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LES JEUX ET LES SPECTACLES DE L'AFRIQUE ROMAINE (2)

Écrit par Maurice CRETOT. Associe a la categorie Antiquité

LES AMPHITHÉÂTRES

A côté des cirques qui servent d'hippodromes, il y a en Afrique quelques amphithéâtres où sont donnés des jeux et des combats. Moins grande que celle du cirque, de forme plus circulaire, leur enceinte enferme complètement une piste centrale.

Ces amphithéâtres disposent de nombreuses dépendances souterraines disposées sous la piste dont un " spolarium " où l'on dépose les corps des gladiateurs tués, un " summum choragium " où sont entreposés costumes, décors et différents accessoires indispensables aux spectacles prévus et enfin un " vivarium " qui n'est autre qu'une vaste ménagerie.

 


Entrée de l'amphithéâtre de Cherchell.

 

Les amphithéâtres recensés en Afrique sont plus nombreux que les cirques puisque plusieurs d'entre eux y ont été, à ce jour, localisés. Parmi ceux qu'on a repérés avec certitude, citons l'amphithéâtre de Leptis Magna en Tripolitaine, ville natale de Septime Sévère, l'empereur romain né dans le pays. L'amphithéâtre de la ville voisine de Zliten nous lègue une splendide mosaïque riche en détails sur les différentes séquences du programme des jeux qui s'y déroulèrent.

L'amphithéâtre de Cherchell est dégagé vers 1920. " On a retrouvé les restes des gradins établis sur des voûtes rampantes, des galeries voûtées, de longs couloirs à feuillures où glissaient des herses et qui réglaient le passage des fauves ", nous dit René Rousseau.

C'est dans l'amphithéâtre de Cherchell que Sainte Martienne, chrétienne berbère fut livrée aux bêtes et les grosses pierres de ses gradins ont assuré, deux siècles plus tard, la construction d'une partie de l'impressionnante muraille byzantine de la ville qui ne mesurait pas moins de six kilomètres.

Des combats de fauves étaient selon toute vraisemblance donnés dans l'amphithéâtre de Tipasa car les fouilles de ce site ont dégagé quelques pierres du podium qui était le mur circonscrivant l'arène et protégeait, par sa hauteur, les spectateurs des premiers gradins des évolutions des fauves au cours du spectacle. Ce mur avait au moins trois mètres de haut.

L'arène de l'amphithéâtre de Lambèse construit en 169, agrandi en 178 et 194 après J.C., mesure 72 mètres sur 62, ce qui correspond aux 300 mètres de circonférence que lui accorde Dureau de la Malle dès la fin du IXe siècle. Cette énorme construction est située entre le camp de la Ille légion et la cité. Les édiles y avaient leur place retenue et mentionnée. C'est, lorsqu'on le découvre, un mamelon pelé sur le bord de la Via Septimania qui entre en ville par la porte de l'est.

L'amphithéâtre de Rusicade (l'antique Philippeville) fut construit sur le lit d'un ruisseau dont on captait à volonté le débit pour remplir l'arène. Ce ruisseau était le Chabet-Zaroura. Cet amphithéâtre fut détruit en 1845 par les Français pour fortifier la ville mais Ravoisié nous en a laissé une esquisse telle que la virent les soldats de la conquête.

Laffitte, doyen de la Faculté des Sciences d'Alger, cite une inscription dédicatoire trouvée vers 1850 dans le canal d'un moulin à huile (Baradez " Fossatum Africae ") faisant état de la restauration sous Marc-Aurèle de l'amphithéâtre de Mésarfelta.

P.A. Février parle des fouilles effectuées par R. Lèguement dans l'amphithéâtre de Tébessa, et de l'inscription déchiffrée par L. Regnier en 1851 à El Outaïa près d'El Kantara, d'un amphithéâtre à la porte du caravansérail.

Une photographie aérienne prise par le colonel Jean Baradez, chargé de mission à la direction des Antiquités d'Algérie, met en évidence la présence d'un amphithéâtre contigu au camp militaire de Gemellae.

