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Histoire générale du Sahara

Écrit par Max Marchand. Associe a la categorie Economie Agricole

Au terme de cette étude historique, on peut mettre l'accent sur quatre de ses aspects :
a) un aspect complexe.
Le Sahara placé entre l'Orient, l'Occident et le centre africain, a été soumis à des influences disparates
b) un aspect religieux.
Il s'agit là de la position originale adoptée par les populations sahariennes face à l'Islam
c) un aspect international.
Les frontières sahariennes ont été fixées par des conventions internationales (Traité de Berlin dit Traité de partage de l'Afrique en 1885. Conventions franco-anglaises de 1890 et 1899 par lesquelles lord Salisbury nous laisse le Sahara avec l'espoir méprisant que " le coq gaulois pourra s'y user les ergots ". Conventions franco-libyennes de 1956)
d) enfin l'aspect empirique de l'occupation française
D'abord hésitante elle ne devint cohérente que sous la pression des événements.


Pour complexe qu'elle soit, l'histoire du Sahara apparaît assez simple si l'on tient compte de sa position géographique qui l'ouvre à toutes les influences du Sud, de l'Est, de l'Ouest, du Nord.

C'est ainsi que le Sahara a été soumis successivement ou en même temps :

  • à l'influence du Centre-Est (Berbères du Hoggar)
  • à celle de l'Est (Libyens, Ethiopiens, Egyptiens)
  • à celle du Sud (Nègres du Soudan)
  • à celle de l'Ouest (Berbères Marocains ou Maures)
  • à celle du Nord, la plus importante, (Carthaginois, Romains, puis Arabes venant d'Algérie et enfin Français).

Pour mieux éclairer un déroulement d'événements souvent confus, nous allons essayer de présenter l'histoire du Sahara en fonction de l'islam. Nous pourrons ainsi la diviser en trois grandes périodes :

  • - la période pré-islamique  (de la préhistoire au VIIe siècle)
  • - la période islamique (du VIIe au XIXe siècle)
  • - la période franco-islamique (du XIXe siècle à nos jours).


A) PÉRIODE PRÉ-ISLAMIQUE

De la préhistoire au VIIe siècle.

Cette longue période commence avec les hommes de la préhistoire, ainsi qu'en témoignent les gravures rupestres du Hoggar, mises à jour par M. Reygasse vers 1930. Elle continue avec l'occupation du Sahara par les Noirs du centre de l'Afrique, puis par les Ethiopiens, les Egyptiens et les Carthaginois qui allaient chasser l'éléphant dans le Sahara du Nord. Enfin ce fut l'arrivée des Romains, qui installèrent des centres importants à la lisière Nord du Sahara. Ils allèrent même jusqu'à traverser le Sahara avec des troupes que commandait le général romain Cornelius Balbus. Ils atteignirent ainsi le Niger en 20 avant J.-C., exploit qu'il faut cependant ramener à une proportion plus modeste, en pensant que le Sahara devait être moins aride qu'aujourd'hui. Mais la plupart du temps, ils ne songeaient guère à s'enfoncer dans le Sahara, se contentant de prolonger leur " fossatum " défensif de quelques points d'appui destinés à assurer la sécurité de la frontière septentrionale du Sahara : par exemple : Biskra (qui s'appelait Vescera), Castellum Dimmidi près de Messaad, à mi-chemin entre Djelfa et Laghouat, Tolga à 40 kilomètres au Sud de Biskra.. Le siège militaire et administratif de tout ce système défensif était Timgad, à 150 kilomètres au Nord-Est de Biskra. Enfin, les Romains transformèrent le visage du Sahara en introduisant dans le désert le chameau, importé de Syrie, au IVe siècle après Jésus-Christ.

