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Robert RANDAU

Écrit par Jean BOGLIOLO. Associe a la categorie Ecrivains algérianistes

 

 

 Robert Randau
1873-1950

 

APRÈS Jean Grenier, philosophe éminent, Jean Bogliolo présente cette fois Robert Randau dont la personnalité et l'oeuvre considérable rappellera combien l'Algérie connaissait une vie intellectuelle étonnamment féconde. Le C.D.H.A. (Centre de documentation historique sur l'Algérie) en rendra compte dans l'ouvrage qu'il prépare: " L'Algérie de A à Z ".
Remercions de nouveau le C.D.H.A. de nous autoriser à reproduire cet article.

 

A propos de Robert Randau (pseudonyme d'Arnaud),
il convient de considérer la vie, l'homme, l'oeuvre.

 

 

I - LA VIE

 

D'origine lyonnaise par ses ascendants, Robert Arnaud (qui devint vite, sur le plan littéraire Robert Randau) naquit le 13 février 1873 à Alger-Mustapha où son père était un des chefs du corps des interprètes militaires de l'Armée d'Afrique (dont fit partie le fameux arabisant De Slane, qui traduisit l'œuvre historique du grand Ibn Khaldoum et la répandit dans le monde intellectuel). Après ses études (secondaires au Grand Lycée d'Alger - supérieure à l'Université d'Alger), il obtient en 1896 sa licence en droit. II a passé une partie de sa jeunesse parmi les colons, " gens énergiques entre tous" dit-il, et au milieu d'indigènes musulmans, dont il parlait la langue. II gagne alors Paris pour y préparer son doctorat. Séduit par la création de l'Ecole Coloniale, il s'y inscrit, tout en suivant les cours de l'Ecole des Sciences Politiques. II habite rue du Val de Grâce, une petite mansarde dont il a fait un logis d'artiste ; et il aime à flâner dans les vieilles venelles du quartier latin avec son ami Sadia Lévy, co-auteur de leur roman " Rabbin " (éd. Havard, 1896, Paris) dont la publication attira bien des ennuis à ses auteurs. II s'intéresse aussi à l'occultisme et au personnage Des Esseintes, le héros extravagant de l'oeuvre de Huysmans, " A Rebours ". II a pu voir, dans les cafés littéraires, des poètes " lancés ", tels Moréas déjà célèbre et Verlaine sur sa fin. Mais déjà, tout en manifestant son goût pour la plume, il cède au pressant appel d'une vocation coloniale.

Robert Arnaud passe donc le concours d'" administrateur de Communes Mixtes d'Algérie" et rentre dans son pays natal qu'il explorera en tous sens. II fait alors connaissance avec Xavier Coppolani, employé au service des Affaires Indigènes du Gouvernement Général, qui, en collaboration avec son chef, Octave Depont, avait terminé son ouvrage sur " Les Confréries Religieuses Musulmanes ". Coppolani voulait compléter son étude par des recherches dans les régions du Soudan et de Maurétanie où les Confréries (les Tidjana surtout) comptaient de nombreux adeptes. II intéresse à son projet le Gouverneur Général Lépine et le Général de Trentignan Gouverneur du Soudan. II embauche Arnaud dans l'aventure. La mission dite, des " Compétents Techniques", quitte Dakar fin Novembre 1898 ; et c'est le premier contact de Randau avec l'Afrique Noire, qu'il finira par aussi bien connaître que l'Algérie. En Janvier 1899, il est à Tombouctou. La mission s'achève en Juillet. Arnaud reprend alors en Algérie ses fonctions d'Administrateur Civil : M'Sila, Ouarsenis, Ténès, où il resta jusqu'en 1905 et connut la fameuse Isabelle Eberhardt.

Cependant, à Paris, Coppolani a préparé non sans peine la mission Tagant-Adrar. II s'agit d'occuper ces deux localités sahariennes en partant du Sud, et, coupant vers l'Ouest par le désert à travers une Maurétanie encore hostile et en partie insoumise, d'atteindre la côte atlantique et la Baie du Lévrier, en ramenant à la France des tribus dissidentes maures et targuies qui, au Nord du Soudan et au-delà de Tombouctou, créaient des incidents sur les zones frontières. De nouveau Coppolani s'est adjoint Arnaud enthousiaste. Empruntant des itinéraires nouveaux, affrontés au difficile problème de vivre dans le danger presque seuls et sans armes, les deux explorateurs traversent mille difficultés. Mais la mission fut interrompue le 12 mai 1905, lorsqu'un Maure fanatique de la secte hérésiarque des Ghoudf ("les Bénis ") eut assassiné Coppolani à Tidjikadja (point nommé ensuite Fort Coppolani Jusqu'à...). Rapatriement de la mission.