L'amphithéâtre d'El Djem, l'ancienne Thysdrus, (entre Sousse et Sfax dans l'actuelle Tunisie) en est un unique et superbe exemple. C'est d'ailleurs, la plus grande et plus belle construction romaine demeurée à peu près intacte dans toute l'Afrique du Nord.

Sa présence, en une contrée semi-désertique, parsemée de quelques douars dérisoires, peut surprendre mais il faut rappeler que Thysdrus était un carrefour important situé à l'intersection de cinq ou six grandes voies romaines.

Cette énorme arène elliptique atteint 150 m de long et 120 m de large. Ses 64 arcs, disposés en trois séries superposées, s'élèvent à 40 mètres de hauteur, soit dix de moins qu'à l'origine car un étage entier s'est depuis enfoncé dans les sables. De dessin très élégant, il contenait 60 000 spectateurs, ce qui paraît énorme pour les populations africaines du temps mais reste très inférieur à ce que pouvait accueillir le Colisée de Rome. Sa piste recouvre un labyrinthe de souterrains.

 


Amphithéâtre d'El Djem.

 

L'histoire nous apprend que c'est dans cette enceinte que Gordien s'est proclamé empereur en 238 et que la légendaire Kahéna, héroïne berbère en lutte contre l'envahisseur arabe, l'utilisa comme palais puis comme forteresse en 698 environ. C'est aussi là qu'elle serait morte selon une légende au terme d'un siège qu'elle y soutint avec quelques fidèles et son jeune amant. Celui-ci la décapita dans son sommeil au petit matin et offrit sa tête aux Arabes qui assiégeaient la place, ce qui lui valut d'être probablement le seul survivant de l'infortunée garnison.

Selon une autre version, plus probable, l'héroïne berbère aurait été décapitée bien loin sur la margelle d'un puits qui porte encore son nom.

En outre, au siècle dernier, les soldats du Bey de Tunis s'étant révoltés et retranchés dans l'amphithéâtre, le souverain, après les avoir soumis, entreprit la destruction de l'édifice afin qu'il ne puisse à nouveau abriter une rébellion. Le bruit courut que de nombreux archéologues étrangers intervinrent alors pour en arrêter la démolition utilisant des arguments sonnants et trébuchants sur le détail desquels l'histoire n'a pas voulu laisser de traces.

La piste de l'amphithéâtre d'El Djem était à l'origine reliée à la mer par une canalisation de trente kilomètres qui la transformait en bassin pour les fêtes nautiques, avec un niveau suffisant pour y faire évoluer des galères.

Un dispositif identique pouvait également inonder l'arène de Tipasa sous laquelle les fouilles ont dégagé un aqueduc souterrain.

Ces fêtes nautiques ou " naumachies " reconstituaient des combats navals de trirèmes et de galères, mises à la mode à Rome un demi-siècle avant Jésus-Christ et auxquels César puis Domitien laissèrent leur nom puisque le premier inaugura la première naumachie et le second fit un jour combattre 3 000 marins au bord du Tibre. Il n'y a aucune raison pour supposer que les naumachies africaines étaient fictives et n'atteignaient pas le degré de cruauté de celles de la capitale où les tués et les noyés étaient toujours nombreux.

Les combats d'animaux restent cependant les plus fréquents. C'est par là, d'ailleurs, que commence habituellement le spectacle.

Eléphants, rhinocéros, ours, lions et panthères s'affrontent sans merci. Cruels, les organisateurs sont également facétieux : aux entractes, pour apaiser l'excitation du public et déclencher l'hilarité, on lâche dans l'arène lièvres, lapins et petits chiens !

Les massacres reprennent ensuite ; les bêtes ne manquent pas. L'Afrique du Nord est un réservoir de fauves pour les Jeux.

Certains chasseurs chargés d'approvisionner cirques et amphithéâtres en animaux sauvages sont célèbres en Afrique et l'un d'eux, Olympius, s'y forge une grande réputation. II est chanté par les poètes africains ; l'un d'eux souligne que la couleur de son visage plaît à la foule qui ..." apprécie l'ébène et la sombre violette comme l'ornement des prés verdoyants... " ; Olympius était noir.