Après leur départ, les Berbères sahariens furent perméables à certaines religions, en particulier au judaïsme qu'embrassèrent les Zénètes. Les Vandales ne firent qu'effleurer les lisières sahariennes. Puis les Byzantins réoccupèrent les forteresses romaines, en particulier Tolga, pour mieux surveiller la région de Biskra. Ce fut, au VIIe siècle, qu'apparurent les Arabes porteurs du message du prophète, Alors commence une autre période, très longue également : celle de l'islamisation. Cette période peut elle-méme se décomposer en trois époques : l'islamisation schismatique, du VIIe au Xe siècle, - l'islamisation orthodoxe et conquérante, du Xe au XIIIe siècle, enfin le repliement saharien, du XIIIe au XIXe siècle.

B) PÉRIODE DE L'ISLAMISATION

Première période (VIIe au Xe siècle) : l'islamisation schismatique

La première invasion arabe fut conduite par Sidi Okba (de 663 à 683 après Jésus-Christ). Sidi Okba passa à Biskra en 663 pour aller jusqu'à l'Atlantique et revenir à Biskra, aux portes du désert .Il fut alors tué dans un combat, à 20 kilomètres au Sud-Est de Biskra, dans l'oasis qui porte aujourd'hui son nom : Sidi Okba. Son corps repose dans la mosquée de ce village. Sa mort n'arrêta pas les progrès de l'Islam, car un autre Conquérant arabe, Hassan, consolida sa conquête.

Les Berbères se convertirent peu à peu à la religion musulmane, mais ils ne l'odoptèrent qu'en la retouchant profondément, dans un sens égalitaire et communautaire qui leur permettait d'élire leurs chefs religieux. Ce fut le schisme " kharedjite ". Ainsi naquit le royaume de Tiaret (Tahert) qui poussa ses ramifications vers le désert, dont les habitants rejetèrent leur religion teintée de judaïsme pour embrasser le schisme musulman de Tiaret. Le Nord du désert se couvrit de petits centres qui constituèrent autant de petites républiques indépendantes, en suivant le schisme tiarétien.

Deuxième période (Xe au XIIIe siècle) : l'islamisation orthodoxe et conquérante.

Les schismatiques de Tiaret voulaient défendre au sein de l'islam le principe plébiscitaire qui ne pouvait que séduire les communautés nomades sahariennes, toujours en mal d'indépendance. Ce faisant, ils devaient se heurter fatalement aux éléments islamiques qui représentaient le principe opposé : celui de l'autorité, exigeant des fidèles obéissance religieuse et soumission politique, C'est ce que réclamaient certains éléments qui firent la guerre à Tiaret, détruisirent la ville en 909, pour continuer leur route vers l'Ouest et délivrer un jeune homme, " le Mahdi ", qui prétendait descendre de Fatima, la fille du Prophète. Ainsi, commença la dynastie des Fatimides.

Les Tiarétiens, se guidant sur les astres, partirent pour le désert. C'est le début du fameux exode saharien des Tiarétiens. Refoulés en direction des parties Sud-Est du désert, ils s'arrêtèrent dans la région d'Ouargla, où ils fondèrent une ville, Sedrata, dont les ruines à peine enfouies dans les sables sont encore visibles. Puis, chassés de Sedrata, ils passèrent dans le M'Zab à Ghardaïa, qui devait être la deuxième et dernière station de leur douloureux exode. Aujourd'hui, ils restent encore jaloux de leur indépendance religieuse et politique. On les connaît sous le nom de " M'Zabites ", qui est une appellation géographique ou sous celui d'" Ibadites ", appellation religieuse qui rappelle le schisme de Tiaret. Ils continuent d'ailleurs à pratiquer une religion musulmane peu orthodoxe.

Les autres oasis sahariennes abandonnèrent les pratiques schismatiques et se soumirent à l'autorité des chefs religieux et politiques. Le Sahara oriental et le Sahara occidental connurent d'ailleurs des destins différents.

