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L'Algérie française et l'Espagne franquiste

Écrit par Anne Dulphy. Associe a la categorie Histoire Politique

Ancienne élève de l'Ecole normale supérieure Sèvres/Ulm, agrégée et docteur en histoire, Anne Dulphy est maître de conférences à l'Ecole polytechnique et à l'Institut d'études politiques de Paris. Elle est spécialiste de l'histoire des relations internationales, et ses travaux portent sur la politique extérieure de la France, en particulier dans ses rapports avec l'Espagne et dans les interactions entre politique intérieure et diplomatie.

Face à un tel sujet (1), deux représentations schématiques affirment comme étant d’évidence, mais leur caractère contradictoire révèle d'emblée qu'elles font écran à une réalité autrement complexe. D'un côté, le syndrome de la guerre civile a conduit à présupposer qu'un pouvoir dictatorial fondé sur une conjuration militaire réussie, conforté par l'aide des puissances de l'Axe et marqué par l'anticommunismene pouvait qu'apporter son soutien à la lutte pour l'Algérie française; la création de l'OAS à Madrid début 1961, l'existence d'une branche espagnole de cette Organisation pendant plusieurs mois, l'exil de nombre de ses membres dans la péninsule après l'indépendance, enfin, confortèrent cette lecture qui englobe dans une même réprobation des activistes fascisants, des officiers factieux et un régime franquiste que l'opinion française dans sa très grande majorité persistait à juger infréquentable depuis la Seconde Guerre mondiale.

De l'autre côté, certains des dirigeants de l'OAS onteffectivement espéré un appui officiel et guetté les signes en ce sens(2), mais leurs souvenirs écrits comme leurs témoignages oraux rendent compte de la vanité de ces illusions; le plus imprégné par la mythologie nationaliste de 1936, Jean-Claude Pérez, est aussi le plus amer et va jusqu'à voir la main des services spéciaux franquistes dans l'aide que certains communistes espagnols réfugiés en Algérie ont apporté au FLN.

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Le docteur Jean-Claude Pérez

Pour approcher au plus près les interactions entre la défense de l'Algérie française et l'Espagne franquiste, trois axes problématiques semblent se dégager. L'approche diplomatique, en premier lieu, consiste à retracer les fluctuations de la position franquiste face à la guerre d'Algérie: il fallut en effet attendre 1957 pour que l'Espagne rompît avec sa posture anticolonialiste et s'affirmât « amie de la France » (4), mais pas alliée indéfectible comme le montra son constant marchandage. Au surplus, en 1960, l'impératif de réconciliation bilatérale avec la France gaullienne est restée sa priorité, la cause défendue par les partisans de l'Algérie française ne pesant finalement pas bien lourd. Le deuxième temps de l'analyse est donc consacré à ces années où la péninsule ibérique apparut comme une base de repli à certains activistes, puis à la période où elle leur fut une terre d'asile, afin de mesurer le soutien officiel dont ils bénéficièrent et tenter de cerner les réseaux sur lesquels ils ont pu s'appuyer; sur ce point, il sera seulement possible d'ouvrir des pistes à partir des récits des intéressés. Enfin, le volet idéologique de cette contribution se heurte à la difficile question du modèle politique pour un mouvement qui fut d'abord un sursaut pour la défense de l'Algérie française et n'est pas parvenu à s'unir autour d'une même plate-forme. Cependant certains des programmes élaborés au sein de cette mouvance composite renvoient au national catholicisme, d'autres au nationalisme révolutionnaire phalangiste. Surtout, par son ressort nationaliste et la rupture avec le pouvoir en place qu'il impliqua, ce combat a fait émerger parmi nombre de ses dirigeants un imaginaire politique empreint de références épiques à la geste franquiste - la solution militaire du pronunciamiento, le mythe de l'Alcazar, voire un romantisme révolutionnaire phalangiste - au demeurant suspectes aux yeux de ceux qui avaient eu des sympathies républi­caines, notamment certains militants de base d'origine espagnole.


L’ambivalence franquiste face à la guerre d’Algérie


La lecture franquiste de la guerre d'Algérie a considérablement évolué, de part et d'autre d'un tournant situé en 1957. Conservant ses possessions africaines sans se définir comme une puissance impérialiste, l'Espagne a d'abord trouvé une nouvelle actualité à son ambition diplomatique traditionnelle, servir de charnière entre l'Orient et l'Occident, dans la remise en cause de la présence française en Afrique du Nord: aussi a-t-elle explicitement adopté « une attitude d'opposition ouverte»(5) à la France et prit position pour « l'émancipation des... peuples méditerranéens ». Puis le régime a évolué vers une convergence avec les thèses françaises sur l'Algérie, insérant son dialogue privilégié avec l'islam « dans un ensemble occidental dont (il) se sent (ait) de plus en plus solidaire » (6). Il est l'un des rares gouvernements occidentaux à avoir été convaincu par l'argumentation assimilant lutte contre le FLN et résistance à l'expansionnisme soviétique, à avoir fait sienne la conception d'une Algérie « province française ».


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Alberto Martin Artajo
Ministre des Affaires
extérieures
Les « vues anticolonialistes » (7) initiales du franquisme renvoient à plusieurs éléments de continuité. Une politique étrangère faisant de l'Espagne le champion du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, tout d'abord. Pour assurer sa survie internationale, le régime a en effet trouvé une « politique de substitution » (8) dans un tiers-mondisme opportuniste dont les manifestations pro arabes ont été un volet. Il a donc érigé l'Empire chérifien en symbole de tous les États dont la souveraineté était bafouée par la domination impérialiste puis, à partir du ler novembre 1954, a englobé l'Algérie dans cette analyse. Autre facteur explicatif, l'accent mis sur l'identité originale de l'Espagne : « La géographie nous indique que l'Afrique du Nord et la péninsule ibérique forment un monde distinct, ayant une personnalité évidente; un monde important et crucial. Il naît en Europe, semble vouloir être l'Afrique et meurt dans le désert du Sahara... Il constitue un tout géographique » sur lequel l'histoire a tendu une trame faite d'interpénétrations constantes entre ses deux rives (9). Les formules abondent qui magnifiaient ce lien de confiance innée, d'action naturelle, en termes géopolitiques ou culturels, et qui soulignaient son caractère exclusif « unique grand pont entre l'Orient arabe et le monde occidental ». Cette prérogative fut à la fois la justification et l'ambition d'une politique qui consistait à « jouer un rôle éminent en Afrique du Nord » en y défendant les jeunes nationalismes: la péninsule leur fut largement ouverte et des armes leur furent livrées, au moins indirectement; fin 1956, l'un des premiers bureaux de la rébellion algérienne à l'étranger fut installé à Madrid. En parallèle, l'action française en Algérie était dénoncée avec virulence. Les commentaires de la presse - sans exception, du journal catholique Ya au monarchiste ABC en passant par le phalangiste Arriba... -parlaient d'un rejet général et spontané du système colonial dont ils critiquaient notamment l'échec social et la dénationalisation des groupes ethniques; ils distinguaient les colons d'origine espagnole, développant largement la thèse africaniste de leur collaboration pacifique avec la population musulmane. Brossant « des tableaux apocalyptiques de la situation » (10), ils dénonçaient le scandale de la terreur répressive. « Il s'agit en définitive de l'échec complet de la France », de son sys­tème impérial, « et les peuples civilisés ne peuvent endosser ces horreurs », concluait l'éditorialiste d'Arriba (11).