La province est même exportatrice de bêtes pour les cirques romains. Des chasseurs viennent d'Italie pour capturer ces fauves dont certains, jadis nombreux dans les régions du sud, commencent déjà à se faire rares ainsi qu'en témoigne cette lettre de Cassius, pourvoyeur animalier en mission en Numidie, à son ami Donatius resté à Rome.

" Je t'écris de Thamugadi (Timgad) en Afrique où notre empereur Trajan m'a dépêché pour organiser la capture de bêtes fauves car nos chômeurs, qu'il faut distraire pour éviter les troubles, nous coûtent très cher en animaux de toute sorte. Le peuple réclame maintenant des spectacles de plus en plus insolites. Il est lassé de celui des panthères traînant un char et des éléphants s'agenouillant pour écrire dans le sable du Circus Maximus le nom de l'empereur avec leur trompe. II veut aujourd'hui des armées d'ours luttant contre des buffles, de taureaux combattants des rhinocéros. Au train où vont les choses, les animaux sauvages se montrent de plus en plus difficiles à capturer. Dans certaines régions, quelques-uns d'entre eux ont même complètement disparu comme l'hippopotame en Nubie, le lion en Mésopotamie et l'éléphant en Afrique du Nord d'où je t'écris. J'ai donc dû parcourir nos provinces de Tingitanie et de Mauritanie (Maroc et Algérie) pour satisfaire aux désirs de l'empereur qui va recevoir quelques centaines de guépards, de panthères et de lions, deux cents buffles ainsi que des autruches et des antilopes. Je vais descendre vers le sud pour capturer maintenant des éléphants, des rhinocéros et des hippopotames et peut-être aussi des girafes auxquelles il tient beaucoup... "

Cette lettre n'est pas sans rappeler notre actuel souci de voir disparaître nos baleines, nos éléphants ou nos ours pyrénéens.

Les scènes de chasse " venationes " ont aussi la faveur du public de plus en plus exigeant. Des fauves sont exposés aux armes d'habiles chasseurs dans un décor reconstituant un paysage de savane ou de forêt. Le goût de ces spectacles mémorables remonte à Pompée en 55 avant Jésus-Christ et ce n'est pas El Djem, proche des zones de capture, qui s'en priva.

Septime Sévère dut sans doute au fait d'être né en Afrique son goût prononcé pour ce genre de spectacle où d'ingénieux mécanismes font surgir du sol des bosquets au milieu desquels des trappes libèrent des fauves en quantité.

Se déroulent aussi des combats opposant des fauves à des gladiateurs spécialisés nommés " bestiaires" qui se livrent, pour la plus grande joie du public, à un véritable massacre d'animaux au risque parfois de leur vie. Cette exhibition rassemble un jour 600 fantassins, 40 éléphants, 60 cavaliers et un nombre de fauves indéterminé, de quoi couper le souffle au spectateur le plus endurci.

Les combats entre gladiateurs connaissent une grande vogue. Ils se battent parfois à cheval mais ceux qui le font à pied sont les plus nombreux.

Parmi eux on distingue le rétiaire qui ne porte ni casque, ni cuirasse mais manoeuvre habilement un grand filet de pêcheur qu'il jette sur son adversaire pour l'immobiliser et possède un redoutable trident pour l'achever.

L-e Thrace et le Samnite, du nom de leur pays d'origine, sont casqués, armés d'un glaive et d'un bouclier romain rectangulaire. Les hommes les plus agiles et les plus nerveux optent pour l'équipement du Thrace et son type de combat avait eu, en son temps, la préférence de Caligula.

Egalement casqué, le parma combat avec deux jambières pour compenser la réduction du bouclier qui, rectangulaire dans les équipements précédents, s'arrondit dans celui-ci à l'image du bouclier gaulois.

Le Mirmillon possède une épée recourbée et dispose d'un équipement lourd avec casque et bouclier rectangulaire, le scutum. Les hommes les plus robustes préfèrent l'armure du mirmillon dont Néron avait, de son côté, apprécié le type de combat.

 


Amphithéâtre de Zliten (Tripolitaine) - Les gladiateurs (mosaïque).

