeubles, s'ouvrait largement vers le Nord. Dominant le port, c'était un balcon, le balcon de la ville donnant sur la Méditerranée. Aussi l'appelait-on également la place de la Marine. Vers l'Est, les mâts des cargos dépassaient à peine le haut de la balustrade. L'avant-port avec quelque voilier tunisien à l'ancre, apparaissait tout entier au premier plan ; plus loin, au-delà de la grande jetée, c'était le golfe avec l'île de Srigina placée en sentinelle avancée. A L'Ouest, les montagnes barraient l'horizon. Enfin l'hôtel de ville avec son minaret complétait le décor de ce magnifique panorama.

C'était l'été, en début de soirée que le spectacle devenait saisissant; les crêtes surplombant Stora se profilaient en sombre sur un ciel se colorant au coucher du soleil du pourpre au bleu nuit en passant par un délicat bleu-vert turquoise.

Ajoutez à cela une qualité de l'air particulière; les derniers souffles de la brise marine entraient encore chassant les touffeurs de la journée ; la température s'adoucissait. On respirait mieux. Dans le ciel — immaculé — les martinets effectuaient leurs dernières sarabandes. Les lumières des quais s'allumaient.

Alors la place de la Marine, vaste esplanade vide, ou presque, quelques minutes auparavant, se peuplait subitement. De la ville, par les rues débouchant des quartiers dominants, arrivaient des groupes de plus en plus denses qui envahissaient tout cet espace. Les Philippevillois — surtout les jeunes — ne manquaient pas de « faire la place ». De cette foule montait une sourde rumeur. Au cours de multiples va-et-vient, on se rencontrait, on se saluait, on s'apostrophait, on devisait ; les groupes se formaient, se dispersaient, se reconstituaient au gré des rencontres. C'était le lieu des approches, des regards, des sourires, des signes, des appels, des échanges, des rendez-vous, des confidences, des aveux... Ce qui aurait été tout juste toléré, mais souvent «mal vu» ailleurs, dans cette ville marquée par les civilisations méditerranéennes austères, était licite « sur la place ». Au milieu de cette foule, chacun était sous les regards. Garçons et filles pouvaient «se fréquenter» ici. La place de Marqué, fierté de tous, avait ainsi son rôle dans la cité et sans elle Philippeville n'aurait pas été.

Yves NAZ



Léon de Marqué, capitaine de frégate en retraite, ingénieur hydrographe s'est occupé activement de la création du port de Philippeville. (Cf. " Origines du nom des rues et places de Philippeville " de G. Attard).

In l’Algérianiste n° 45 de mars 1989

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