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José Félix de Lequerica

L'accession du Maroc à l'indépendance, et par conséquent la perte de la zone septentrionale, marquèrent toutefois les limites de cette politique et conduisirent le ministre des Affaires extérieures Alberto Martin Artajo à envisager, fin 1955, « de rechercher avec la France la sauvegarde d'intérêts communs, entente d'autant plus indispensable que l'Afrique est désormais l'enjeu de la politique soviétique » (11). Cette solidarité objective, avec pour but le maintien de l'Espagne dans la zone saharienne, contribua à l'infléchissement pro-occidental effectivement observé courant 1956, mais la révision n'était qu'amorcée : « un climat de hargne et de mauvaisehumeur » (13) était entretenu par les milieux - la vieille garde phalangiste francophobe, le ministère de l'Information, les diplomates tournés vers le monde arabe - qui voulaient entraver le rapprochement souhaité par les autorités militaires, au pre­mier rang desquelles le ministre et général Muňoz Grandes (14), ou les responsables des Affaires extérieures au nom de la préservation de la puis­sance espagnole en Afrique. Les pourparlers militaires sur les ques­tions marocaines constituèrent toute­fois un levier utilisé par la France pour solliciter « un gage de loyauté à l'égard des intérêts occidentaux en Afrique » lors de l'examen de la question algérienne par la 11e session de l'ONU. Certes, dans son discours à la tribune le 20 novembre, Alberto Martin Artajo resta fidèle à une rhéto­rique tiers-mondiste en marquant l'appui accordé par son pays « aux États récemment admis et qui ont secoué les chaînes du colonialisme et des protectorats ». Mais les manifes­tations de ralliement à la thèse fran­çaise furent favorisées, d'un côté, par la forte pression diplomatique fran­çaise et, de l'autre, par l'action per­sonnelle du délégué espagnol José Félix de Lequerica qui semblait inter­préter ses instructions dans le sens le plus ouvert. Il a notamment appuyé son discours en commission sur le principe intangible de non-ingérence et placé l'Algérie dans le domaine réservé de la France; son souci de compromis se retrouva dans ses votes de février 1957.

C'est alors que se produisit le tour­nant décisif avec le remaniement qui porta aux affaires, à la grande satis­faction des diplomates français, « une nouvelle équipe ministérielle, jeune et consciente de la mission européen­ne de son pays, qui s'est trouvée dans une conjoncture favorable pour affirmer sa solidarité avec le bloc occi­dental et en particulier avec la France, à la fois afin de se dégager d'un tête-à-tête trop inégal avec les États-Unis et de renforcer les intérêts communs tant en Europe qu'en Afrique » (15). Le remplacement immédiat du directeur général de la Presse au ministère de l'Information, Juan Gômez Aparicio, mit un terme aux campagnes hostiles à la France en Algérie: le caractère patriotique de son action fut pour la première fois souligné, de même que la contribution des colons espagnols à son œuvre coloniale et civilisatrice. Les décideurs français saisirent cette occasion favorable pour élargir au plan diplomatique les échanges enga­gés sur le terrain militaire : premier membre d'un gouvernement français à rencontrer officiellement un ministre franquiste, le secrétaire d'É­tat Maurice Faure ouvrit le 24 août la page de la collaboration économique et politique entre les deux pays. Tel était l'objectif exprimé par son inter­locuteur Fernando Maria Castiella dès son arrivée au palais de Santa Cruz, « notamment en ce qui concer­ne la sécurité en Afrique du Nord et dans les confins sahariens » (16).


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Fernando Maria Castiella
Retraçant en décembre 1959 l'évolu­tion de la position officielle, le général Barroso, ministre des Armées et inti­me du Caudillo, montre avec netteté comment l'un des deux ressorts diplomatiques destinés à donner une légitimité internationale au régime franquiste, l'anticommunisme, a fini par primer sur l'autre, le tiers-mon­disme : « Le généralissime a été long­temps convaincu, ou du moins il a espéré, que l'Espagne pourrait jouer un rôle utile auprès du monde arabe, celui d'un intermédiaire entre l'Occident et le monde musulman. Mais, dans son esprit, il ne peut être question que cela se fasse au détri­ment de la France en Algérie ou de l'Europe en général en Afrique, au détriment d'une solidarité qui est plus importante et plus nécessaire que tout le reste. Le continent africain se trouve actuellement menacé dans son ensemble par toutes les forces du communisme et de la subversion. C'est un fait que nous avons été obli­gés de constater et qui a entraîné dans notre politique une véritable volte- face » (17). L'analyse de la situation en Algérie fut dorénavant placée sous le signe de la menace représentée par l'expansion communiste et cette orientation alignée sur la thèse fran­çaise bénéficiait depuis l'année précédente d'un « appui personnellement donné par le général Franco ». La conférence de Tanger entre l'Istiqlal, le Néo-Destour et le FLN en mai 1958, marquée par la lutte pour l'indépen­dance, cristallisa en effet ses inquié­tudes, de même que les revendica­tions territoriales du Maroc; le sort des pos­sessions africaines de l'Espagne lui semblait lié au maintien de la France en Algérie et à la sauvegarde de son influence en Afrique subsaharienne. La crainte d'une insurrec­tion liée à la subversion communiste explique le complet revirement phalangiste qui conduisit Ramôn Serrano Suňer à célébrer la France « paladin de la cause euro­péenne » en Algérie (18). Au plan bila­téral, le changement de République annoncé, vu avec faveur depuis Madrid, concourut à accélérer la coopération esquissée au préalable: répression de la contrebande d'armes au profit du FLN depuis le printemps 1957, obstacles mis aux réunions du FLN dans la péninsule à partir de l'hi­ver suivant... Somme toute, le régime franquiste suivit une évolution inver­sée par rapport à celle des pays occi­dentaux, renonçant à une hostilité qui le différenciait au moment même où la bataille d'Alger puis le bombarde­ment de Sakiet-Sidi-Youssef dégradè­rent considérablement l'image de la France au sein de ces derniers. L'année 1958 apparaît donc comme une étape décisive : suspension des livraisons d'armes à la Tunisie; facili­tés données à la surveillance mariti­me française; échange de listes de suspects; fermeture de la délégation du FLN à Madrid... Si des personna­lités algériennes continuèrent à se rendre occasionnellement dans la péninsule - comme Ferhat Abbas que le ministre rencontra discrètement en août - la surveillance policière mit un terme aux agissements nationalistes. Aux Nations Unies, lors des 12e et 13e sessions, l'Espagne figura incontesta­blement parmi les nations amies, plaidant vigoureusement la thèse de l'incompétence.

