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Géographie du Sahara

Écrit par Max Marchand. Associe a la categorie Geographie Physique

VUE D'ENSEMBLE

Le Sahara est un immense territoire de plus de 4 millions de kilomètres carrés (huit fois la France), entre les degrés 29 et 16 de latitude Nord, à cheval sur le Tropique du Cancer, limité àl'ouest par l'Iguidi, à peu de distance de l'Atlantique, - au Nord par l'Anti-Atlas, l'Atlas saharien et la région des chotts tunisiens, - à l'Est par la Libye, le Fezzan et le Soudan angloégyptien, - enfin au Sud par les régions du Tchad et du Niger. Une étendue montagneuse de près de 3.000 mètres de hauteur, grande comme deux fois la France, située dans la partie du Centre-Est, est constituée d'une partie centrale appelée Hoggar, que prolongent au Nord le Tassili des Ajjers, au Sud l'Adrar des Iforhas et le massif de l'Aïr. De ce bloc montagneux partent des dunes de sables (les ergs), des étendues pierreuses (les tassili, les regs, les Hamadas) et des oueds desséchés.

Cet ensemble se compose, en dépit de son caractère disparate, de régions naturelles assez distinctes. Il existe, de l'Est à l'Ouest deux vastes régions de dunes appelées, l'une le Grand Erg oriental, l'autre le Grand Erg occidental, laissant entre elles un grand espace occupé au Nord par la région des daya (cuvettes où viennent s'amonceler les eaux de ruissellement), au Sud de Laghouat, la région de la Chebkra ou M'Zab (Ghardaïa), le plateau gréseux ou Hamada du Tademaït, la dépression centrale du Tidikelt (In Salah). Au Nord, le Grand Erg oriental meurt dans l'immense dépression du Souf, vers les Chotts Tunisiens; au Sud, les mêmes dunes viennent balayer les premiers contreforts des massifs montagneux. Le Grand Erg occidental borde à l'Ouest les cuvettes du Gourara, du Touat et de l'oued Saoura. Il se prolonge au Sud d'une vaste région, le Tanezrouft, ou Pays de la Soif, qui descend vers le Niger. A l'extrême Ouest, le Sahara, au-delà de la cuvette de Tindouf et de l'oued Draa, descend vers l'Atlantique.

Peuplé autrefois de Berbères judaïsés (les Zénètes), aujourd'hui de Berbères islamisés (les 'i'ouareg), d'Arabes plus ou moins mélangés de Berbères (les Chaâmba et les Maures), de Noirs (Haratins), de métis (Toubous), le Sahara s'ouvre à la pénétration européenne par des voies dont les plus importantes sont la voie orientale, la voie centrale Alger-Zinder, la voie occidentale Oran-Niger et une voie transversale (Fezzan-Tindouf). Il a un peu plus d'un million d'habitants (1.300.000 habitants), groupés dans des oasis dont certaines comportent plus de 10.000 habitants.

GÉOLOGIE

Le Sahara, au point de vue géologique, est un immense socle primaire gréseux (les géographes disent " un bouclier "), recouvert partiellement de sédiments schisteux, plaqués par endroits de calcaires éruptifs. Les phénomènes volcaniques se manifestent dans le Sahara oriental par de grands cônes, des coulées de laves, des nappes de tufs qui noient les hautes vallées, et même par des phénomènes qui supposent une activité volcanique récente : solfatares, geysers, fumeroles. Dans le Sahara occidental, les manifestations volcaniques sont plus discrètes : cratères d'explosion et boutonnières surgissant du socle cristallin sans projection ni coulées. Les mouvements verticaux qui ont affecté le socle à l'époque tertiaire se sont traduits par des parties soulevées et des cuvettes dont l'une forme le synclinal de Tindouf, riche en houille et surtout en fer.