 

De nombreuses sortes de gladiateurs évoluent dans les arènes africaines. Il n'est pour s'en convaincre que d'observer les débris de poteries et le nombre important de lampes à huile trouvées au cours des fouilles, inventoriées et méthodiquement étudiées par les membres de la " Société d'archéologie du département de Constantine", société savante qui fut très active pendant la présence française et laissa de nombreux et intéressants travaux. Son bulletin trimestriel décrit à maintes reprises les scènes de combats qui ornaient ces terres cuites. II faut ajouter que le dessin des uniformes que portent ces gladiateurs s'éloigne parfois des schémas classiques, ce qui laisse supposer qu'on utilisait en Numidie certains équipements et certaines armes propres à la région.

Les gladiateurs sont habituellement recrutés par des entreprises spécialisées parmi les esclaves, les condamnés à mort, les prisonniers de guerre voire des étrangers de passage et volontaires. Ce sont parfois des fils de famille ruinés qui cherchent dans la mort l'issue de leur infortune ou des aventuriers avides de violence. L'empereur Commode qui meurt à 31 ans en 192 après Jésus-Christ, est leur illustre héros, pour être, à Rome, descendu 700 fois dans l'arène.

Ce despote violent et cruel fut finalement assassiné et son corps fut traîné dans la salle des gladiateurs où la foule défila pour en houspiller la dépouille.

Les gladiateurs " fiscaux " ou " césariens " sont engagés et entretenus par l'état, l'empereur ou ses représentants en Afrique. Certains gladiateurs dits " privés " sont engagés par des particuliers qui offrent des combats à l'occasion de certaines cérémonies.

Cet engouement de la presque totalité de l'empire pour les combats sanglants vient des Etrusques. Les écrits de Tertullien et de Cyprien nous apprennent qu'ils sont également très populaires en terre d'Afrique.

Le premier combat donné à Rome remonte à 264 avant Jésus-Christ, et fut offert au peuple à l'occasion des obsèques de Brutus Péra. Il faut néanmoins attendre encore un siècle et demi pour que ce genre de spectacle soit banalisé parmi les cérémonies officielles et fasse partie des jeux organisés par le pouvoir.

Ces joutes sanglantes régresseront sous la pression du christianisme. Déjà réprouvées par Constantin, elles disparaîtront après leur interdiction sous le règne d'Honorius vers 450 après Jésus-Christ.

La pratique de ces combats aura donc duré sept siècles et par conséquent accompagné la présence romaine en Afrique de son début jusqu'à sa fin.

L'entraînement des gladiateurs dans des écoles spécialisées est des plus sévère. Leurs exercices y sont dirigés par des maîtres d'armes appelés " lanista ". Leurs casernes se nomment " ludi ".

Dans l'amphithéâtre, leurs combats se déroulent toujours en musique et il existe des musiciens spécialisés qui trouvent dans un infernal répertoire les notes qui accompagnent le mieux le fracas des glaives, le coup fatal et l'agonie de la victime.

Certes à moins d'animosité particulière, les gladiateurs s'efforcent de ne pas s'infliger de blessures mortelles, mais chacun le sait : un pouce levé ou abaissé suivant l'humeur de la foule peut signifier la grâce mais aussi la mort du combattant terrassé. L'espérance de vie de ces malheureux se limite en règle générale à quelques semaines ou quelques mois car les jeux font de ces hommes une effroyable hécatombe. Leurs corps sont ensuite traînés jusqu'au petit cimetière attenant qui leur est réservé ; on peut en voir un à la limite des vestiges de ce qui fut probablement l'amphithéâtre de Tipasa.

Il arrive cependant qu'une poignée d'entre eux obtienne la liberté au bout de quelques dizaines de victoires.

Parmi le petit lot qu'a forcément sélectionné un ensemble de qualités physiques et pugilistiques exceptionnelles, certains deviennent célèbres et adulés. Leur popularité est grande et leurs succès féminins légendaires. Les belles patriciennes d'El Djem ou de Carthage ne sont pas plus insensibles que les Italiennes à l'attrait des muscles et du courage. A ce propos, une anecdote sur Pompéi mérite d'être, ici, rapportée. Quelques gladiateurs, surpris dans leur sommeil par la célèbre éruption du Vésuve, périrent sous les cendres dans leur casernement. On trouva, près des restes de l'un d'entre eux, un corps de femme pétrifié par la lave et paré de riches bijoux : une belle patricienne sans aucun doute, venue rejoindre dans sa couche un héros de l'arène.

