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RUA, mon beau RUA ...

Écrit par Paul de ROCCA-SERRA. Associe a la categorie Généralités sportives

Pour les Algérois il n'est nul besoin de traduire ces initiales. Les autres en découvriront le sens en lisant cette évocation vivante, cette histoire d'un club sportif célèbre par, l'un de ses fondateurs qui se souvient pour nous.

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Yvon Ferrandis m'écrit : " Le R.U.A., inséparable de la jeunesse algéroise, que de souvenirs pour nous Algérois, c'était notre jeunesse sportive..."

Oui, que de souvenirs dignes de remplir tout un volume !

Car le R.U.A., c'est une épopée, une page magnifique, empreinte d'idéalisme, de tradition estudiantine, d'enthousiasme, de chaleur et d'amitié.

 

1926. - Il y a cinquante-quatre ans. J'en avais vingt-huit. J'arrivais de Paris, du P.U.C., tout frais émoulu de la création du sport universitaire qui, avons-nous cru longtemps, devait rapprocher tous les jeunes étudiants du monde. Errare humanum est.

 

Il y avait à Alger un brave homme, un homme " brave ", le Dr Pey, qui s'échinait à maintenir une petite équipe de football, sous le nom de C.S.A.U. Mais les étudiants jouaient à l'A.S.S.E., au Gallia, etc.

Avec la foi des jeunes, nous nous mîmes au travail, aidés par le Dr Plantey, par quelques idéalistes de l'A.G. des étudiants et par les loisirs que je me permettais de voler au Gouvernement général.

Le miracle, ce fut M. Champeaux, un Parisien déjà âgé, pas du tout universitaire de formation, qui eut l'idée géniale - et un peu " louette " - de faire fonctionner le Racing Club d'Alger, avec d'excellents footballeurs, et le pauvre C.S.A.U. D'où le nom de Racing Universitaire d'Alger.

Le résultat fut probant. Deux ans après, le R.U.A. était à 100 p. 100 universitaire et amateur.

Le foot-ball brillait. Les Barnier, les Pataa, le cher Dumas, les Couard, tous nos amis (je dis bien amis), arabes, Soualah, Stambouli, Ait Sallem et même Ferhat Abbas formaient une ossature qui se classait au sommet des équipes d'Algérie.

Et puis, les sections naissaient. Les juniors (cher Camus) venaient nombreux. Fleck, que nous appelions l'Archange, faisait de la section une des plus valeureuses du pays. Nous avions très vite un champion de France, Delahaye, le frère de Roger qui, toujours ruaïste, fut sous-gouverneur de la Banque d'Algérie. Il est mort lui aussi. La section d'athlétisme que Balazard organisait.

Le rugby. Pauvre Boulet; avec Giraud, Nogué et les bagarres avec le R.A.S.A. et l'immense Molinié (du R.A.S.A.) qui se relevait d'une mêlée en hurlant : " Qui m'a mordu les c... ? " ! C'était le tout petit talonneur Gély, on l'a su bien après:

L'administration s'organisait. Le professeur Milliot prenait la présidence, Périaud (mort aussi) m'aidait au secrétariat général. Le journal se créait avec Abenzimra et Chouraqui. Et même nous inventions le cocktail R.U.A. avec les trois K : kirsch, kummel et... krenadine.

Il y avait les troisièmes mi-temps, bien sûr, dans des tavernes à nous réservées, avec les animateurs Marchetti, Faugère, Henri Ferra (mort) et tant d'autres.

Et les fêtes du centenaire, en 1930, avec le match d'équipe de France contre sélection d'Alger, où nous prîmes 75 à 3 et d'où je sortis avec un tête doublée de volume.

Et puis d'autres sections se créèrent.

Je partis en 1930 muni d'une statuette souvenir qui est là, devant moi, au moment où j'écris.

Le R.U.A. continua, avec Perriau, le Dr Badaroux et les équipes dévouées, son ascension. Tennis, hockey, équitation, piscine, etc., le plus beau club d'Afrique du Nord, un des plus brillants de France.

Après...

A Paris, il y a une dizaine d'années, Ait Sallem, Stambouli et Richier ont tenté d'organiser un couscous d'anciens. Le premier nous a réunis à 70, jeunes et vieux. C'était émouvant. Je pense à Mimiche (EIlia), à Arroum, à tant d'autres amis fidèles, à tant de chansons estudiantines.

Cela aussi a disparu. Pourquoi ?

Si les lecteurs de la revue algérianiste ne sont pas lassés par ces souvenirs, je m'efforcerai de vous livrer quelques détails sur la première période de la vie du R.U.A. Je les dédie à cet homme lumineux qu'était Pistor, mon ami, parti lui aussi.

II faudra bien que quelqu'un parle aussi de la période éclatante d'après 1930, que je n'ai connue que de loin, malheureusement tout en conservant les précieuses amitiés ruaistes, que je cultive encore : Faugère, Arroum, Mimiche, etc., que j'ai reçus à Hendaye.

Ne soyons pas nostalgiques. Le R.U.A. est une histoire. L'histoire en elle-même ne doit pas être triste.

A propos d'histoire, ou plutôt d'histoires, le R.U.A. en a des dizaines. Qui se souvient de l'équipe d'Hussein-Dey qui, devant nous recevoir et préférant jouer sur un petit terrain, avait déplacé les poteaux de but ? Ce que notre dirigeant, M. Champeaux fit constater... par avion. On s'en souvient encore à la Fédération de football !

Et la dernière, car il faut s'arrêter. L e président Milliot, doyen, je crois, de la faculté de droit, se décide à assister à un match de championnat R.U.A. - Hussein-Dey à HusseinDey. Je lui dis : " Attention, il y a souvent de la bagarre avec eux." Courageux, il vient quand même, le chef couvert d'un chapeau neuf.

Le match a lieu. Par hasard, pas d'incident. A la fin M. Milliot me dit : " Vous voyez bien que tout est tranquille ! "

Exactement au même moment, une énorme motte de terre fait voler son chapeau à dix mètres et je lui dis :

" Je vois bien, Monsieur le doyen ! "

A bientôt peut-être, et, pour tous les ruaïstes chassés de chez eux et qui se souviennent de moi, mon souvenir affectueux de Hendaye.

Paul de ROCCA-SERRA.

In l'Algérianiste n°12 du 15 décembre 1980

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