RELIEF

Outre les montagnes du Hoggar, du Tassili des Ajjers, de l'Adrar des Iforhas, de l'Aïr, que nous avons déjà signalées et dont les hauteurs vont de 1.500 à 3.000 mètres, on ne rencontre qu'une immense partie peu élevée de 300 mètres à 800 mètres, mais dont la monotonie est corrigée par une multitude de petits reliefs d'origine gréseuse ou sablonneuse. Les dunes ou "ergs " qui épousent le relief sous-jacent, ont des formes diverses :

  • le Sif (sabre, en langue berbère) : c'est une longue arête de sable ;
  • l'Ogourd : c'est un massif sablonneux.
  • le Gassi : c'est un couloir entre les dunes.

En dehors des dunes, les pierres se rassemblent de plusieurs façons, Il existe :

  • les regs : grandes parties plates constituées des pierres formées par l'érosion des oueds ;
  • les Hamadas : étendues de piérrailles crétacées adhérant les unes aux autres, comme cimentées ;
  • les Tassili, qui sont des amas de pierres effritées.

Enfin, les dépressions sont occupées par des oueds desséchés, comme l'oued Igharghgar, vers le Nord-Est, et l'oued Scoura, à l'Ouest.

LE PEUPLEMENT

Le Sahara est peuplé de blancs Berbères (Touareg, au singulier Targui), d'Arabes (Chaâmba) dans sa lisière Nord, d'Arabes ou Maures plus ou moins métis à l'Ouest, un peu partout d'ouvriers noirs ou Haratins (au singulier Hartani) , vers le Sud, de Toubou, métis de Noirs et de Berbères. Avant d'être islamisés, les Berbères du Nord se trouvaient plus ou moins judaïsés : c'étaient les Zénètes.

Ces populations se rassemblent dans de nombreux centres, qui se trouvent souvent distants les uns des autres de plusieurs centaines de kilomètres et que nous pouvons classer selon leur position géographique en dix groupes :

1°) LES VILLES DE LA FRONTIERE NORD DU SAHARA

Ce sont, de l'Ouest à l'Est :

  • Colomb-Béchar

A 675 kilomètres d'Oran, centre d'une vaste région minière qui comprend les localités d'Abadla, Kénadza, Bou-Beker, Bou-Arfa. La ville est dotée d'une usine thermique et d'installations industrielles.

Ce nom a été donné en 1903 par le Gouverneur Général Jonnart au petit poste militaire de Tagda, en raison de la proximité d'une montagne (le Djebel Béchar) et en souvenir du Général de Colomb. Ce dernier, un rude protestant originaire des Causses, pacifia la région de 1852 à 1857, puis de 1865 à 1870. Il dressa en outre une carte intéressante de la région de Béchar, qu'il parcourut en tous sens avant de se couvrir de gloire pendant la guerre de 1870-1871, à Sillé-le-Guillaume, contre des troupes allemandes commandées par un général dont la famille quitta la France après la Révocation de l'Edit de Nantes et qui portait son nom. La construction de la ville ne commença qu'à la fin du XIXe siècle et fut poursuivie par Lyautey.

  • Djelfa et Laghouat

Porte du Sud Algérois. Laghouat, sur l'oued Djedi, est située à 400 kilomètres d'Alger. Elle compte 17.000 habitants qui vivent d'une imposante palmeraie. Le nom arabe " El Aghouat " signifie " les jardins ".

  • Biskra

Porte du Sud Constantinois, vers Touggourt. C'est une ville de 40.000 habitants. Ces centres, qui jalonnent la lisière Sud de l'Atlas saharien, peuvent être considérés comme les portes septentrionales du Sahara.

2°) LES OASIS DU SUD ORANAIS (GRAND ERG OCCIDENTAL)

  • Tahrit

A 100 kilomètres au Sud de Colomb-Béchar)

  • lgli

A 50 kilomètres au Sud de Tahrit)

  • Béni-Abbès

Sur l'oued Saoura, à la limite Ouest du Grand Erg occidental, à 900 kilomètres d'Oran. Le Père de Foucauld y résida de 1901 à 1904 et y construisit un ermitage qu'il appela " La Fraternité ".

  • Adrar

Capitale du Touat, à 1.300 kilomètres d'Oran. Elle est fière de ses maisons soudanaises en argile rouge.

  • Reggan

A 1.400 kilomètres d'Oran, où l'on embarquait les esclaves sur l'oued Messaoud (au temps où il coulait encore) à destination de Safi.