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Ramon Serrano Suňer

Après cet « appui... marqué », la déception ne fut que
plus vive fin 1958 devant son absten­tion, tant en commission qu'en assemblée générale, sur le texte afro-asiatique reconnaissant le GPRA comme l'une des deux parties des négociations recommandées; avec son homologue cubain, José Félix de Lequerica fut pourtant le seul des cin­quante-sept intervenants du débat général à défendre nettement le point de vue français. De fait, les diplomates français s'accordaient à consi­dérer qu'entre l'héritage tiers-mon­diste et la prise de conscience « de la communauté des intérêts occiden­taux en Afrique » (19), la balance était désormais inégale : les généraux Barroso et Muňoz Grandes - capitaine général et commandant en chef -déclarèrent soutenir « inconditionnel­lement » la France dans sa lutte contre le FLN, Fernando Maria Castiella y voyait un choix « irréversible », le général Franco s'en fit le « défenseur acharné » auprès des Américains , y compris le président Eisenhower, adeptes pour leur part d'une « poli­tique d'équilibre » (21) en la matière. Avec ce partenaire ibérique solidaire, mais difficile en raison de complexes anciens, d'incompatibilités idéolo­giques, la France gaullienne entendit nouer des relations plus étroites, valorisant la communauté d'intérêts européens, méditerranéens et afri­cains; la priorité algérienne justifiait de lui accorder une attention particu­lière, alternant satisfactions, conces­sions au détriment de l'exil républi­cain et mesures de pression. À New York, Armand Bérard entretenait d'excellentes relations avec José Félix de Lequerica dont les fermes déclara­tions devant la première commission puis en séance plénière, fin 1959, reprirent à leur compte la thèse fran­çaise et louèrent « l'œuvre magni­fique » accomplie en Algérie. Conformément aux assurances for­melles reçues par l'ambassadeur Roland de Margerie « ne craignez rien : nous savons quels sont nos inté­rêts, et ce sont les mêmes que les vôtres » (21), ses deux votes hostiles lors de scrutins serrés, marqués par plusieurs défections de pays alliés dont les États-Unis, ont finalement contribué au rejet d'un texte qui men­tionnait « deux parties » et caution­nait donc, sans le nommer expressé­ment, le GPRA comme interlocuteur. Si le délégué franquiste à l'ONU exprimait ainsi sa confiance au gou­vernement français au lendemain du « geste historique » du 16 septembre 1959 en faveur de l'autodétermina­tion, la politique gaullienne d'Algérie algérienne fit bientôt craindre à l'Espagne de se retrouver aux « avant-postes de l'Europe en face d'un continent noir surexcité par le nationalisme anticolonialiste » (22). Mais elle était désormais contrainte de choisir entre sa sympathie pour les tenants d'une présence européenne en Afrique et la préservation de bonnes relations avec Paris.


La péninsule, base de repli et terre d’asile


Dans un article publié au lendemain de l'épisode des barricades, le phalangiste Ramôn Serrano Suňer révé­lait l'inquiétude que l'aggravation de la crise algérienne soulevait en Espagne tout en examinant celle-ci d'une manière pleine de compréhen­sion pour le point de vue des insur­gés : « Le problème algérien... ne pouvait, à la faveur des événements du 13 mai, recevoir d'autre solution que celle de conserver d'une manière ou d'une autre l'Algérie à la France et à l'Europe... Dans ce sens, le mandat reçu par De Gaulle, le mandat de l'armée d'Algérie ratifié par la nation française, ne semblait pas prêter à équivoque... Le chemin semblait clair mais, quelques mois plus tard, il s'obscurcissait à nouveau et la situa­tion devenait complexe et confuse... Ceux qui avaient porté le chef de l'É­tat au pouvoir s'estimèrent trompés, tandis que ceux qui l'avaient accepté de mauvaise grâce, les communistes et une partie des socialistes, ont acquis le droit d'orienter la marche des événements, réclamant l'écrase­ment des patriotes insurgés, mais non celui des rebelles du FLN, ennemis jurés de la France... En réalité, deux éléments de poids très différents se trouvent réunis dans la balance de l'Algérie. D'un côté, une province européenne, non pas une colonie exploitée, augmentée de masses d'indigènes fiers de participer à une civilisation supérieure; de l'autre, un fantôme idéologique incarné par des minorités violentes... « Nous autres Espagnols, oubliant de vieilles que­relles, nous souhaitons ardem­ment que l'hom­me qui représente la France et l'Europe dans ce conflit ne limite pas son action à soutenir simple­ment cette balan­ce, car elle n'est certainement pas la balance de la justice » (23). La solidarité dont firent effectivement preuve les milieux pha­langistes ne doit pas occulter la pru­dente expectative du pouvoir fran­quiste face aux activistes présents sur son sol, avant qu'il n'opte clairement pour la coopération avec les autorités françaises.

 

adulphy6-Pierre-Lagaillarde-Jean-Jaques-Susini Pierre Lagaillarde
et
Jean-Jacques Susini

L'année 1960 a vu l'arrivée dans la péninsule de Joseph Ortiz en mai, du général Salan et de Jean Ferrandi en novembre, enfin des inculpés après la semaine des barricades Pierre Lagaillarde, Marcel Ronda et Jean-Jacques Susini, qui avaient profité de la liberté provi­soire pendant le procès. Leurs séjours furent plus ou moins durables, le général Salan et Jean-Jacques Susini retournant à Alger au moment du putsch. D’autres les rejoignirent en 1961, comme Charles Lacheroy puis Antoine Argoud en juillet.. Quel que soit le « romantisme » franquiste ou phalangiste des plus politisés, le choix de l'Espagne résultait surtout de l'accueil libéral offert par un pays voisin de la France et peu éloigné des côtes algériennes. Les témoignages rendent compte de l'action de cette « poignée » d'hommes déterminés, une vingtaine, et des ambiguïtés de la politique franquiste. Début 1961, peu après que le principe d'autodétermination eut été adopté par référendum le 8 janvier, Pierre Lagaillarde et Jean-Jacques Susini donnèrent le nom d'Organisation Armée Secrète au mouvement structuré et discipliné qu'ils proposaient de créer. L'Organisation s'est effectivement développée à Alger autour du général Salan après l'échec du putsch, mais les liaisons étaient diffi­ciles avec les « Espagnols», divisés qui plus est entre le groupe d'Ortiz et celui de Lagaillarde, les « Madrilènes » (24). Un clivage idéolo­gique, stratégique et structurel oppo­sa ces derniers à l'état-major de l'OAS. Leur projet s'appuyait sur la création d'une direction centrale et d'écoles de cadres à l'extérieur, Madrid étant « dans le contexte inter­national... la seule capitale possible » selon Antoine Argoud (25), afin de disposer du recul nécessaire pour orien­ter l'action; il faisait donc de l'Espagne une base de combat. Alger exigeait au contraire d'impulser l'ac­tion et d'avoir le monopole de la représentation. L'échec du putsch conduisit aussi les « Madrilènes » à préconiser une autre voie que la seule défense patriotique; Argoud, Lacheroy, Lagaillarde, le docteur Lefèvre et Jean Méningaud lancèrent début septembre un manifeste idéolo­gique, « l'appel aux Français », fon­dant la mobilisation morale qu'ils jugeaient nécessaire face au « déclin de l'Occident » sur un « ordre nou­veau » de nature corporatiste et auto­ritaire; ce programme à forte conno­tation traditionaliste visait à restaurer les « cadres naturels de la vie », familles, communautés de travail, provinces, dans un régime centré « sur la finalité chrétienne de l'hom­me ». Une fin de non-recevoir fut immédiatement opposée par Alger, peu avant que la branche espagnole ne soit paralysée par les arrestations opérées dans les seules troupes dont elle disposait en France, celles du réseau Maquis-Résurrection-Patrie du poujadiste Marcel Bouyer, puis surtout par sa propre mise en détention le 6 octobre. Cette opération de police effectuée au moment même où devait se tenir une réunion d’unification à la demande d’Alger fut imputée par Argoud, Lacheroy, Lagaillarde et Ortiz aux pressions « exercées par le général Salan », mais elle traduit essentiellement les équivoques du régime franquiste.