Cependant Randau est retenu à Dakar par le Gouverneur Général Roume, pour s'occuper des questions musulmanes dans les six territoires de l'A.O.F. alors en gestation. Désormais il mènera durant une bonne trentaine d'années la rude existence d'un blédard, dans la brousse, la savane ou les sables du désert. Par ce contact sur le terrain, il acquiert une parfaite connaissance du monde noir et musulman. Mais il passe ses congés à Alger ou Paris, maintenant le contact avec le monde des Lettres. Car il mène de pair une efficace vie administrative, faite d'action mais aussi de recherches et travaux, et une carrière littéraire non moins féconde. En effet, à pied, à cheval ou à dos de chameau, sous les climats les plus rudes, dans les campements les plus sommaires comme dans des bureaux de fortune, pendant ou après les missions les plus épuisantes, il ne laisse chômer ni son inspiration ni sa plume. La Cazamance Sénégalaise, la Guinée, la Côte d'Ivoire, le Soudan, la Volta (où il gouverna les trois territoires qui la composent), lui devinrent aussi familiers que pouvaient l'être Champs-Elysées ou Rue d'Isly. Son dernier poste fut Tombouctou. Ainsi bouclait-il par son point de départ sa boucle africaine commencée à la fin du siècle passé.

Quand le fonctionnaire colonial Arnaud prend sa retraite, il est Gouverneur des Colonies et membre associé de l'Académie des Sciences Coloniales. II se fixe à Alger où il a ses atttaches familiales. En 1920, il y avait puissamment contribué (en particulier avec son ami Jean Pomier) à fonder l'"Association des Écrivains Algériens " (A.E.A.). II en fréquentait assidûment le siège aux réunions du jeudi après-midi, ainsi que le " Cercle Franco-Musulman" et, le mercredi soir, le " Café Grüber ", où il se rencontrait fréquemment avec des amis du monde des Lettres ou autres, dans ce quartier du Square Bresson, devenu par la suite Aristide Briand et puis...

Représentant l'A.E.A. au sein du Conseil d'Administration de la Salle Pierre Bordes, pendant de nombreuses années il suivit fidèlement, mélomane averti, les concerts et récitals qui s'y donnaient avec fréquence. II s'occupait activement aussi de critique littéraire, après avoir mis la dernière main à ses derniers ouvrages, édités à Alger comme s'il avait voulu, vers la fin, s'identifier totalement avec sa cité natale, célébrée dans " Sur le pavé d'Alger " (1937) et " Le professeur Martin, petit bourgeois d'Alger " (1938). II parachève son oeuvre en sacrifiant à l'amitié : Xavier Coppolani " Le Pacificateur" (qui avait expiré entre ses bras en Maurétanie) et Isabelle Eberhardt, qu'il avait défendue lors de son procès de Constantine. Lauréat tardif du Grand Prix Littéraire de l'Algérie (1929), après avoir rédigé son testament littéraire pour sa partie théorique dans ses articles de critique dès et après 1920, et pour sa partie pratique dans l'ensemble de son oeuvre - mais tout particulièrement avec " Les Colons " et " Les Algérianistes " - il nous avait légué aussi son testament spirituel avec " Lucifer et son hôte " (1936).

II mourut à Alger le 4 août 1950. Avec Robert Arnaud mourait aussi Robert Randau.

 

II - L'HOMME

 

La Nature ne m'a pas dit en me mettant au monde: " Sois heureux "; elle ne m'a pas dit non plus: " Sois ambitieux " ; mais elle me cria: " Sois indépendant ". Cette forte maxime, écrite par le royaliste Chamfort, emprisonné pendant la Terreur, Robert Randau eût pu la signer car l'indépendance fut, je crois, le trait fondamental de son caractère.