3°) LES OASIS DU SUD ALGEROIS OU M'ZAB

  • Ghardaïa

La plus importante est Ghardaïa, capitale du M'Zab. Le M'Zab, au Sud de Laghouat et de la région des Daya (cuvettes où croupissent les eaux de ruissellement), est un plateau calcaire, désolé, appelé Chebkra, sillonné de ravins et traversé par l'oued M'Zab. Ghardaïa est située à 600 kilomètres d'Alger et présente une architecture pyramidale de maisons étagées; elle compte 15.000 habitants.

4°) LES OASIS CENTRALES

Ces oasis se trouvent entre le Grand Erg occidental et le Grand Erg oriental :

  • El Goléa

A 1 .000 kilomètres d'Alger, est une oasis peu peuplée, où repose le corps du Père de Foucauld, sauf le coeur, qui est déposé dans une urne à Tamanrasset.

  • Fort Mac Mahon,

A 150 kilomètres au Sud-Est d'El Goléa.

  • Timimoun

" l'Oasis Rouge " capitale du Gourara, de style soudanais,entre El Goléa et Adrar.

  • ln Salah

Capitale de la dépression du Tidikelt, au Sud du Plateau ou Hamada de Tademaït. In Salah se trouve à 1.400 kilomètres d'Alger. Aoulef est une petite oasis située entre In Salah et Adrar.

5°) LES OASIS DU SUD-CONSTANTINOIS

Ces oasis se trouvent placées dans une vaste dépression au dessous du niveau de la mer entre le Grand Erg oriental, le chott constantinois Melrhir et le chott tunisien Dierid. Les. plus importantes sont :

  • El Oued

Principale ville du Souf, à 100 kilomètres de la frontière tunisienne. " La ville aux mille coupoles ", selon l'expression d'Isabelle Eberhardt, présente des maisons qui sont couvertes non de terrasses plates, mais de dômes et de coupoles.

  • Touggourt

Capitale naturelle de toute la région de l'oued Ghir, au confluent souterrain de l'oued Mia et de l'oued Igharghar (à 650 kilomètres d'Alger) est l'oasis la plus peuplée du Sahara. La ligne des maisons construites en toubes séchées au soleil est dominée par deux imposantes tours carrées.

  • Ouargla

A1 70 kilomètres au Sud-Ouest de Touggourt.

6°) LES OASIS DU GRAND ERG ORIENTAL.

Cette région désolée n'offre que de rares points de Peuplement :

  • Fort Lallemand

A 700 kilomètres Sud-Est d'Ouargla).

  • Fort Flatters

Dont l'importance va croître en raison du développement des puits de pétrole de la région avoisinante.

7°) LES LOCALITES DU HOGGAR

  • Djanet

Entre le Hoggar et le plateau du Tassili des Ajjers près de la frontière du Fezzan, à 2.400 kilomètres d'Alger. C'est une ville peu peuplée.

  • Tamanrasset

A 2.200 kilomètres d'Alger, est la capitale du Hoggar. Le Père de Foucauld y fut assassiné en 1916.

8°) LES CENTRES DE LA BORDURE ORIENTALE DU SAHARA

Un nombre très restreint de localités jalonnent la frontière orientale du Sahara. A peine peut-on citer Fort Polignac. Les deux points importants qui ouvrent les routes du Fezzan, Ghat et Ghadamès, sont hors du Sahara français.

9°) LES LOCALITES A LA FRONTIERE MERIDIONALE DU SAHARA

Ce sont, sur le Niger : Goundam, Tombouctou, qui, peuplées comme tout le Niger moyen de Berbères blancs, parlant arabe rappelle beaucoup plus le Sahara que l'Afrique tropicale. Enfin Gao, la ville la plus importante de cette région, occupée par le Colonel Kolbb à la fin du XIXè siècle. Gao est le point d'arrivée des convois Oran-Niger, qui terminent leur traversée en parcourant, depuis Reggan, les pistes désolées du Tanezrouft, pays de la soif et de la mort, à peine animé par Bidon V, qui n'est qu'un modeste poste de ravitaillement, à 2.000 kilomètres d'Oran et à 900 kilomètres de Gao.

