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Le timbre-poste algérien "Algérie française" (1)

Écrit par Henri GRAS. Associe a la categorie Philatélie

Timbre01

La présente note rappelle succinctement l'origine, la création et la suppression du timbre-poste spécial à " L'Algérie Française " qui figure certainement dans les albums de l'époque.

Il me parait essentiel tout d'abord de rappeler brièvement les conditions dans lesquelles s'effectua avant 1924, année de la création du timbre-poste, "Algérie Française ", l'affranchissement des objets de correspondance confiés au Service Algérien des P.TT.

Deux périodes marquent l'histoire de la Poste Française en Algérie.

 

1831-1849

Le service des Postes est assuré dès le début de l'occupation française par la Trésorerie de l'Armée. L'ordonnance du 20 août 1839 sur le régime financier de l'Algérie confie au Trésorier Payeur les fonctions de directeur des Postes. Le service postal est alors effectué par l'Administration militaire, qui utilise pour le transport des correspondances, les marques particulières de la " Poste aux Armées ".

Griffe : Armée d'Afrique précédée d'une lettre indiquant le bureau divisionnaire.

Cachet rond : 2 cercles concentriques avec bloc dateur au centre.

Sur la partie haute : Nom de la Ville

en bas : " Poss. d'Afr. "

Il y a alors 5 bureaux centralisateurs : ALGER - ORAN - BÔNE - BOUGIE - PHILIPPEVILLE

Les communications avec la France sont assurées par la marine de l'Etat qui effectue également un voyage par semaine entre Alger et Bône.

A partir de 1839 ce sont les bureaux de poste algériens utilisant un petit cachet rond à deux cercles analogue à celui en usage en France, mais portant en exergue, au lieu du numéro correspondant au département français, le mot " ALGÉRIE ".

 

1849-1924

En 1849 apparaissent les premiers timbres-poste français qui sont également mis en service en Algérie. Seule l'oblitération permet de déceler leur utilisation en Algérie par des cachets d'oblitération portant le nom du bureau utilisateur et, je crois, un chiffre indiquant l'ordre de création de l'établissement... Dély Ibrahim : N°.

En 1860 le service algérien des postes devient autonome, aucune modification au point de vue philatélique. En 1872 la loi du 24 juin introduit dans le service algérien comme en métropole, " la carte postale ". En 1873 : reprise de la " recommandation " des lettres et objets confiés à la poste, supprimées en 1854.

Création du timbre-poste algérien :

A quelle utilité réelle répondait cette création ?

Certes, dès 1894, des députés représentant l'Algérie au Parlement saisirent ce dernier de la nécessité de créer un timbre-poste spécial, et des essais de figurines, plus ou moins bien réussis, furent préparés à cet effet mais ces propositions n'eurent pas de suite.

La question fut posée à nouveau en 1902 par les Délégations financières qui, appuyées par les groupements commerciaux algériens, émirent le vœu de voir l'Algérie dotée de timbres-poste particuliers.

Les arguments présentés à cet effet répondaient surtout à un moyen de propagande et de publicité au point de vue touristique, une vignette postale de facture essentiellement algérienne devant déceler l'attrait du pays privilégié de soleil et faire naître chez les touristes le désir de le parcourir, de jouir de ses sites, de son climat.

Au surplus, au point de vue commercial, il n'était pas indifférent que le timbre poste algérien attirât la pensée, même fugitive de certains commerçants étrangers qui ignoraient l'Algérie, et provoquât alors, chez eux, le désir de connaître ses ressources et ses besoins.

Ces voeux firent alors l'objet de nombreuses correspondances échangées entre le Gouvernement général de l'Algérie, le département de l'intérieur et le sous-secrétariat des Postes et des Télégraphes, mais les raisons invoquées à son sujet, qui certes ne manquaient pourtant pas d'évidence, laissèrent indifférents ceux qui, en métropole, avaient la charge de l'Algérie.

En 1906 la création du timbre-poste spécial à l'Algérie présenta un tout autre intérêt primordial et non divulgué, pour les raisons suivantes :

A cette date, le congrès de l'Union Postale Universelle tenu à Rome, répondant au désir exprimé maintes fois et sans succès jusqu'alors par le gouvernement français, admit parmi ses membres le Service algérien des P.T.T.

Cette décision avait pour grand avantage de donner à la France une voix de plus dans les votes ratifiant les décisions prises par voie de suffrage dans les congrès de l'U.P.U. Cette règle essentielle présentait ainsi l'avantage de favoriser les pays membres ayant un caractère communautaire, puisqu'ils disposaient dans les votes de plusieurs voix alors que les autres n'en avaient qu'une seule, la leur.

