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L'EVOLUTION DE LA COLONISATION DANS L'AGRICULTURE ET EN PARTICULIER DANS LE VIGNOBLE

Écrit par Paul BIREBENT. Associe a la categorie Histoire Agricole

Dès 1830, le général Clauzel faisait appliquer les dures lois de la guerre et confisquait les terres du beylik qui devenaient propriété des Domaines. Il y installait les premiers "colons", soldats en fin d'engagement, mal préparés, auxquels s'ajoutaient des spéculateurs de toutes origines, qui devaient conduire ces premières tentatives d'implantation restreinte à l'échec complet.

Parallèlement, des essais privés, individuels, étaient menés par l'acquisition onéreuse des terres "melk", qui n'aboutissaient pas davantage. Des volontaires achetaient des domaines qui n'existaient pas, ou se retrouvaient à plusieurs sur le même "haouch", qui parfois était un bien "arch". Ils recevaient des titres fictifs que l'administration mettait des mois, sinon jamais, à reconnaître, ruinant dans d'interminables attentes de pauvres candidats aux maigres ressources.

La vigne existait sur le sol algérien en 1830, avec moins de 2 000 hectares, disséminés en petites parcelles sur des collines de faible altitude à proximité des grandes villes Médéa - Mascara, et la Kabylie. On cultivait des cépages indigènes à grosses peaux, roses ou blancs, qui produisaient des vins kasher pour les juifs indigènes, ou des vins cuits pour les notables turcs : Faranah Ain el Kehl (noir), Ain Bougra, et des cépages de table : Ahmeur bou Ahmeur, Amokrane, Bezzoul el Khader.

Pour le service des subsistances militaires, le "colon" devait se contenter d'eau trouvée à grand peine, et le soldat boire du vin importé de France ou d'Espagne, beaucoup moins cher. Souvent instable et soumis à des chaleurs excessives, ce vin était pratiquement imbuvable, mais il donnait lieu, sur les ports et au travers du "roulage", transport en chariots attelés, à une grande activité de récupération de futailles vides, lavage et réexpédition sur des balancelles à court de fret.

Clauzel, devenu maréchal et de retour en Algérie, avait créé la première ferme modèle près de Boufarik en 1836, et relancé la colonisation par l'attribution de lots gratuits moyennant une redevance à l'hectare. Le premier crédit algérien en quelque sorte. Les fièvres, et surtout la grande révolte des Hadjoutes en 1839, avaient ruiné cette nouvelle expérience. Les "colons" survivants avaient abandonné, repartis vers les villes ou la métropole.

Pour lutter contre la spéculation, une première réglementation, "les ordonnances de 1844 et 1846", avait imposé l'obligation de cultiver. Bien que le maréchal Bugeaud y fut hostile, de grandes sociétés de capitalisation furent autorisées à s'installer, afin de créer des villages et de mettre en valeur de nouvelles terres. Ce fut un échec.

Des concessions furent également attribuées à de riches investisseurs, dont les résultats furent mitigés. Deux d'entre eux cependant réussirent avec assez de bonheur : Borély la Sapie à Boufarik, et Du Pré de Saint Maur à Arbal, près d'Oran. On peut y ajouter les pères Trappistes qui plantèrent par la suite un magnifique vignoble à Staouelli, et le cédèrent en 1904 au Suisse Borgeaud, venu tardivement en Algérie, mais dont la réussite allait faire de ses descendants, comme de ceux de Blachette, le "roi de l'alfa", les responsables de tous les maux de l'Algérie française.

Parmi les spéculateurs des premières tentatives stériles de colonisation d'état, on trouvait, attirés par les primes, ou les promesses de revente avec plus value, des militaires, des fonctionnaires, et déjà de nombreux parlementaires.

C'est avec Bugeaud et l'économiste-ministre Guyot que la colonisation devait s'affirmer et connaître ses premiers succès.

Le maréchal Bugeaud souhaitait occuper le terrain et peupler le pays par de nombreux agriculteurs travaillant sur de petites exploitations dont il seraient propriétaires, l'armée leur apportant soutien matériel et sécurité. Provenant des anciens biens Habou des domaines, des concessions gratuites furent accordées, surtout dans l'Algérois, un peu moins en Oranie.

Ces concessions étaient choisies en fonction d'impératifs militaires, de voies de communications, de l'implantation des postes, et les cultures étaient imposées ne pas concurrencer la métropole et ravitailler l'armée notamment en fourrages.

Les volontaires arrivaient de toutes les régions de France, apportant avec eux leurs traditions culturales, leurs outils quand ils le pouvaient, et quelques plants de vignes qui furent à l'origine du vignoble algérien. Les difficultés étaient énormes, dues au climat, aux maladies, à l'hésitation dans le choix des cultures, au manque de compétence, et au défaut d'ouvriers agricoles. Les attributaires de lots devaient tout faire par eux-mêmes, et quand ils arrivaient, l'insuffisance des surfaces de 4 à 5 hectares, ne parvenait pas à nourrir une famille nombreuse ni à dégager des excédents pour la vente. La colonisation militaire, ou semi-militaire, celle du "régime du sabre", était donc un échec, que constatait à Paris la "Société Algérienne" nouvellement créée, pour relancer sur d'autres bases le peuplement de l'Algérie.

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