Notes

 

1- Cet article reprend, dans une version allégée de ses notes, la communication présentée au colloque inter­national sur « L'Europe face à son passé colonial » organisé par Olivier Dard et Daniel Lefeuvre, fin avril 2007 à l'université Paul-Verlaine de Metz.
2- DARD
(Olivier), Voyage au creux de l'0AS, Paris, Perrin, 2005, p. 141, cite un message de l'ORO, rédigé sans doute par Jean-Claude Pérez, sur des manifestations de soutien à Séville lors du 25e anniversaire du pro­nunciamiento franquiste : « dans le défilé des troupes, les tambours militaires battaient les cinq notes « Algérie française » tandis que la foule espagnole reprenait en cœur et en français « Algérie française ».

3- PEREZ (Jean-Claude), Debout dans ma mémoire éd. Curutchet-Harriet, Hélette, 1996, p. 210-211.
4- Lors du voyage de Ferhat Abbas dans la péninsule, du 22 au 24 novembre 1958, le palais de Santa Cruz
a justifié sa position par une amitié sans « alliance » (archives du ministère des Affaires étrangères (AMAE), série Mission de liaison pour les affaires algériennes (MLA), dossier 23, f. 19-20).

5- AMAE, série Europe 1944-1970, sous-série Espagne, dossier 241. Note de la sous-direction d'Europe
méridionale (SDEM), le 16 août 1957, f. 78-80.

6-
1bid. De l'ambassadeur G. de la Tournelle, f. 135-138.

7-
AMAE, Eur., dossier 11 7. Formule de G. de la Tournelle le 28 décembre 1955, f. 412-413.

8 -
DAGUZAN (Jean-François), « La politique extérieure du franquisme (1944-1976). Une pratique à usage interne », Mélanges de la Casa de Velasquez; tome XXIV, Paris, de Boccard et Madrid, Casa de Velâsquez, 1988.

9-
AMAE, Eur., dossier 116, article d'O. limeriez dans El Alcazar, le 1- janvier 1954, f. 86-87.

10-
Ibid. de G. de la Tournelle à la direction d'Europe (DE), le 22 mars 1955, f. 393-397.

11- Ibid.,
le 14 février 1955, f. 394-397.

12-
AMAE, Eur., dossier 158, f. 207.

13- AMAE, Eur., dossier 232, de G. de la Tournelle à la DE, le 22 février 1957,
f. 164-165.

14- AMAE, Eur., dossier 242, le 24 décembre 1956, f. 20. Tel était le jugement porté par la représentation
diplomatique française sur l'ancien commandant de la Division bleue: « Bien qu'il ne fût pas prédisposé par son passé à cl M Muňoz Grandes se faisait depuis plusieurs mois l'avocat des thèses françaises auprès du Conseil des ministres, assurant que nos positions en Afrique du Nord étaient essentielles à la sécurité de l'Europe, que l'Espagne était par conséquent intéressée à leur sauvegarde, que l'aventure marocaine aurait pu être évitée si une entente avait été établie entre l'Espagne et la France, et regrettant qu’ elle n'ait pas été recherchée par son pays ».

15-
Ibid. du conseiller d'ambassade G. Clauzel à la DE, le 30 décembre 1957, f. 83-85.
Ce remaniement marquait l'entrée au gouvernement d'économistes proches de l'Opus Dei et la marginali­
sation accrue des phalangistes les plus intransigeants.

16-
AMAE, Eur., dossier 241, de la DGAP, service de liaison avec l'Algérie, le 2 avril 1957, f. 57-59.

Connu comme vétéran de la Division bleue, décoré de la Croix de fer, et coauteur des Reivendicaciones de
Espana qui définissaient en 1941 l'expansionnisme de guerre franquiste, en particulier en Oranie, F. M. Castiella était aussi un diplomate pragmatique et expérimenté pour qui le développement économique passait par une ouverture européenne dont la France pouvait être la clé.

17-
Ibid., le 18 décembre 1959, f. 155-164.

18-
La formule est employée dans un article d'ABC (Ibid., le 11 février 1960, f. 167-174).

19- AMAE, Eur., dossier 242, fiche du 1
er, janvier 1964.

20- EL MECHAT
(Samya), Les États-Unis et l'Algérie. De la méconnaissance à la reconnaissance 1945-1962, L'Harmattan, Paris, 1996, p. 232.

21- AMAE, série Nations Unies et Organisations Internationales (NUOI), dossier 565, le 29 novembre 1959.

22- AMAE, Eur., dossier 241, de R. de Margerie à la DE, le 15 novembre 1960, f. 192-193.

23- L'article publié le 5 février 1960 dans
ABC était intitulé « Après une option dramatique » (Ibid., f. 167-174).

24- Voir DARD (O.),
Voyage au cœur deI`0AS, op. cit., p. 100-105.

25
- MORLAND, MARANGE, MARTINEZ, Histoire de FORS, Julliard, Paris, 1964, p. 265.

