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A propos...du nom de l'Algérie

Écrit par Xavier Yacono. Associe a la categorie Histoire Politique

Il semble difficile de considérer que la prise d'Alger fait du pays une " province française " car toutes les anciennes colonies (Afrique noire et Indochine, en particulier) auraient pu se prévaloir de cette dénomination. En réalité dès le début certains parlèrent de départements : pas plus tard que le 10 juillet 1830, cinq jours après la prise d'Alger, le Sémaphore de Marseille écrivait :

" Le complément de cette victoire est une loi en deux articles

1 - Alger, Oran et Constantine font partie du territoire français ;

2 - Ils forment trois départements français. "
(Cité par P. Guiral, " Marseille 1830-1841 ", Annales de la faculté des lettres d'Aix-en-Provence, 1957, page 7).

Dans les faits, il fut d'abord question de provinces et la division en trois provinces (Alger, Oran et Constantine) fut officialisée par l'ordonnance du 15 avril 1845. Les départements apparaîtront avec la Seconde République. Longtemps encore (jusque dans mon enfance) on parlera de " provinces ", peut-être par ce que l'étendue de chacun de ces départements était celle de quelque sept départements métropolitains.


II est fort possible qu'un auteur ait substitué le nom d'" Algérie " à celui de " Pays d'Alger " dans l'ordonnance royale du 1er décembre 1831. Dans ce cas le responsable est M. p. de Ménerville, ancien premier président de la cour d'appel d'Alger qui dans le premier volume (18301860, publié partiellement en 1853) de son Dictionnaire de la législation algérienne, page 8, introduit deux fois (articles 1 et 2) le mot " Algérie " dans l'ordonnance citée. Pour celle-ci, comme pour celle du 31 octobre 1838, publiée à bon escient par G. Bensadou, il faudrait voir, si elles existent encore, les archives des travaux préparatoires lesquelles devraient se trouver à Aix-en-Provence où M. Maurel, conservateur en chef des Archives d'Outre-Mer, avec son amabilité habituelle, se ferait certainement le conseiller des chercheurs. Comme le note G. Bensadou, le mot " Algérie " était employé avant l'ordonnance de 1838 et cependant malgré la lettre du général Schneider, ministre de la guerre, daté du 14 octobre 1839 et très explicite, il s'imposera difficilement dans les habitudes du gouvernement. Si l'on se reporte à la liste de ceux qui eurent la responsabilité de l'Algérie, liste publiée dans l'Encyclopédie coloniale et maritime, Algérie et Sahara, tome premier en 1946 en introduction, on voit que le 29 décembre 1840, Bugeaud est encore nommé " gouverneur général des possessions françaises dans le nord de l'Afrique " et il ne deviendra " gouverneur général de l'Algérie " que le 15 avril 1845, ouvrant alors la voie à de nombreux autres gouverneurs généraux de l'Algérie.

II serait intéressant aussi de savoir si le mot Algérien(s) appliqué aux Européens du pays, n'est pas antérieur à l'occupation française et au mot " Algérie ", en prenant comme premier guide les ouvrages signalés dans le chapitre I de la thèse de Charles Tailliart, l'Algérie dans la littérature française, Paris, 1925, Librairie ancienne Edouard Champion.

Ce ne sont pas les commissions de 1833 et 1834 qui ont décidé " le maintien dans le pays ". Déjà dans son ouvrage sur la Prise d'Alger publié en 1925 (Paris, E. Champion) G. Esquer écrivait, pages 420 et 421, que le 19 juillet, M. de Bourmont avait rétabli les consuls européens dans leurs attributions " ce qui équivalait à une prise de possession et c'est à cette date que se place la résolution définitive prise par le gouvernement de conserver Alger. " Dans sa conclusion, p. 466, il parle de " cette conquête que le ministère Polignac finit, après hésitation, par se décider à garder. "

Nous avons étudié avec précision le rôle des commissions de 1833 et 1834 dans une communication à un congrès : " Comment la France décida de rester en Algérie " in Atti del 1° congresso internationale di stuti Nord-Africani, Cagliari, 1965, page 319. En dehors de la Bibliothèque nationale, ce texte doit se trouver au C.D.H.A., à la Bibliothèque des Archives d'Outre-Mer (Aix-en-Provence), à la Bibliothèque de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer. II montre que les commissions firent d'abord une enquête (la première) sur l'état des lieux et que le gouvernement décida librement, en dehors d'elles, de la question du maintien en Algérie.

II y a encore du travail pour nos successeurs auxquels, je l'espère, nous laissons quelques bases solides.

Xavier Yacono

NDLR : Outre l'article de Georges Bensadou, on peut se reporter à la note publiée dans la rubrique " Savez-vous que... " in L'Algérianiste, n°48, décembre 1989, p. 127, intitulée " L'Algérie a 150 ans ? " signée Dr R. Féry.

In l'Algérianiste n° 52 de décembre 1990