- Le Sahara oriental au cours de la deuxième période de l'islamisation :

Le Sahara oriental se soumet aux alliés berbères des Fatimides, les Hammadites, dont la capitale fut d'abord la " Kalaa des Beni Hammad ", au Nord du Hodna, fondée en 1007, puis Bougie en 1090. Les Sultans de la Kalaa des Beni Hammad s'emparent de toute la région des oasis, de Biskra à Touggourt, au XIIe siècle. Biskra tombe entre leurs mains.

- Le Sahara occidental au cours de la deuxième période de l'islamisation :

Le Sahara occidental eut une histoire plus retentissante et plus glorieuse que celle du Sahara oriental, En effet, alors que le Sahara oriental n'avait fait que se soumettre au royaume de Bougie, le Sahara occidental allait placer sous son autorité toute l'Afrique du Nord-Ouest (le Maroc, les régions de Tlemcen et même l'Espagne). Il existait, dans cette partie du Sahara, des Berbères voilés dont les territoires d'origine allaient du pays des Noirs aux oasis du Sud marocain et de l'Atlantique. Ils avaient lutté contre les peuplades soudanaises. Quelques-uns de leurs chefs s'étant rendus à La Mecque, ils abandonnèrent les pratiques musulmanes schismatiques, pour accepter d'obéir strictement aux dogmes du Coran. Ils fondèrent, çà et là, dans les oasis sahariennes et aux confins du Maroc et du Sahara des " ribat ", monastères mi-guerriers, mi-religieux, où régnait une stricte discipline dont l'essentiel était une obéissance passive au directeur spirituel. Tous les membres du monastère devaient promettre un dévouement sans limites à la cause du triomphe de l'Islam. Le mouvement des " ribat " dans l'Islam n'est pas sans analogie avec celui de la Compagnie de Jésus dans la chrétienté. Tous ces Musulmans fanatiques et disciplinés sont connus dans l'histoire saharienne sous le nom d'" Almoravides ", du nom de " ribat " ou plus exactement de " El morabitoun, (les hommes du ribat) ". Ainsi les hommes du désert ne furent pas les Barbares qu'on imagine parfois. Ils apparurent au contraire comme des chefs religieux et militaires qui savaient apprécier les arts. Lorsque surgit la deuxième invasion arabe, vers 1050, l'invasion hillalienne, du nom des tribus pillardes des " Hillals " qui la composaient, les Almoravides représentèrent la seule force politique capable de rétablir l'ordre dans l'Ouest, face à l'anarchie hillalienne. Commandés par un soldat intrépide, type du moine guerrier, Ibn Tachfine, ils deviennent les champions de l'Islam. Ils annexent le Maroc, l'Andalousie. En 1082, ils sont maîtres de Tlemcen, d'Oran, de Ténès et d'Alger. Ibn Tachfine ne devait pas dépasser Alger, laissant intacts le royaume de Bougie et ses dépendances du Sahara oriental. Il fit creuser les fondations de la Grande Mosquée d'Alger et celles de la Grande Mosquée de Tlemcen. Le développement de Tlemcen date de son règne. Il fit construire également des édifices religieux à Nédroma. Son fils, Ali, continua son oeuvre et termina la Grande Mosquée de Tlemcen. A partir de l'année 1145, les derniers Almoravides furent rejetés vers leur Sahara natal par une dynastie de Berbères marocains qui venaient du Moyen Atlas : les Almohades.

C'en était fini de la puissance saharienne : l'heure du repliement sur eux-mêmes venait de sonner pour les Berbères sahariens.

Quand les Turcs exercèrent leur souveraineté sur l'Algérie, ils les laissèrent de côté et se gardèrent bien de pénétrer dans le Sahara. Comme l'avaient fait les Romains et comme le feront les Français ou moment de la conquête de l'Algérie, ils se contentèrent de contrôler solidement les frontières sahariennes. C'est ainsi que Biskra fut prise une première fois par le général turc Hassane Agha en 1542, et, après une révolte des habitants, une deuxième fois en 1552 par le général turc Salah Reïs. Jusqu'en 1830 les Turcs devaient laisser le Sahara dans son sommeil, que troublaient à peine les caravanes qui allaient de la Méditerranée au Niger. De l'Algérie turque, à partir d'Alger par Oran (quand cette dernière ville se trouvait occupée par les Turcs), puis la trouée d'Ain-Sefra -Colomb-Béchar jusqu'à Gao, ou par TlemcenOudjda-Figuig ou encore par la vallée du Daoura (Tafilalet), les grandes caravanes s'en allaient porter leurs étoffes et leurs verroteries vers Gao et Tombouctou pour en rapporter l'ivoire des régions soudanaises ou le sel de Taoudeni.