In « l’Algérianiste » n°120

À l'évidence le pouvoir espagnol n'avait pas vraiment exigé le respect des conditions posées à l'asile de facto, ni activité ou prise de position politiques, ni utilisation du territoire péninsulaire pour se rendre en Algérie, et avait offert des protections particulière à certains. Le cas du général Salan est emblématique. On connaît par son aide de camp jean Ferrandi les conditions dans lesquelles tous deux gagnèrent clandestinement l'Espagne: c'est à l'ambassade à Paris, où le général avait été convié le 13 octobre, que l'offre de se réfugier dans la péninsule lui fut faite, assortie de la promesse de « toute l'aide matérielle et morale » nécessaire (1). Il s'y installa ouvertement et fréquenta la bonne société, en particulier le beau-frère du général Franco, Ramôn Serrano Suñer. C'est sur le soutien du « réseau d'anciens fidèles » de ce dernier, les cami­sas viejas phalangistes, qu'il put s'appuyer pour s'envoler discrètement vers Alger au moment du putsch le 23 avril 1961; « admirable de dévouement », Ramôn Serrano Suñer fit héberger les fugi­tifs chez des amis, puis leur procura un avion par l'intermédiaire de Narciso Perales, directeur natio­nal de la Médecine du travail, ainsi qu'un pilote, Carlos Texidor, ancien de la division Azul. La même camarilla accorda sa protection à Marcel Ronda, laissé sur place, avant de l'accompagner à Palma de Majorque où il put s'embarquer sur un voilier à la fin de l'année (2). Arrivé lui aussi en 1960 après s'être évadé de prison, Philippe Castille fournit un témoignage convergent sur l'asile offert par les autorités et sur le soutien phalangiste; il assure même que l'OAS avait donné à son protecteur Ramôn Serrano Suñer un surnom, Aurélien (3). Ce dernier recourut largement à la pres­se du parti unique pour faire l'apologie des « patriotes français » défenseurs de la continuité territoriale en Afrique face au « traître » tenté d'amputer le patrimoine national (4). Ce sentiment de proximité idéologique, sur fond de nationalisme et d'anticommunisme, a certainement justifié l'engagement de la vieille garde phalangiste, mais il faut aussi y voir l'attrait teinté de nostalgie pour l'aventure de jeunes activistes. Le général Salan ne se lassa-t-il pas vite de toutes les vieilles histoires d'un temps révolu » (5) ressassées par l'ancien ministre des Affaires extérieures, limogé en septembre 1942 ? Et Jean Ferrandi ne pose-t-il pas la question essentielle lorsqu'il se demande « de quelle autorité dispose réellement aujour­d'hui (leur) hôte ? » (6). L'interrogation vaut pour tous leurs soutiens issus de la minorité phalangiste révolution­naire en dissidence par rapport au Mouvement franquiste officiel espagnole, trop « pressan­te » pour n'avoir pas été le signe d'une collaboration « totale » entre les deux pays. Fin 1960, l'ambassadeur Roland de Margerie estimait que, « soucieux de sauvegarder de bonnes rela­tions avec Paris », le pouvoir franquis­te n'entendait pas « porter officiellement atteinte à la politique algérienne » du général De Gaulle; aussi, quelle que soit sa sympathie pour une cause dont il se sentait proche, les impéra­tifs politiques l'amenaient à « contenir sa pensée intime, sans aller jusqu'à empêcher que d'autres ne l'expriment par voie de presse » (7). Dans cette perspective, les appuis fournis par certains membres du parti unique et de l'ar­mée ont sans doute été un moyen pour le régime de ne pas s'engager tout en disposant d'une monnaie d'échange ultérieure avec le gouvernement français. « On comprendra que, sur de tels sables mouvants, l'action soit malaisée pour ceux, fugitifs ou retraités qui, mettant le pied sur le sol de l'Espagne, pensaient trouver un trem­plin », concluait l'ambassadeur (8). Pour preuve, fin 1960, les journaux ABC - quotidien proche de Fernando Maria Castiella - et El Espanol - heb­domadaire publié par la direction de l'Information - exclurent formellement que le sol péninsulaire accueillît une autorité française dissidente. Le général Salan fut dès lors l'objet d'une surveillance accrue, et on lui rappela l'interdiction de se rendre en Algérie depuis l'Espagne; il opta pour un départ clandestin en avril suivant, préférant subir à Alger les contraintes de la clandestini­té plutôt que de rester coincé » (9) dans la pénin­sule avec une liberté d'ac­tion illusoire.

Le 7 sep­tembre 1961, la tentative d'attentat de Pont-sur-Seine contre le chef de l'État français permit au pouvoir franquiste d'abattre son jeu. Mettant un terme à sa politique d'attente, neutralisa la branche espagnole de l'OAS par une quinzaine de placements en détention le 6 octobre, puis leur assignation à résidence le 26; l'opération prit de court les activistes, arrêtés par les policiers qu'ils côtoyaient, y compris le colonel Eduardo Blanco Rodriguez, chef de la Direcciôn general de Seguridad. En parallèle, le 14 octobre, la liberté d'expression et les activités politiques de l'exil républicain dans l'hexagone étaient fortement limitées par un Conseil des ministres restreint. Au terme de sa mission, fin mai 1962, l'ambassadeur Roland de Margerie pouvait donc se réjouir que « les menées... des activistes français » eussent en fin de compte approfondi la solidarité bilatérale : celle-ci s'est exprimée dans « une double action parallèle dont il restera peu de traces dans les dossiers, mais qui a donné lieu à de multiples et délicates démarches, a beaucoup fait pour dimi­nuer le contentieux surtout psycholo­gique qui subsistait entre Paris et Madrid » et pour accroître la compréhension réciproque (10).

Fin juin 1962, la plupart des chefs de l'OAS, les commandos Delta, la majo­rité des colonels... ont rallié les côtes espagnoles en utilisant toutes sortes d'embarcations, voire en se glissant dans les navires affrétés par le gou­vernement espagnol pour évacuer d'Oran plus de 4000 de ses ressortis­sants. Jo Torroja raconte ainsi que le capitaine du Virgen-de-Africa et les autorités consulaires ont refusé que la police française monte à bord pour opérer un contrôle d'identité (11). Au débarquement, les autorités fran­quistes ont fermé les yeux sur les pas­sagers en situation irrégulière.

Un mouvement massif de milliers de Pieds-Noirs liés à la péninsule par la nationalité ou l'ascendance, de réfu­giés désemparés et remplis d'amertu­me vis-à-vis de la métropole, se pro­duisait depuis le printemps (12). Fondé sur les proximités historiques et géographiques entre les deux rives, en particulier le Levant et l'Oranie, cet exode était entretenu par l'absence de restriction policière ou douanière, par l'accueil chaleureux, par les facilités d'installation, par la modestie du coût de la vie et la possibilité de faire fructifier un modeste capital. Tous les récits font état de la chaîne de solida­rité humaine qui entoura les arri­vants. « Les autorités alicantines ont fait merveille... Boissons, sandwiches, aide pécuniaire... Mille attentions… Inoubliable réception qui mit du baume au cœur » (13). À Alicante, le gouver­neur civil Felipe Arche Hermosa et son secrétaire Felipe Choclan ont coordonné l'accueil avec le maire Agatengelo Soler et la Croix-Rouge, procurant des logements, des secours matériels et financiers grâce à des dons et des souscriptions. Antoine Cerdan raconte qu'un des adjoints municipaux, José Cartagena-Sampere, le mena lui-même à son hôtel (14).