A l'Est du Niger, vers le Tchad, nous rencontrons de modestes bourgades situées dans les régions frontalières du Sahara. Ce sont des postes militaires : Agadès, aux maisons d'argile ocre foncé et à la mosquée d'une beauté inattendue, à 900 kilomètres au Sud de Tamanrasset, puis Tahoua et Bilma. Toutes ces villes, de religion musulmane et peuplées de nombreux Touareg, sont évidemment plus sahariennes que les centres de l'A.O.F. et A.E.F. Sans doute, les maisons d'argile ocre éclatant, les bijoux indigènes, les objets en ivoire sculpté, les danses soudanaises, le changement de climat d'une région qui se rapproche de l'Equateur annoncent l'Afrique Centrale. Mais les mosquées, la race des habitants, évoquent irrésistiblement l'Afrique du Nord.

10°) LES POINTS DE LA PARTIE OCCIDENTALE ET ATLANTIQUE DU SAHARA

Les régions sahariennes n'ont malheureusement pas de façade maritime. Leur frontière occidentale arrive à Dakar, à 200 ou 300 kilomètres de la mer. Les centres les plus importants sont Tindouf, ville mauritanienne, qu'un des plus importants gisements de fer du monde appelle à un prodigieux avenir ; Fort Gouraud et Akjoujt, réputée pour ses mines de cuivre,

 

LES VOIES DE PÉNÉTRATION

Le Sahara français comporte quatre voies de pénétration Nord-Sud et deux voies transversales Est-Ouest.

1°) LES VOIES NORD-SUD

La voie impériale n° 1

Relie le Maroc au Sénégal par Agadir, Tindouf, la frontière espagnole du Rio de Oro, Fort Gouraud, Akjoujt et Atar. Elle rejoint la mer à Nouakchott et arrive à Saint-Louis. Sa longueur totale approche de 3.000 kilomètres.

La voie n° 2, d'Oran au Niger

Longue de 2.800 kilomètres. C'est la plus importante. Elle passe à Colomb-Béchar, Tahrit, lgli, Béni-Abbès, Adrar, Reggan, Bidon V et Gao. Elle relie l'Algérie et l'A.O.F. et traverse le centre de la Zone industrielle de Colomb-Béchar. On projette de la doubler d'une voie ferrée, mais le seul tronçon Colomb- Béchar-Abadla, long de 100 kilomètres, est mis en service. Il reste plus de 2.000 kilomètres de voie ferrée à construire.

La voie n° 3, d'Alger à Zinder

Est la plus longue de toutes : 3.500 kilomètres. Elle traverse les Hauts-Plateaux, Laghouat, Ghardaïa, le Tidikelt et le Hoggar, pour se terminer à Zinder, à peu près à mi-chemin entre le Niger et le Tchad. Elle est moins bonne que celle d'Oran-Niger.

La voie n° 4, du Constantinois au Tchad

Elle relie les régions de Bône, Philippeville Constantine, le Sud Constantinois au Tassili des Ajjers pour mourir à la bordure Nord du Hoggar, à Djanet. Elle traverse ainsi les verdoyantes oasis de l'oued Ghir, puis l'immensité des sables du Grand Erg oriental. Il n'est pas impossible de continuer la traversée du Sahara, au-delà de Djanet, vers le Tchad, mais les passages en sont souvent difficiles et périlleux.

La voie n° 5, de la Libye au Tchad

Par Ghadamès et Ghat, n'est pas française dans sa première partie, de Tripoli à Ghat, depuis la perte du Fezzan.

2°) LA VOIE TRANSVERSALE EST-OUEST

Depuis la découverte des gisements pétrolifères d'Edjelé et d'Hassi Messaoud, cette voie pourrait rendre de grands services à travers le Sahara de l'Est à l'Ouest, du Hoggar à l'Atlantique, de Djanet à Tindouf. Les tronçons Djanet-Ouargla (sur la route du Constantinois), puis celui de Djanet-Fort-Flatters-El Goléa, enfin celui de Ouargla-El Goléa -Timimoun -Adrar sont utilisables.

Max Marchand, LE SAHARA, éditions L Fouque, Oran, mars 1957

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