Troisième période de l'islamisation (XIIIe au XIXe siècle) : le repliement saharien

Cette période comprend peu d'événements marquants.

Repliées sur elles-mêmes à partir du XIIIe siècle, les populations berbéro-sahariennes se trouveront engagées jusqu'à l'arrivée des Français dans les actions guerrières qui, à peine terminées, renaissaient sans cesse. Les unes avaient un caractère religieux et s'efforçaient de maintenir la pureté de l'Islam. Ce furent :

  • l'extermination des Noirs vers le Sud ou leur asservissement ;
  • l'extermination des Juifs ou leur asservissement, action qui atteint son apogée au XVe siècle, lors des massacres des Juifs et de la déportation des Berbères judaïsés appelés Zénètes.
  • les guerres fréquentes des Touareg contre la Confédération du M'Zab, qui restait un noyau politique et religieux indépendant.

Les autres opérations ont un aspect historique plus politique et ethnique que religieux. Il s'agit de la lutte des Touareg contre les Arabes Chaâmba des régions périphériques sahariennes. Les Touareg veulent maintenir leurs traditions et leur autonomie face aux menaces des Arabes. Ainsi se développa la consolidation d'un royaume targui au centre du Hoggar, royaume soustrait à toutes les influences étrangères et dont l'histoire reste encore peu claire. C'est un antique et mystérieux royaume, à la vie indéchiffrable, en dépit des monuments du Hoggar, entre autres celui du mausolée de la reine Tin Hinan, (IVe siècle après Jésus-Christ), près de la piste d'Abalessa. Il n'est pas étonnant que Pierre Benoît ait situé quelque part dans ces contrées perdues, le récit de son " Atlantide " tel que le lui permettaient les incertitudes de l'histoire.

Le Sahara vécut ainsi sur lui-même jusqu'au XIXe siècle, date à laquelle les Français occupèrent l'Algérie. De 1830 à 1847 (reddition d'Abd-el-Kader), les Français, trop occupés par leur action militaire en Algérie, ne purent s'occuper des confins algéro-sahariens. Lorsqu'ils purent le faire, ils ne le firent que d'une façon empirique, au hasard des menaces qui pesaient sur eux. De 1847 à nos jours, l'occupation saharienne semble comprendre quatre périodes assez nettes :

  • Une période de surveillance et de contrôle des frontières algéro-sahariennes de 1849 à 1870,
  • Une période de négociation avec l'arrière-pays saharien de 1870 à 1880,
  • Une période de pénétration inorganisée et sporadique de 1882 à 1898,
  • Enfin une période de pénétration méthodique de 1898 à 1935.

C) PÉRIODE FRANCO- ISLAMIQUE : LE SAHARA FRANÇAIS.

Période de la surveillance des frontières algéro-sahariennes (1849 à 1870) 

Cette période est marquée par cinq opérations importantes :

1849 : Prise de Biskra.

Jusqu'en 1849, Biskra qui, en 1844, avait accepté la garnison du Duc d'Aumale, resta tranquille, mais, en 1849, la garnison fut massacrée. Pour répondre à cette rébellion et surtout à celle de l'Oasis de Zaatcha, près de Biskra, connue sous le nom de " révolte des Zibons " et suscitée par Bou-Ziane, le Général Herbillon anéantit cette oasis et fait fusiller Bou-Ziane. Toute la région de Biskra se place alors sous la protection de la France.