Ses goûts littéraires le prouvent par exemple cette mélancolique et dérisoire épopée de l'Effort inutile que représente le cervantien " Don Quichotte " ; le " A Rebours " de Huysmans, si singulier en tout; le " Cagayous " de Musette, dont un jour à Paris, sur une estrade solennelle, dans une somptueuse salle de conférences, Galerie Montpensier près du Palais Royal, devant une fournée d'assistance mondaine plutôt médusée et choquée, il se plut malicieusement à faire une abondante lecture, à la fois riant et exultant, tout en l'assaisonnant de commentaires adéquats. Car, parfait polyglotte, iI s'y entendait aussi bien en arabe qu'en peuhl et en pataouète. Autre preuve de son esprit d'indépendance: son goût pour les personnalités d'exception - tels un Xavier Coppolani, une Isabelle Eberhardt. Et ce même esprit, il le manifesta tout au long d'une vie où il se révéla ensemble homme de pensée et homme d'action, car chez lui la pensée vivait de l'action et vivifiait l'action.

Robert Randau connaissait à fond la vie et les moeurs coloniales, riches parfois en abus et scandales tels qu'il ne pouvait décemment les décrire tous, même dans ses oeuvres les plus acerbes. Néanmoins, il sut manier avec violence le fouet de la satire, doublement animé par l'indignation vengeresse et l'ironie justicière. II fustige avec civisme les médiocres et les tarés encombrant la carrière, les fonctionnaires sans conscience, les mercantis véreux, les potentats noirs faisant de la " béhanzinite ", cette tyrannie esclavagiste et barbare chère à Béhanzin, le roi du Dahomey détrôné et mort à Alger en 1906. La plume devient pour lui une arme quand il dénonce le népotisme, l'arrivisme, les injustices, les excès de pouvoir, dans des romans à clefs, bourrés de transparentes allusions à " ce flux d'égout "qu'il voulait endiguer.

De ce point de vue, Robert Randau ne porta guère chance à Robert Arnaud, car le pseudonyme littéraire fut vite percé à jour dans les hautes sphères intéressées. On pardonna mal au second, l'administrateur, d'avoir pris pour truchement le premier, qui publiait les railleries, les mépris et les nausées de l'autre. Néanmoins ses enquêtes sur l'esclavage noir et la femme africaine provoquèrent des mesures officielles qui améliorèrent la situation. Si, malgré ce frein permanent dans son ascension des échelons de la hiérarchie, Robert Arnaud atteignit finalement un modeste sommet, c'est que l'excellence de ses services prévalut à la longue sur son absence complète d'ambition en ce domaine et sur le côté " entier" de son caractère.

II convient aussi d'ajouter que, observateur perspicace et pénétrant analyste, il se garda bien de tomber dans une attitude exclusivement protestataire et polémique, et de jouer le rôle du négateur et destructeur pur. Loin de condamner le " colonialisme " français, il l'estimait supérieur à tout autre, à l'anglo-saxon, à l'anglo-saxon surtout. II considérait que l'effort des broussards des temps héroïques avait permis l'édification de l'Empire. Lui même, en sa double qualité d'Algérien et d'Africain, il se sentait investi d'une noble mission : dégager les traits d'un grand dessein d'amélioration humaine, en le maintenant dans des voies fécondes, et en le révélant à une opinion hexagonale puérilement obstinée à l'ignorer ou le méconnaître. Afrique blanche et Afrique noire ne faisaient qu'un tout dans le coeur de ce grand Français d'Algérie, qui vouait à cette double Afrique et à l'ensemble de ses hommes et races une inépuisable tendresse.

C'est qu'il possédait vraiment un sixième sens : le sens impérial. Et c'est en vertu de ce " sens-sentiment", générateur d'action efficace, qu'il devint un des principaux artisans de l'influence française en Afrique. A propos de la grande épopée coloniale, n'écrivait-il pas en 1922 dans sa " Préface " de " L'aventure sur le Niger": "Grâce à ces hommes, dans un siècle peut-être une grande Berbérie, de forte intellectualité française, existera sur les côtes de la Méditerranée entre les Syrtes et l'Océan, et englobera à son heure le Sahara et la Soudanie ". On sait comment, pourquoi et par qui cette grandiose prophétie est restée lettre morte. Mais quels n'eussent pas été le chagrin et la colère de ce grand commis d'Etat s'il avait assisté au torpillage sournois ou théâtral de l'oeuvre d'une vie faite de rêve agi et d'action réalisée !

