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Ain-Beïda

Écrit par Claude WAGNER. Associe a la categorie Constantinois

Dans son clocher tout neuf, l'église de Chamiers (Dordogne) vient d'accueillir trois cloches provenant de l'église d'Aïn-Beïda.

carteConstantineCette petite ville, à une centaine de kilomètres de Constantine, est située sur les Hauts Plateaux d'Algérie, vers la frontière tunisienne.

M. J.-M. Willigens, né en 1931 à Ain-Beïda d'une famille très anciennement installée, nous décrit ainsi le climat de la région: " A une altitude de 1 000 m environ, les températures sont excessives (plus de 45° I'été) et le manque d'eau est calamiteux avec des moyennes inférieures à 500 mm par an. L'hiver: - 5° et même - 10°. La neige est la bienvenue. Elle alimente les sources et protège les semailles. "

La ligne de relief est quasi horizontale. On ne trouve aucun couvert forestier et aucune verdure de mai aux premières pluies d'octobre.

Pourtant, pendant l'occupation romaine (-100 à + 400 ans avantJ.C.), la région était plantée d'oliviers. Une population dense à cette époque a laissé de nombreux vestiges: colonnes, sarcophages, tuiles et briques, moulins à huile - les photos aériennes montrent un piquetage régulier, en quinconce, de ce paysage plat. Il s'agit des traces de trous de plantations des oliviers romains. Sous la mince couche arable, ces trous faits de main d'homme crevaient une croûte calcaire presque continue et permettaient aux racines d'atteindre le sol profond sous-jacent, fertile et plus humide.

La culture des céréales, avec exportation sur Rome, est aussi bien attestée par les textes anciens.

Par la suite, ni l'invasion vandale de 410 à 530, ni l'occupation byzantine pendant 130 années, ni même la première vague de l'invasion arabe (647) ne modifieront ce type d'agriculture sédentaire de la population romano-berbère, restée jusque-là prospère.

En revanche, au XIe siècle, la deuxième vague d'envahisseurs arabes était composée de tribus nomades chamelières, pillardes et destructrices, dont le calife d'Egypte se débarrassa en les lançant sur le Maghreb. Passant par les steppes du Sud, elles ruinèrent définitivement cette région prospère. Le type de civilisation fut modifié en profondeur. Les paysans sédentaires cédèrent la place aux pasteurs transhumants.

La couverture végétale disparut en un siècle, accélérant l'érosion. Cette évolution du sol, commune au pourtour Sud et Est de la Méditerranée, est irréversible. Trois siècles d'occupation turque achevèrent la ruine de ces régions.

La mise en valeur par les Français, après 1830, de ces terres arides, seulement parcourues par des troupeaux de moutons et de chameaux selon le rythme saisonnier, fut tardive et difficile.

Mais au XXe siècle, des exploitations étaient créées et consolidées. Les cultures céréalières étaient souvent insuffisamment rentables, avec un rendement de 11 quintaux à l'hectare; les semailles se faisaient une année sur deux, afin d'économiser l'eau (dry farming). Il fallait y joindre l'élevage des bovins et ovins sur la partie en jachère dans l'année sans culture. D'où la nécessité de surfaces étendues (200 ha).

Ain-Beida-LesBanquesAïn-Beïda était restée vers 1950 " une étape importante sur la route des caravanes des tribus Soufi transhumantes qui menaient paître leurs troupeaux dans les plaines du Nord en fin de printemps. Le bétail broutait les chaumes moissonnés pendant l'été et, aux pluies d'automne, les nomades redescendaient vers leurs palmeraies d'origine au Sud, vers Biskra " - a.M. Willigens).

Aïn-Beïda était ainsi un important marché de viande sur pied, un lieu d'échange entre sédentaires du Nord et nomades du Sud.

" C'est un village dont les rues tirées au cordeau se coupent à angle droit et séparent des blocs de maisons en rez-de-chaussée pour la plupart d 'entre elles, de 50 à 60 m de c6té, avec une place centrale: carré parfait autour duquel se groupent l'église, le presbytère, la mairie, la poste et, un peu à l'écart, le marché couvert, typique de l'architecture métallique en fin XIXe - et enfin, la salle des fêtes ". " A part la rectitude des rues, rien dans sa conception ne différenciait ce village d'un autre de même importance en Europe ".

Trois communautés composaient la population en 1948. Musulmane surtout avec 26000 membres environ, de la tribu des Haraktas, la colonie juive, très importante (6 000), enfin les Européens (4 000) les moins nombreux et comprenant surtout des fonctionnaires, des commerçants et des propriétaires terriens. Les habitants de souche européenne occupaient des postes qui demandaient une qualification technique: administration, santé, éducation, armée, réparation du matériel agricole.

Tous cohabitaient en bonne entente.

Ain-Beïda, comme le reste de l'Algérie, s'est vidée de la majorité de sa population européenne en juin et juillet 1962.

CLAUDE WAGNER

 

  in L'Algérianiste  n°78 de juin 1997 p78

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