1851-1852 : Création de Djelfa.

Un poste militaire est construit à Djelfa, au noeud des routes de Laghouat, d'Aflou et de Bou-Saâda. Djelfa est le centre de la confédération des Ouled-Naïl, dont les femmes ont une réputation de beauté un peu trop accueillante.

1852 : Prise de Laghouat.

Laghouat qui, en 1844, s'était soumise au Général Marey-Monge, se révolta en 1852, à l'instigation du chérif Mohammed ben Abdallah, et en dépit de l'aide que nous apportait la confrérie des Tidiania, qui résidait près de Laghouat, à Aïn-Mahdi. Le Général Pélissier, en décembre 1852, dut alors s'emparer de la ville.

1864 à 1869 : Lutte contre les Ouled Sidi Cheîkh.

L'importante tribu des Ouled Sidi Cheikh, maîtresse des confins algéro-sahariens, se révolte à l'appel de son agha, Si Sliman et se heurte aux troupes du Colonel Beauprêtre, qui est tué au cours d'un combat en 1864. Les Ouled Sidi Cheikh furent réduits à demander l'aman en 1869, grâce à l'énergique intervention du Gouverneur Général Mac Mahon et du Général de Colomb qui, parti de Géryville, pacifie toute la région de Colomb-Béchar, en établissant un poste militaire à l'endroit qui porte aujourd'hui son nom et qui est devenu Colomb-Béchar.

1870 : Contrôle des confins algéro-marocains.

Le Général de Wimpfen s'empare d'Aïn-Chaïr pour assurer la sécurité des confins algéro-marocains et pour réduire à l'impuissance les Marocains de l'Oued Ghir, alliés des Ouled Sidi Cheikh.

Période de négociation (1870 à 1880)

A partir de 1870, gênés par leur défaite devant l'Allemagne, puis par l'insurrection de la Kabylie, les Français essaient de tenir l'arrière-pays au Sud de la frontière algéro-Saharienne par la négociation. C'est l'époque où l'on reconnaît l'indépendance de la Confédération des Oasis du M'Zab, dont la capitale est Ghardaïa, à la seule condition qu'elle ne soutienne pas les ennemis de la France. C'est aussi à cette époque qu'on permit à Si Hamza, chef des Ouled Sidi Cheikh, d'occuper Ouargla en notre nom. Cette méthode, dite " de négociation ", fut celle des Romains avant leur occupation définitive de l'Afrique du Nord, comme elle fut la nôtre en 1834 et en 1837 lorsque nous essayâmes de traiter avec Abd-el-Kader.

Cette période se termina tragiquement, d'une part par le soulèvement du Sud Oranais en 1881, à l'appel du marabout Bou Amama, dont les troupes s'avancèrent jusqu'à Saïda en tuant tous les alfatiers qu'elles rencontrèrent et, d'autre part, par la trahison de Ghardaïa en 1882. Le Général Négrier dut reconquérir le Sud Oranais et nos troupes furent contraintes de s'emparer de Ghardaïa.

Période de pénétration inorganisée (1882 à 1898)

Cette période est audacieuse et téméraire au point de laisser de vastes espaces intermédiaires non pacifiés. Nos hardis explorateurs croyant que la sécurité était devenue parfaite, décidèrent de faire un bond de 1.000 kilomètres en direction du Tchad ou du Niger. Ils désiraient reprendre les tentatives d'un jeune Allemand, Hornemann, qui, en 1798, fut autorisé par Bonaparte à aller du Caire au Tchad par le Sahara central, - celles de R. Caillé, qui avait atteint Tombouctou au début du XIXe siècle; enfin celles plus récentes de H. Duveyrier, à la recherche du Hoggar.