Plusieurs dizaines de milliers de réfu­giés ont débarqué dans ce port, souvent en transit, d'autres sont venus s'établir après un détour dans une région plus industrialisée de la pénin­sule ou une tentative infructueuse en métropole. Un flux important s'est aussi dirigé vers Madrid et Saint-Sébastien, un millier de personnes se répartissant enfin entre Bilbao, Séville et Palma de Majorque. Il n'en reste pas moins que le mouvement de migration vers Alicante et sa province a été exceptionnel par son ampleur et sa concentration spatiale, créant une communauté durable dont la quanti­fication n'est pas chose aisée. Des chiffres élevés ont été avancés, 15 000 pour la ville d'Alicante, 30 000 pour la province et 50 000 pour l'Espagne, et sont devenus des références (15). Selon les renseignements fournis confiden­tiellement à la représentation diplo­matique française par les services provinciaux de la Sûreté espagnole en 1967, 29 000 personnes sont arrivées la région d'Alicante entre 1958 et fin 1965: 11 000 Espagnols, 13 000 étrangers, français à 90 % soit près de 11 700, et 4 900 doubles nationaux; si l'on tient compte, à la hausse, des divergences de conception en matière de nationa­lité, celles des jeunes nés en Algérie de parents espagnols, par exemple, français conformément à la loi de 1889 mais pas au regard des autorités franquistes et, à la baisse, du nombre de ceux qui, de nationalité espagnole, étaient de langue et de formation françaises et considérés comme tels par la colonie, le nombre de résidants Français d'Algérie dans la région alicantine peut être estimé entre 15 000 et 20 000 pour les années 1960 (16). Les registres consulaires ne comptabilisaient que 6 000 immatri­culés en 1970: il s'agit d'un repère minimal, le décalage avec la réalité, longtemps très important, commen­çant seulement à se réduire (17). Cette colonie avait un niveau socio-écono­mique modeste de petite classe moyenne à l'image de la société colo­niale; le petit commerce a été favorisé par les banques pour combler la carence des activités ter­tiaires dans la péninsule. Les plus dynamiques ont trouvé dans le décollage économique de l'Espagne des années 1960 un ter­rain favo­rable à leur tempérament de pionnier : Alicante leur doit sa première discothèque, sa première teinturerie indus­trielle, son premier supermarché..., en bref sa physionomie moderne. Cette « nouvelle Algérie en terre d'Espagne » (18), dont la sociabilité se cristallisa autour de la Nouvelle école française créée dès la rentrée 1962, du journal Le Courrier du soleil publié de décembre 1965 à mars 1967, de la messe célébrée à l'église des Augustines par un prêtre pied-noir d'expression espagnole, a toujours éprouvé une vive reconnaissance envers les autorités, notamment municipales. Celle-ci s'est exprimée ouvertement lorsque, le 23 décembre 1970, une délégation française com­prenant plusieurs responsables d'as­sociations prit la tête d'un défilé pro franquiste, munie de drapeaux et de banderoles proclamant « les Français d'Espagne avec Franco »; cet épisode révèle également les liens étroits entretenus par certains d'entre eux avec les responsables régionaux du Movimiento. De même le réseau de soutien pha­langiste s'était-il à nouveau mobilisé pour d'anciens combattants de l'OAS réfugiés dans la péninsule, mais seuls des témoignages épars l'attestent de manière allusive. Marcel Ronda vécut les six mois suivant son arrivée avec les papiers d'un phalangiste. Jean-Claude Pérez bénéficia du soutien de Narciso Perales - dont il dissimule le nom sous un pseudonyme transpa­rent dans ses souvenirs Debout dans ma mémoire. L'historien Stanley Payne signale que Perales était l'animateur de la mouvance phalangiste révolu­tionnaire, à l'origine de plusieurs groupuscules semi-clandestins d'opposition (19). Le colonel Gardes était en revanche lié à José Solis, ministre du parti unique, ainsi qu'à plusieurs militaires de haut rang connus au Maroc, et il fut chargé lors d'une réunion de coordination à Barcelone du contact avec les autorités fran­quistes (20). Les exilés de l'OAS for­maient en effet un « milieu marqué par la politique » et divisé en factions rivales, bien que le général Gardy eût été nommé vice-président du CNR en novembre 1962 pour représenter « les Espagnols ». La présence de ce dernier, du colonel Dufour et de Jean-Claude Pérez à Saint-Sébastien lui donnait une « allure de capitale de l'OAS-Algérie-Sahara en exil », pour reprendre la formule de Jean Curutchet. Le colonel Broizat vivait à Madrid, Joseph Ortiz, le docteur Kovacs, Jacques Achard et Jean-René Souètre à Palma de Majorque Athanase Georgeopoulos, Robert Tabarot, Michel de la Bigne et Camille Vignau dans la région d'Alicante... Pour occuper leurs troupes, des centres d'entraînement furent créés à Arenys-de-Mar et Reus en Catalogne, à Saint-Sébastien et à Alicante. Puis on installa des écoles conjuguant for­mation politique, entraînement phy­sique et préparation militaire - sur le modèle des organisations d'exilés cubains - à Villfogona de Riucop, près de Tarragone, et à San Vicente près d'Alicante. À Salou, dans les environs de Tarragone, Nicolas Géli créa une entreprise de travaux publics pour faire vivre d'anciens membres de l'OAS et maintenir leur esprit comba­tif (21), ce qui n'est pas sans évoquer les firmes qui regroupaient d'anciens guérilleros communistes et consti­tuaient l'ossature de l'organisation paramilitaire du PCE dans le sud-ouest de l'hexagone après 1945. Mais ce militantisme direct s'est assez vite assoupi, faute de moyens d'action et de perspectives politiques.

La collaboration policière franco-espagnole y contribua. Chargé du dossier espagnol aux Renseignements généraux, le com­missaire principal Michel Baroin l'amorça dès l'été 1962 en établissant le contact entre son directeur Jules Plettner et le colonel Blanco.

Soucieuses de neutraliser les acti­vistes, les autorités franquistes accep­tèrent en octobre de refouler les unités combattantes de Saint-Sébastien vers Alicante, puis leur proposèrent de s'engager dans la Légion. Par des contrôles policiers, des tracasseries administratives, elles instaurèrent un climat d’insécurité, mais exigèrent des contreparties pour agir plus directement. Sans doute des assurances en ce sens furent-elles obte­nues par le colonel Blanco lorsque, à Noël, il vint à Paris rencontrer le ministre de l'Intérieur Roger Frey puisque le pouvoir franquiste fit l'ouverture politique décisive le 18 jan­vier 1963. Accompagné des directeurs techniques compétents, Roger Frey se rendit en Espagne dès la fin du mois : le 29, il signa avec son homologue Camilo Alonso Vega un accord lui garantissant une contribution active à « la répression des complots acti­vistes »; de nouvelles mesures de réciprocité furent prises à l'encontre de l'antifranquisme communiste et anarchiste réfugié dans l'hexagone... Des expulsions furent décidées, Jean-Claude Pérez immédiatement, mais il revint trois mois après vivre semi clandestinement en Espagne, Jean Gardes en mars, des assignations demandées. Il est vrai que ces « meneurs irréductibles » consti­tuaient une charge encombrante pour le régime espagnol qui, avec la venue d'un ministre « politique », obtint de la France gaullienne une indé­niable satis­faction d'ordre international. Une fois isolés les éléments les plus dange­reux, celle-ci souhaitait aussi réinté­grer dans la communauté nationale les militants de base de l'OAS sous le coup d'une procédure judiciaire. Les difficultés consécutives à l'exode avaient en effet détourné la grande majorité d'une lutte politique qui avait par ailleurs perdu son sens avec l'indépen­dance de l'Algérie. En situa­tion irré­gulière, ils ne pou­vaient obtenir un emploi et vivaient dans le dénue­ment.

Aussi l'opération Réconciliation engagée en août 1963 fut-elle synony­me de régularisation civile et judiciai­re. À son terme, deux ans plus tard, elle avait concerné 250 personnes, dont plusieurs criminels de sang, qui furent dotées d'attestations destinées aux autorités franquistes ainsi que de passeports valables en Espagne et hors d'Europe, et purent ainsi s'insé­rer. Ce succès provoqua la désagréga­tion des commandos et la colère des plus durs, comme Jean-Claude Pérez qui dénonce un « travail de désunion au sein des réfugiés de l'OAS en Espagne »(22). La loi d'amnistie du 24 juillet 1968 constitua l'aboutissement de la straté­gie française qui a tendu à faire ren­trer dans le giron national, par le rapatriement ou la légalisation de l'expatriation, une population en désarroi afin d'éviter toute dérive activiste. Synonyme de régularisation collective, elle a été le prélude à de nombreux retours, parfois différés de quelques années en raison d'une implantation professionnelle réussie(23).