Quant au domaine plus purement littéraire, cet homme habitué aux larges horizons, étouffait dans Paris qu'il n'aimait guère, où il voyait un foyer d'intrigues et compromissions alimentées par une faune très rive gauche. II se replia donc de plus en plus sur Alger " la Blanche ". II accomplissait avec une scrupuleuse conscience professionnelle son labeur de tâcheron de la plume en s'astreignant à une objectivité sans rides, à une documentation sans failles, puisées aux meilleures sources du vécu. Mais son travail, il le menait sans tapage de publicité, car il éprouvait une sainte horreur pour le toc et le bluff " gendelettres ", pour la pose et le chiqué du cabotin. Voilà certes qui explique - sans justifier une chose aussi confondante pour tout esprit non prévenu - que le grand public hexagonal l'ait aussi sottement ignoré, et que l'Institut de France (en particulier l'Académie) n'ait jamais honoré une parcelle de son œuvre immense. En 1921, il avait admis d'être présenté par l'A.E.A. à la condition que, en cas de succès, le montant du prix fût versé à l'Association - mais échec, sa candidature " indirecte " ayant été " torpillée ".

C'est sans doute son esprit d'indépendance qui l'avait un jour poussé à créer l'"Algérianisme", formule d'" autonomie esthétique ", basée sur la notion d'" effort " et destinée à libérer l'écrivain des clichés de l'exotisme, de ce que Randau, avec une colère de gorge, appelait ironiquement " la littérature d'escale ". Le premier il prononça le mot avec le substantif, titrant son roman "Les Algérianistes " (1911). Mais le second substantif, tarda vingt ans avant de venir enrichir la famille des mots. A Alger, dans une réunion au " Café Grüber " avec quelques amis, Randau affirma: "Nous sommes des créateurs. Nous avons créé un genre. Je dis bien : un genre -un genre bien à nous, nourri d'une sève toute particulière. Et si Tustes a parlé de " franquisme ", nous pouvons, nous devons, nous, parler...

- D'algérianisme coupa et prévint sans doute Jean Pomier, toujours primesautier.

- Exactement " Nous sommes d'accord " conclut Randau (bien entendu, " franquisme " n'a rien a voir ici avec le Général Franco, mais désigne la littérature "franque", hexagonale, francaouie). Bref, le vocable nouveau-né venait d'être porté par ses deux parrains simultanément sur les fonts baptismaux. Depuis, il a fait florès; et même s'il a pris de l'âge, il n'a point trop vieilli encore.

Le père de l'Algérianisme présentait un aspect plutôt rude et massif, une apparence assez bourrue parfois. Même sur le tard, il imposait par sa haute stature droite ; et par sa carrure aussi, son corps se montrait tout en force statique, en ensemble ordonné, avec un front aux assises solides, à l'embase têtue, en surplomb audessus des yeux, et avec une mâchoire d'attache léonine, dessinée comme un outil à mordre ou à broyer. De l'ensemble se dégageait une impression de dur vouloir, une image d'énergie conquérante. Voilà pour l'écorce de ce chêne robuste. Mais pour l'aubier, ou " substantifique moelle ", tout changeait. Au contact, la première impression s'adoucissait, s'humanisait. Le regard, en effet, à l'affût derrière un fin lorgnon bien en selle sur un nez régulier et solide, savait s'imprégner d'une tendresse spontanément épanouie après la raillerie plaisante - tout comme le sourire de la bouche, exprimant alors une gentillesse de premier jet, malgré parfois quelque amère remarque.

De cette gentillesse, je donnerai ici un exemple personnel. Entre une démobilisation (1940) et une remobilisation (1942), j'occupai mon premier poste de professeur de Lettres Classiques au Lycée d'Aumale (Constantine) et j'eus alors l'idée (ensemble téméraire et saugrenu - mais la jeunesse ne doute de rien !) de présenter au Jury du Grand Prix Littéraire de l'Algérie la 1 ere oeuvre sortie de ma plume, " Mon Bled ", un recueil de nouvelles que sa bonne étoile avait fait éditer par la Maison Aubanel (Avignon) au cours du fatal printemps 40. Encore qu'il soit souvent dit ou écrit que ce prix ne fut pas décerné en 1940-42, je soutiens qu'il le fût alors au moins une fois à René Janon, rédacteur en chef à l'" Echo d'Alger ", pour son roman " Les Salopards ", dont l'action se déroule au Maroc pendant la conquête française. Contrairement à l'exemple du " Cid ", la valeur, ici, " attendait le nombre des années " (et encore!).