A partir de 1881, on assista à quatre explorations peu organisées, qui finirent tragiquement :

  • 1881 : - Le Colonel Flatters, parti d'Ouagla le 4 décembre 1880 pour étudier le tracé d'une voie ferrée centrale, fut massacré à Bir el Garama, 1.000 kilomètres au Sud d'Ouargla, par les Touareg.
  • 1886 : - La tentative de Palat pour traverser le Sahara échoue dans des conditions identiques.
  • 1889 : - Douls connaît le même échec.
  • 1896. - Le Marquis de Morès périt comme ses devanciers sous les coups des Touareg.

D'autre part, le Sud Oranais avait constamment suscité des inquiétudes diplomatiques. Au traité de 1844, qui avait mis fin à l'intervention marocaine dans la conquête de l'Algérie, nous nous étions engagés à respecter une frontière qui passait par Figuig et qui donnait lieu à des violations constantes de la part des Marocains. Jusqu'alors, nous nous étions astreints à une certaine discrétion. Mais deux événements graves allaient nous faire changer d'avis : le massacre de la petite garnison de Tahrit, commandée par l'adjudant Gabaig, l'attaque, au col de Zénaga, entre Béni-Ounif et Figuig, du cortège du Gouverneur Général Jonnart, qui voulait aller conférer à Figuig avec un envoyé du Sultan. Tout cela commandait une action immédiate, énergique et tenace, dont l'urgence se faisait encore plus pressante à la lumière de la politique européenne. L'heure d'une conquête réelle, méthodique, cohérente, progressive du Sahara, était ainsi venue.

Période de pénétration cohérente et progressive du Sahara (1898 à 1930)

Cette conquête se fit en cinq étapes :

 

  • 1898 : Pénétration complète du Nord au Tchad.

L'explorateur Foureau, accompagné de 300 hommes placés sous les ordres du Commandant Lamy, traverse le Sahara de Touggourt au lac Tchad. La résistance ne fut vive que dans la région du lac Tchad, où le Commandant Lamy trouva la mort; mais ses hommes réussirent à faire leur jonction avec une colonne partie de Dakar, et une autre, partie de Libreville. A.O.F, A.E.F et Sahara se trouvaient ainsi réunis.

  • 1899 : Occupation d'In Salah.

En 1899, une exploration géologique dirigée par le professeur Flamant partit d'Alger pour l'oasis d'In-Salah, qui fut prise d'assaut. Tout le Touat passait ainsi sous l'influence française.

  • 1902 : Pacification du Hoggar.

Le Général Laperrine, pour soumettre les Touareg, utilise contre eux leurs ennemis séculaires, les Arabes Chaâmbas, qu'il enrôle dans des compagnies de méharistes. Les Touareg se soumettent. C'est par l'amour que le Père de Foucauld essaie de les amener à la France, mais il meurt sous les coups de quelques fanatiques, à la solde des émissaires allemands et turcs, en 1916. Son corps (sauf le coeur, resté dans une urne à Tamanrasset), repose à El Goléa. Son ami, le Général Laperrine, devait le rejoindre dans la mort en 1922, après douze jours d'agonie, au cours d'une tentative de traversée aérienne du désert.

  • 1902-1905 : Pacification du Sud Oranais.

A partir d'Aïn-Sefra, Lyautey pacifie le Sud Oranais de 1902 à 1905. Enfin, de hardis aviateurs, parmi lesquels on doit citer Henri Fouques-Duparc, ouvrirent la route aérienne Nord-Sud après la guerre de 1914-1918. Mais le problème restait entier dans le sens Est-Ouest.

  • 1920 à 1935 : Occupation du Sahara atlantique, pénétration Est-Ouest.

Les Foureau, Lamy, Flamant, Laperrine, Lyautey n'avaient projeté et réalisé que la pénétration Nord-Sud du Sahara. Il restait à faire le même travail dans le sens Est-Ouest. Ce fut chose faite en 1920 quand le Capitaine Augiéras et le Commandant Lauzanne, le premier parti de Béni-Abbès, le second de Mauritanie réussirent à se rejoindre. Enfin, en 1935, Tindouf fut occupée.

© Max Marchand, LE SAHARA aux éditions L Fouque, Oran de mars 1957

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