D'autres, comme André Achiary, Josué Giner, dit Jésus de Bab-el-Oued, et Pierre Vignau, se sont définitivement fixés en Espagne.

Des affinités idéologiques ?

Parmi ceux qui instruisirent à l’époque le procès contre une OAS fasciste, le directeur de Témoignage chrétien Georges Montaron établit une comparaison avec le franquisme et le salazarisme parce qu'ils partageaient le fait d'avoir l'armée et l'intégrisme catholique pour piliers, et non les forces sociales. Même si cette analyse fait l'impasse sur le fossé séparant le fascisme de l'autoritarisme réaction­naire, elle souligne que la lutte pour l'Algérie française a revêtu des aspects qui peuvent rappeler celle du camp national espagnol depuis 1936. Il convient donc de les préciser et de s'interroger sur un éventuel modèle franquiste ou phalangiste.

Le recours à une dynamique militai­re, le droit de l'armée à la désobéis­sance au nom d'une légitimité natio­nale, théorisés notamment par Esprit public, ce périodique qui fut le creuset intellectuel de l'idéologie Algérie française, constituent une première thématique de rapprochement. Un scénario d'insurrection à l'espagnole, articulé autour d'un pronunciamien­to militaire faisant basculer l'armée et d'une levée en masse des Européens d'Algérie, fut effectivement envisagé à plusieurs reprises, avec le risque de guerre civile. La conjuration militaire de juillet 1936 constituait un précédent d'autant plus séduisant qu'elle fut déclenchée par les troupes colo­niales du Maroc (24). La référence est explicite dans la présentation que fait Claude Mouton du « christianisme national » de Robert Martel: il s'agissait de « renverser (la République) à partir de l'Algérie... un peu comme a fait Franco en partant des colonies espa­gnoles » (25). Le pustch du 22 avril 1961 relève de fait du même schéma : comme en Espagne face à la recon­naissance des autonomies par la Seconde République, la défense de l'intégrité nationale structura la rébel­lion, et l'ouverture imminente des négociations avec le GPRA à Evian joua un rôle d'accélérateur dans le ralliement du général Challe au com­plot préparé par des groupes d'offi­ciers. Mais les chefs militaires ne suivirent pas et, loin de se décomposer, l'État fit face avec fermeté. L'OAS mit aussi ses espoirs dans un coup d'État militaire appuyé sur le soutien d'une force populaire; les officiers de l'Organisation escomptaient que l'abandon de l'Algérie provoquerait un sursaut nationaliste de l'armée, mais celle-ci n'a pas repris à son compte le rôle, récurrent en Espagne depuis le XIXe siècle, de recours auto­ritaire en situation de crise. Bien plus, la référence incantatoire à l'armée ne fut pas toujours synonyme de sympa­thie pour le franquisme; la rédaction d'Esprit public l'atteste qui, rappelant « les tribunaux d'exception, les jugements sans appel et les fusillades à l'aube » (24), rangeait la dictature dans « l’Europe policière » et concluait en jugeant sa « chasse aux activistes » conforme à son passé profasciste: « L'attitude de l'Espagne franquiste à l'égard de la France gaulliste n'est pas différente de son attitude à l'égard de l'Allemagne hitlérienne. Elle traque les résistants français en 1963 comme elle le faisait en 1942 » (27).

Le coup de force militaire se voulait le prélude à une régénération nationale qui a pris la forme du national-catho­licisme dans l'activisme contre-révo­lutionnaire. Le Mouvement Populaire du 13 mai (MP 13) de Robert Martel, le Mouvement pour l'instauration d'un ordre corporatif (MPIOC) du docteur Lefèvre, le Mouvement fran­çais de combat contre-révolutionnaire (MCR) créé en septembre 1962 par le colonel Chateau-Jobert dans la clan­destinité espagnole se prononçaient pour un état chrétien, corporatif et décentralisé, fondé sur une nation dépolitisée organisée en fonction de l'ordre naturel et dirigée par un chef providentiel. Cette pensée traditiona­liste façonna une mouvance influente qui s'illustra en mai 1958 dans le « manifeste des 14 » membres du comité de salut public puis en sep­tembre 1961 dans « l'appel aux Français lancé par les Madrilènes ». Le modèle revendi­qué était l'Estado novo salazariste plutôt que le franquisme dont l'idéo­logie réactionnaire s'était d'abord ins­crite dans une structure para-fasciste et dont le nationalisme était centralis­te. Chateau-Jobert a fondé son système sur les principes d'action de Salazar, dont le « nationalisme d'Empire » a une parenté nette avec l'Empire corporatif du docteur Lefèvre. Ce dernier semble avoir bénéficié de la protection des carlistes espagnols, partisans d'un traditiona­lisme monarchiste, intégriste et sépa­ratiste. Quant au franquisme, il constituait une source d'inspiration explicite ou implicite. Pour le MPIOC, le Caudillo fut l'incarnation du chef providentiel, « sauveur de (s)a patrie » face à l'expansion com­muniste (28), une référence mal reçue dans les faubourgs populaires d'Oran (29) ! A la suite de Franco, le terme de croisade fut utilisé dans un sens politique, notamment par Georges Sauge pour qui « la France, soldat de Dieu, défend en Algérie la chrétienté identifiée à l'Occident»; un tract de Robert Martel espérait renouer avec 1936 : « Qu'un chef naturel, animé par l'esprit de croisade, appuyé par une unité militaire, parte d'un point précis pour reconquérir le ter­ritoire mètre par mètre... C'est à toi, armée française, de susciter ce chef, de faire éclore l'élan qui rétablira l'ordre naturel de Dieu ».

De la geste franquiste, la référence la plus omniprésente fut la mythologie de la résistance des « cadets de l'Alcazar », symbole d'héroïsme. Pierre Lagaillarde a donné ce nom au réduit dans lequel s'est terminée l'insurrection des barricades, et ce fut aussi celui du commando dans lequel les activistes pouvaient s'engager après leur reddition; l'image fut reprise par le délégué général Paul Delouvrier qui s'adressa, dans son discours du 28 janvier 1960 destiné à favoriser la sortie de crise, « à tous ceux qui sont enfermés dans les facultés comme dans l'Alcazar de Tolède, prêts à mourir »... Le mythe du camp retran­ché a été doublement opérant à Bab-­el-Oued en mars 1962: d'abord dans la vaine tentative d'en faire une zone OAS, base de résistance et de soulèvement, puis dans l'assimilation du quartier totalement bouclé par les forces de l'ordre à la forteresse assié­gée de Tolède. Il ne s'effaça pas avec la fin de la guerre d'Algérie: le bulletin de la fédération des étudiants nationalistes de Bordeaux, lancé en décembre 1962, s'appelait L'Alcazar.