Alors que je n'étais ni surpris ni affecté par un échec prévisible, je reçus au Lycée d'Aumale (début 1941, je crois) une longue lettre, élogieuse et amicale, de Robert Randau, dont j'ignorais tout à cette époque. De cette lettre précieuse, malheureusement perdue depuis par moi, il reprit l'essentiel dans un article paru dans la revue " Afrique " en mars 1941. II me disait avoir accordé à mon livre son suffrage de membre du Jury (de quoi je me sentis très fier, m'appelait un " non-conformiste de l'écritoire " (toujours l'esprit d'indépendance) et me donnait bienveillamment de sages conseils de travail dans la persévérance. Il m'invitait enfin à l'aller voir au siège de l'A.E.A. lors des prochaines vacances.

 


ALGER. - Maison de l'Agriculture, siège de
l'Association des Ecrivains d'Algérie

 

Je n'y manquai pas. C'est donc là (un des étages les plus élevés de la haute " Maison de l'Agriculture " boulevard Baudin, Alger - d'où l'on découvrait le panorama royal du port, de la baie et des lointaines montagnes crénelées de Kabylie) que je fis assez superficiellement, bien sûr, connaissance de Robert Randau. J'y pénétrai, intimidé comme un profane à l'entrée du sanctuaire, avec le trac d'un petit disciple qui va paraître devant un grand Maître, et plein d'une révérence paralysante. Naturellement, j'écoutai beaucoup et parlai peu. Randau, qui était la simplicité même, ne plastronnait nullement pour la galerie. Restant étranger à toute pose, il savait aussi bien écouter que parler. II réfléchissait parfois, comme pour rassembler des souvenirs épars. Quand il prenait ou gardait la parole, c'était pour conter quelque plaisante anecdote, pour tracer telle ou telle silhouette, pour juger d'une œuvre, apprécier un auteur, traiter en bref de quelque question littéraire. Parfois aussi, il s'égayait et nous égayait gaillardement par certains propos d'une verve coruscante et rabelaisienne. Et tantôt il lançait le sourire complice d'une ironie en quête de partenaire; tantôt, revenant au sérieux et au profond, il fusait en hautes envolées.

Cette même gentillesse, il la témoignait - ces mêmes précieux conseils, il les prodiguait - également aux jeunes, aux débutants qu'il voyait se lancer dans l'écrit. Sans jamais pontifier, comme il advient souvent aux aînés " arrivés ", Robert Randau aimait " quêter ", repérer, sonder - afin de les favoriser - toutes les vocations littéraires naissantes, surtout algérianistes ou africanistes. En 1946, je lui offris avec une joie reconnaissante mon deuxième recueil de nouvelles "Broussailles" (un des derniers ouvrages parus chez Charlot peu avant la déconfiture de cette maison algéroise d'édition vite asphyxiée par l'air parisien qu'elle avait voulu respirer pour sa perte. En Août de la même année, la revue "Afrique" (N°210), sous sa plume, présentait de l'ouvrage un compte rendu insistant sur le côté " réfractaire " de mes personnages, " des irréguliers du bled, qui sont de la lignée d'Odysseus et de Panurge" (encore et toujours l'esprit d'indépendance!).

Lors de la réunion suivante, Robert Randau me remit un exemplaire de sa " fantaisie " romanesque et métaphysique, " Lucifer et son hôte " (éditée hors commerce en six cents exemplaires dix ans auparavant), avec une longue dédicace de sa fine écriture. Ensuite la maladie lui fit espacer, puis réduire, puis supprimer sa présence. Et un jour de l'été 1950, j'appris, loin d'Alger, son décès. Avec la mort de Randau, l'A.E.A. perdait la moitié de son âme, et moi, jeune encore, un vieil ami sûr.

 

III - L'ŒUVRE

 

Dans l'oeuvre luxuriante de Robert Randau, on peut distinguer 4 aspects essentiels de l'auteur : le poète - le savant - le romancier - le penseur.

 

La Poésie

 

Ses trois recueils poétiques datent d'une époque (avant la première guerre mondiale) où, pour tout candidat à la plume, il était de bon ton de débuter par quelques plaquettes de vers, que ce fût un futur romancier, nouvelliste, essayiste ou dramaturge. Ainsi Bataille, Pailleron, Daudet, Maupassant, France, Louys, Benoît, Mauriac ou Reboux - et combien d'autres !... Bien que Robert Randau n'ait point persévéré dans cette voie, force est de reconnaître que ses vers ne manquent pas, souvent, d'accents personnels et d'un certain charme élégiaque. Mais il se faisait de la poésie une conception plus nerveuse et plus robuste, qu'il exprima un jour ainsi : " La grande poésie humaine est indépendante de la prosodie et des clichés du style fixés par les ancêtres. Elle découvre sans cesse de nouveaux rapports d'images entre les êtres qui passent, annonce les plus jeunes forces, fixe l'imprécis des paysages et des âmes. Le véritable homme d'action, chercheur instinctif d'êtres et de choses imprévus, sera toujours poète ".