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Au Moyen Age, l'amphithéâtre de Carthage subsiste encore dans sa totalité. Il fait alors l'admiration des auteurs arabes El Bekri et El Drisi. Le bâtiment se compose, nous disent-ils, de cinquante arcades séparées par des piliers, sur cinq étages. Ce qui paraît exagéré car, à Rome, le Colisée n'en a que trois ainsi qu'à El Djem, Nîmes ou Arles. Son arène égale en tous cas celle du Colisée en dimensions.

Si, dans les années 30, l'archevêque de Tunis choisit volontiers le cadre de ses ruines comme site processionnaire le jour des fêtes chrétiennes, c'est peut-être pour honorer les martyrs qui y furent suppliciés.

Comme dans tout l'Empire romain, la mort et le sang étaient aussi un spectacle dans ses dépendances africaines et ici comme ailleurs, les chrétiens en furent les victimes. C'est dans l'amphithéâtre de Carthage que furent, entre autres, martyrisés certains d'entre eux arrêtés en 203 à Tebourba. Après avoir été jugés et condamnés à mort, ils durent d'abord passer sous les fouets d'une escouade de belluaires. Ils subirent, dit-on, cela en chantant. Les hommes furent ensuite livrés aux crocs d'un léopard qui leur infligea d'effroyables morsures. On les en délivra vite, pantelants, car cette bête donnait habituellement une mort rapide et abrégeait un supplice que la foule souhaitait prolonger. Une agonie plus lente leur fut alors infligée et c'est sous les griffes d'un ours, aussi acharné mais moins rapide en besogne, qu'ils succombèrent enfin.

 


Amphithéâtre de Leptis Magna.

 

Furent arrêtées ce même jour une esclave nommée Félicité et une bourgeoise répondant au nom de Perpétue. Toutes deux chrétiennes furent elles aussi condamnées au supplice. La première allaitait encore son bébé et la seconde était enceinte.

On dit qu'elles entrèrent gaiement dans l'amphithéâtre et refusèrent le costume grotesque dont on voulut les affubler pour le supplice. Dépouillées de leurs vêtements, on les exposa alors, suspendues dans un filet, aux cornes d'une vache furieuse. Le peuple s'apitoya d'abord sur leur nudité. Délivrées et revêtues un peu plus dignement elles revinrent dans l'arène. Perpétue fut aussitôt lancée en l'air d'un coup de corne. Sa tunique s'étant déchirée, elle s'efforça dignement de recouvrir sa nudité et arrangea même ses cheveux ; après quoi elle releva Félicité qui gisait, prostrée un peu plus loin. Emue, la populace demanda leur grâce, mais bientôt se ravisa et exigea leur retour. Alors elles s'embrassèrent une dernière fois et avec un groupe de survivants attendirent le fer. Perpétue fut frappé par un gladiateur novice et visiblement perturbé.

Chancelant sous ce coup imprécis, elle prit la main de l'apprenti et l'appuya elle-même sur sa gorge.

On a cru récemment retrouver leur tombe dans l'église de Damous El Karita ou dans celle de Medfa.

C'est le 7 mars que sont fêtées les deux saintes chez les Latins et le 3 février chez les Grecs orthodoxes.

Condamné à mort pour avoir encouragé la résistance chrétienne, Saint Cyprien refusa de quitter Carthage et demanda à mourir au milieu des siens, au pied de la colline de Byrsa. Ses compagnons purent emporter son corps pour l'enterrer dignement après s'être partagé sa tunique ensanglantée.

Des siècles plus tard, Charlemagne obtiendra d'Haroun Al Rachid, avec lequel il rétablit des relations diplomatiques, le retour en France de la dépouille de Saint Cyprien ; on pense que les ossements de Félicité et de Perpétue ont pu alors être mêlés à ceux du saint.

MAURICE CRETOT

In l'Algérianiste n° 72 de décembre 1995