La mouvance nationaliste révolution­naire, enfin, était imprégnée de réfé­rences à la Phalange originelle et mar­quée par la figure charismatique de José Antonio Primo de Rivera. Olivier Dard cite une note de Jean-Claude Pérez où il se réclamait de « l'esprit offensif » d'Onesimo Redondo - l'un des cofondateurs des Pintas de ofensi­va nacional-sindicalista qui fusionnè­rent avec la Phalange en 1934 - pour justifier les exécutions:

« L'OAS et ses commandos macchabées, groupés en Juntes offensives-nationalistes, détruit ici l'hydre communiste, FLN et franc-maçonne » (30). La justification de la violence n'explique pas seule que l'ancien chef de la branche armée ait trouvé un modèle politique dans les JONS, il y voyait aussi une « doctrine sociale d'avant-garde... subordonnée aux exigences de l'entité nationale » (31). On sait que les nationalistes révolution­naires d'Europe Action se lièrent ensuite aux phalangistes de gauche du Cercle José Antonio contre le pouvoir franquiste « vieux, sclérosé et péri­mé » (32) et son parti unique domesti­qué; les liens tissés entre cette mou­vance phalangiste dissidente et cer­tains membres de l'OAS réfugiés dans la péninsule trouvaient là un prolongement. Mais ces querelles idéologiques n'avaient pas de sens pour bien des membres de l'OAS mus avant tout par la défense de l'Algérie française; en revanche, ils reconnais­saient dans le chef phalangiste le martyr d'une épopée nationale dont l'armée avait été l'initiatrice et les cadets de l'Alcazar les chevaliers. Dès son arrivée à Alicante, le combattant oranais Antoine Cerdan souhaita visi­ter l'ancienne prison où José Antonio Primo de Ribera avait été incarcéré et exécuté (33)! L'Espagne nationaliste ne fut pas regardée comme un modèle, sa geste imprégna l'imaginaire politique; mais on ne sait encore rien de celui des militants de base d'origine espagnole et républicaine... (34).

Anne Dulphy

Notes

 

1 - Ferrandi (Jean), 600 jours avec Salan et l'OAS, Paris, Fayard, 1969, p. 38.
2 - Entretien avec l'auteur.
3 - Maloubier (B.),
Bazooka. La confession de Philippe Castille, Paris, Filipacchi, 1988, p. 282.
4 -
AMAE, Eur., dossier 241. Article publié dans ABC le 13 novembre 1960 sous le titre « Défection de l'Europe », f. 194-199.
5 - Ferrandi (Jean),
op. cit. p. 109.
6 -
Ibid., p. 63.
7 - AMAE, Eur., dossier 241, le 15 novembre 1960,
f. 192-199.
8 -
Ibid., les 15 novembre et 19 décembre 1960, f. 192-193 et 201-204.
9 -
Ce propos est rapporté par C. Mouton, La contre-révolution en Algérie. Pour le renouveau. La France réplique a 1789. Le combat de Robert Martel et de ses amis, Diffusion de la pensée française, 1978, p. 483.
10 - AMAS, Eur., dossier 381. Compte rendu de mission le 29 mai 1962.
11 - Article de Jo Torroja dans la
Lettre d'information du Cercle algérianiste d'Espagne, n° 5, décembre 1980.
12 - Sur ce sujet, voir pour une première approche Anne Dulphy,
« Les exilés français en Espagne depuis la Seconde Guerre mondiale: des vaincus de la Libération aux combattants de l'Algérie française 1944-1970 », in Matériaux pour l'histoire de notre temps, juillet-septembre 1992, n° 67. J.-J. Jordi, « Les Français d'Algérie rapa­triés à Alicante », in La guerre d'Algérie au miroir des décolonisations françaises, Société française d'histoire d'Outre-mer, 2000. 1. D. Sempere Souvannavong, Los Pieds-Noirs en Alicante. Las migraciones inducidas par la descolonizacién, Universidad de Alicante, 1997, et « Les Pieds-Noirs à Alicante », in Revue européenne de migra­tions internationales, 2001, vol. 17, n' 3. Qu'Yves Dertié, Luis Rojas et Jo Torroja soient remerciés pour leur aide et leurs témoignages, essentiels à la rédaction de ce passage sur l'Espagne « terre d'asile ».
13 - Article de Jo Torroja, op.
cit.
14 - Cerdan (A.),
Adieu Algérie française, Hélette, Jean Currutchet, 1997, p. 154.
15 - Palacio (Léo),
Les Pieds-Noirs dans le monde, Paris, John Didier, 1968, et Seva Llinares (Antoni), Alacant, trenta mil Pieds-Noirs, Valence, Tres i quatre, 1968. Leur évaluation est reprise par Jean-Jacques Jordi, « Les Français d'Algérie rapatriés à Alicante », op. cit. p. 379-391.
16 - L'ambassadeur R. de Boisséson opte pour une évaluation haute de 20 000 à 25 000 (Centre des archives de Nantes (CADN), Madrid, dossier 803, le 12 mai 1967), le consul adjoint A. de Laluisant pour une estimation basse de 10 000 à 15 000 à la fin de la décennie (dossier 658, le 21 août 1970).
17 - CADN, Madrid, dossier 658. Du consul adjoint A. de Laluisant, le 21 août 1970.
18 - AMAS, Eur., dossier 367. Du consul général à Valence S. Roux, le 30 juillet 1968.
19 - Payne (S.),
Fascism in Spain, The University of Winconsin Press, 1999, p. 443.
20 - Kauffér (R.),
OAS. Histoire d'une guerre franco-française, Paris, Le Seuil, p. 351-353.
21 – Pérez, Debout dans ma mémoire, op.cit.p. 113-114
22 – Pérez
op. cit. p. 139.
23 - Ce fut le cas d'Athanase Georgeopoulos et de Marcel Ronda comme l'attestèrent leurs témoignages à l'auteur.
24 - Pérez (J.-C.),
op. cit. p. 40-42, insiste longuement sur l'initiative prise le 17 juillet 1936 par leslégionnaires et les tabors indigènes de l'armée d'Afrique.1978, p. 171.
25 -
Mouton (C.), La contre-révolution en Algérie..., op. cit.,
26 -
Esprit public, mai 1963, n' 40, p. 13.
27 -
Esprit public, avril 1963, n' 39, p. 16-17, art. d'Étienne Malnoux
28 - Dr Lefèvre,
L'Occident en péril, Nouvelles éditions latines, Paris, 1961, p. 94-101.
29 - Kauffer (R.),
op. cit. p. 87.
30 - Dard (0.),
Voyage au cœur de l'OAS, op. cit. p. 121-122.
31 - J.-C. Pérez,
op. cit. p. 39-40.
32 - Editorial de Fabrice Laroche dans
Europe action hebdomadaire, n' 60, 6 mars 1965.
33 - Cerdan (A.),
Adieu Algérie française, op. cit., p. 154,
34 - Cet aspect reste à creuser: à titre d'exemple emblématique de ce type de trajectoire l'ancien membre des Brigades internationales José Gasquet souhaita se joindre à la lutte menée par l'OAS, mais que celle-ci craignit une opération de manipulation.


In « l’Algérianiste » n° 121

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