Cet idéal d'une poésie de la vie et de l'action, c'est surtout dans son oeuvre romanesque qu'il le réalisa. Néanmoins ses poèmes nous en fournissent déjà une belle démonstration surtout sous leur aspect africaniste. L'auteur y évoque des passions violentes, des bêtes et des hommes de proie, des perspectives sahariennes, des chefs arabes au chef chenu, des paysages tourmentés de ravins à pic et de roches dressées. II est le peintre coloriste de sites sauvages, du désert vorace, de la brousse dévoratrice. C'est tantôt un Touareg dont " la chair grille", torturé et brûlé par "des nègres qu'il méprise "- tantôt un lion blessé à mort, agonisant, et qui " a mangé la terre dans son râle " - tantôt le " Niger gigas ", le " Grand Fleuve musclé d'orgueil "

" A travers le sommeil profond des caïmans

II traîne sans repos son beau corps de géant ".

C'est aussi, pendant les nuits chaudes, la songerie sans fin, l'écoute de la nuit. Quand " la brousse vagissait comme pleure un enfant...

Nous regardions la brousse où l'éléphant errait...

Nous nous sentions heureux parce qu'on y mourait ". De même, le poète se sent en harmonie avec la nature sous " un ciel mercuriel ", devant un " Paysage malade " où

La terre hachée est comme un rond d'écuelle

Avec de vieux reliefs d'agapes irréelles ".

Et s'il chante " Le Pirate d'Alger " dont

" Le sabre a tailladé du cordage et des faces ", tandis que " la chiourme chante ", c'est plutôt sans antipathie pour le cruel raïs qui impose par sa personne. L'écumeur des mers dégaine son "sabre au regard bleu ouvert sur l'infini" et " le soleil cabriole aux clameurs de capture ".

La variété du rythme, le don du pittoresque, la richesse des comparaisons et des images

" La voilure se gonfle en corolle de lys;

Lente, la nef cambre les muscles de son torse ", le sens enfin du vers dont l'écho se prolonge

" Et l'orgueil d'être seuls nous faisait l'âme épique;

On régnait dans son moi sans la gêne d'autrui ". Ces diverses qualités nous permettent d'apprécier à sa juste valeur les mérites de Robert Randau poète, que le métal sonore de son œuvre en vers place parmi les épigones d'un Lecomte de Lisle par exemple ou de son compatriote réunionnais Léon Dierx. Cependant, chez l'algérianiste Randau, poésie et sciences ne s'excluent pas.

 

La Science

 

Pour ses travaux scientifiques, seuls en sauraient juger les spécialistes. Néanmoins (qu'il s'agisse d'histoire, d'économie politique, de folklore, de linguistique, d'anthropologie, d'ethnologie, d'ethnographie, de géographie ou de sociologie), tout lecteur de bonne foi doit reconnaître que ces " essais " furent établis selon la méthode la plus probe et la plus rigoureuse: observation et expérimentation. Ils reposent (comme ses romans, d'ailleurs) sur une information solide une scrupuleuse documentation. S'imprégnant de la vie ambiante, il en saisit à fond le sens, l'esprit, au prix de recherches poussées, car, durant sa carrière, quarante ans d'affilée il resta en état permanent d'exploration des mille choses cachées qui servent d'ultime refuge aux âmes collectives. Dans un style volontairement sobre, dépouillé de toute fioriture, le savant s'abstient de " littérature", de pittoresque convenu et d'exotisme facile, pour n'étreindre que le réel de ses mains puissantes (bibliographie à part).