Donc, depuis le Congrès de Rome, 1920, la France disposait de 5 voix, la sienne, celle admise pour l'Indochine et les autres Pays d'Outre-mer, celle de l'Algérie, et celle des offices postaux des protectorats du Maroc et de la Tunisie alors que la grande république fédérative de l'Amérique du Nord ne disposait que d'une seule voix.

Evidemment cette situation privilégiée de la France et des autres pays possédant des services postaux dits " extérieurs ", dus à leurs territoires " associés " ou à leur empire colonial, ne manquait pas de soulever à chaque congrès les objections, les contestations des pays membres de l'ONU qui ne disposaient pas du même avantage et ce malgré l'importance de leur administration postale.

C'est pour être à même de réfuter les objections renouvelées, à chaque congrès, en particulier au sujet du maintien des voix coloniales et en particulier celle concédée à l'Algérie, que M. Treuille, alors sous-directeur, chef du service des P.TT. au Gouvernement général, exploita fort astucieusement les vœux émis par les groupements commerciaux algériens tendant à la création d'un timbre-poste spécial. Il suggéra à l'administration centrale du ministère des P.T.T. de retenir enfin des propositions qui prouveraient incontestablement l'autonomie du service postal en Algérie, particularisme déjà caractérisé par un budget spécial totalement indépendant de celui de la métropole et par des timbres " fiscaux " propres au pays.

Cette proposition personnelle fut alors retenue par l'administration métropolitaine. Telle est donc la véritable origine habile, nécessaire et discrète, et pour cause, de la création du timbre-poste spécial à l'Algérie, due uniquement à la perspicacité toute personnelle de M. Treuille, certainement un des chefs les plus distingués parmi ceux qui ont été appelés à diriger le service algérien des P.T.T.

Cette véritable origine m'a paru devoir être rappelée parce qu'ignorée, ou voulue ignorée, par ceux qui ont déclaré ou voulu prouver, pour le supprimer, que la création du timbre-poste spécial de l'Algérie française a été une erreur parce qu'elle donnait à l'Algérie, partie intégrante de la France, une entité distincte. Quelle erreur et quel mensonge surtout pour " certains" !

Je rappelle ci-après quelques dates mémorables concernant la création et la mise en service des premiers timbres-poste spéciaux à l'Algérie :

 

11 décembre 1923 Arrêté interministériel autorisant l'impression d'une surcharge sur les timbres-poste et autres valeurs fiduciaires postales de la métropole à l'usage spécial des bureaux de la poste en Algérie.
1er juillet 1924 Mise en exécution de l'arrêté interministériel en date du 11 décembre 1923 décidant que les timbres-poste métropolitains revêtus de la surcharge , ALGÉRIE >, seront seuls valables pour l'affranchissement des correspondances mises en service en Algérie.
15 mai 1925 Arrêté interministériel qui autorise l'émission de 4 timbres-poste spéciaux à l'Algérie et d'usage courant. Cet arrêté précise en son article 2 que les timbres-poste et autres valeurs du nouveau modèle seront valables à partir de la date qui sera ultérieurement fixée par le gouverneur général de l'Algérie.
31 mai 1925 Clôture du premier concours ouvert entre tous les artistes français, en vue de l'exécution des dessins devant servir à l'émission de quatre types de timbres-poste spéciaux à l'Algérie.

 

Les projets retenus sont ceux présentés par :

- MM. Antoni (d'Alger) petit format: La mosquée et la pêcherie d'Alger.

- M. Brouty (d'Alger) grand format triptyque : Vue générale d'Alger et des ports prise des coteaux de Mustapha supérieur,

- M. Montades (de Paris) petit format : Rue de la Casbah d'Alger.

- M. Waltremetz (de Colombes) petit format : Mosquée de Sidi Abderrahmane d'Alger.

Chaque artiste primé reçut une somme de 10 000 F. en monnaie de l'époque.

Pour application de ces arrêtés :

- 1er juillet 1924 : Mise en vente dans tous les bureaux des P.T.T de l'Algérie des 4 timbres-poste métropolitains sur lesquels a été apposé, en surimpression le mot " Algérie "
Ces figurines spéciales sont des types :

- Blanc allégorique,
- Semeuse,
- Pasteur,
- L.O. Merson

- 1926 : Mise en vente des 4 premiers timbres-poste spécifiquement algériens.

Cette première émission est composée de 23 figurines.

Nombreuses, par la suite, ont été les séries de timbres-poste algériens émises (353 pour l'affranchissement des objets de correspondance).

Il serait fastidieux de les rappeler ici. La consultation des catalogues édités et mis à la vente par les négociants en procure la liste.

 

HENRI GRAS
(à suivre)

in l'Algérianiste n°78 de juin 1997