 

Le Roman

 

Mais le réel se retrouve aussi dans l'autre domaine du prosateur : le roman. Ici, l'oeuvre romanesque nous ouvre deux voies royales : l'africaniste et l'algérianiste. A la veine africaniste appartiennent " Le Chef des porte-plumes" (qui défraya longtemps la chronique scandaleuse de Dakar), " L'Homme qui rit jaune " (où le Gouverneur Général Châtaigne, avec sa denture d'or - de là le titre - semble le condensé de trois anciens gouverneurs coloniaux bien connus), " Les meneurs d'hommes ", " L'aventure sur le Niger ", " Des blancs dans la cité des noirs ", et quelques autres. De la veine algérianiste relèvent principalement " Les Algérianistes ", " Les Colons ", " Cassard le Berbère ", " Le Professeur Martin ". Dans la première, le désert, la savane, ou la brousse dans la seconde, la ville et le bled. Les deux volets se complètent, reliés l'un à l'autre par " Diko, Frère de la côte ", " Les explorateurs " et " Les terrasses de Tombouctou ". L'ensemble constitue donc une harmonieuse trilogie, un solide triptyque architectural. Mais un autre lien existe entre les deux parties principales: Tolenthal, l'administrateur colonial, sorte de meneur de jeu, ensemble bourru et bienfaisant, sarcastique et tendre, qui pourrait bien être Randau lui même, tellement il lui ressemble.

Tous ces romans sont autant de "tranches de vie" saisies à vif, il reflète comme un miroir le meilleur et le pire de son expérience des hommes, blancs ou noirs, chrétiens, musulmans ou animistes. Impartial et véridique, l'auteur n'affadit rien, avec, peut-être, une pointe de misogynie dans sa peinture acerbe de certaines européennes dont il brocarde les excès de conduite. "J'ai écrit mes livres pour la plupart au campement, confie Robert Randau dans une lettre à Laurent Ropa, pendant mes immenses randonnées en A.O.F. ; ils ont été mêlés à ma vie ". C'est que chez lui, la vie et l'oeuvre c'est tout un : l'homme et l'auteur restent inséparables. Le pittoresque authentique fut toujours happé au vol par ce témoin objectif du décor et des hommes, par ce traducteur scrupuleux des êtres et des choses.

Mais ici l'écrivain sait transcender le réalisme pur du reporter, car il brosse des silhouettes, campe des personnages, sculpte en dur des types durables: un Jos Lavieux, un Jean Cassard - ce dernier surtout, riche incarnation d'une âme collective, à la fois aventurière et poétique, fruste et raffinée. Randau aime essentiellement ce type d'homme, ni saint, ni philanthrope, mais voué à l'effort des défricheurs, des bâtisseurs, ayant le culte de la force qui se matérialise par l'action. Festoyeurs et tapageurs parfois, mâles brutaux et durs, les possèdent le goût du risque, la passion de la terre, en même temps qu'ils conservent au coeur de la violence des réserves de tendresse, par le sens des traditions et de la famille. Cassard " veut donner à l'Algérie une littérature originale, instituer l'oeuvre d'art dans un sens africain, relever la bassesse des âmes et la redresser d'un peu d'idéal ". Voilà en substance l'AIgérianisme, dont le caractère accusé devient aussi français que n'importe quel autre régionalisme métropolitain, par synthèse d'apports ethniques différents, mais à prédominance méditerranéenne.

Seulement, chez Randau, peintre assez aristophanesque du monde, le rire de Rabelais n'exclut point la sagesse de Montaigne, et le psychologue ne doit pas nous faire oublier l'artiste et le penseur.

 

L'Art

 

Toute œuvre littéraire ne vaut en définitive que par l'art qu'elle recèle, et " l'œuvre sort plus belle - d'une forme au travail rebelle ". Sur le style de l'artiste Randau tout a été dit à propos de ses expressions hardies, ses images surprenantes, ses choquantes alliances de mots parfois trop" tirées " - une sorte de délire verbal non toujours maîtrisé. Mais, finalement, ces éléments heurtés, voire assez incohérents, s'assemblent en une peinture éblouissante et sonore; et avec la violence des couleurs alterne la douceur d'un pastel suave: à une page de réalisme cru, à la Zola, succède avec aisance la fusée poétique. Voici par exemple la petite calanque, ou "madrague", que nous avons tous connue: " La baie entre les caps géants chantonne. La vaguelette est l'archet sous lequel crient et gémissent les gros graviers ". Et voici le jardin, petit paradis terrestre : " Sur les bords de la Méditerranée... les jardins sont mieux qu'ailleurs graves et paisibles. Là, le plus banal bosquet revêt l'aspect d'un bois sacré que hantent des divinités sensuelles : on y a besoin d'amour ".

D'ailleurs cette onde poétique, si proche de la nature amie, n'avait pas attendu pour jaillir. Voici par exemple une page extraite du "Journal de route " de Robert Randau lors de son premier voyage avec Coppolani (189899) : " Les heures flottaient autour de nous et se confondaient avec nos rêvasseries. Les reins dolents se meurtrissaient au rythme saccadé des méhara, qui allongeaient l'allure; la pensée n'était que fragmentaire, incapable - pilonnée sans cesse par les réactions de la monture -de se préciser. Nos rêves étaient à peine distraits par la symphonie des teintes et des nuances qui, aux confins des dunes, s'enlaçaient et se séparaient, voluptueuses, sous l'haleine solaire... Un gonflement du moi mettait en communion notre conscience, avec les aspirations des solitudes vers l'infini. Nos doutes d'intellectuels se simplifiaient et s'évadaient dans la vague. Le concept du néant possible était sans angoisse; sans serrement de coeur nous traversions de vieux cimetières qui souvent ramenaient à la lumière des ossements gâtés. Nous vivions, insouciants, présent et futur, au coeur de chansons gaies du guide et de nos amis maures que la résignation à la volonté divine maintenait dans la sérénité ". Dans cette page, comparable aux plus belles méditations, comme celles de Rousseau ou Chateaubriand, il est aisé de reconnaître " la griffe " de l'artiste, et de voir, comment, chez Randau, l'art mène à la pensée.

 

La Pensée

 

L'essentiel de cette pensée, on le trouve soit disséminé dans l'ensemble de son ceuvre et de sa correspondance, soit plus précisément condensé dans " Lucifer et son hôte ". Certes, il n'est point d'art qui ne repose sur un substrat de pensée. De même que pour Goethe dans son " Faust ", pour Randau " au commencement était l'Action " : " Je hais ce qui n'est pas l'action ou n'aboutit pas à l'action. Mes intimes ont été des professeurs d'énergie " (lettre à Laurent Ropa). Soit faim de Dieu, soit dilettantisme, les problèmes métaphysiques hantent néanmoins ce grand méditatif pour qui l'action dans le monde devient matière à réflexion. En voici quelques-unes glanées dans son " Lucifer "

" L'homme ne fut pas émané pour s'égaler à Dieu par l'esprit, mais pour continuer Dieu par l'oeuvre" (p.17). Donc toujours primauté de l'acte: " Le Bonheur n'est pas le connaître, mais la poursuite du savoir que l'on croque grain à grain en même façon qu'une grenade. Il est dans l'effort " (p.35). Cet effort vers " le connaître " se réalise dans l'action, qui donne la clef du réel. Seulement, cette clef nous n'en pouvons user efficacement sans amour. Le Faust de Randau se confesse ainsi devant Méphisto : " Mon tort fut d'être un sec. S'abuse quiconque souhaite de pénétrer, sans esprit d'amour, le secret des mondes" (p.19). Car " aimer, c'est accroître la conscience du monde " (p.125).

" Aimer " - voilà peut-être le mot suprême de la philosophie de Randau, un mot qui, en un certain sens au moins sonne chrétien sous la plume du mélomane qui déclarait un jour à un ami, à propos d'un quatuor à cordes de Beethoven: " La musique nous ouvrira les portes du ciel " - réflexion où entrait sans doute autant de sérieux que de boutade. Et cette philosophie de l'effort de tendresse, du don d'amour, il n'est point jusqu'à l'art d'écrire qu'il ne l'étende: "Vous ne travaillez pas pour les autres mais pour vous. On n'arrive pas sans peine à la notoriété. Certains qui ont du mérite n'y parviennent jamais. Et après ? Les Belles Lettres sont une sainte et noble suite de sacrifices. L'effort de chercher le beau est en lui-même sa récompense... Si vous écrivez pour une élite, apprenez que son suffrage est discret et qu'elle est pauvre. Vous avez ému par votre livre quelques âmes. Alors, que réclamez-vous ? Vous êtes payé de votre peine " (Lettre à Laurent Ropa). Tout le Stendhal du " For the happy few " est dans ces lignes, dignes d'une place de choix dans les fantaisistes "Conseils aux jeunes littérateurs", de Baudelaire.

Tel fut donc Robert Randau dans sa vie, où l'épouse qu'il s'était donnée sut l'entourer d'une tendre sollicitude jusqu'à la date fatale du 4 Août 1950 - Dans sa personne si richement humaine et attachante - dans son œuvre, si variée en profondeur et fécondité. Au fond, sans doute n'a-t-il écrit qu'un livre unique: celui de la geste française en Afrique. II est notre plus grand écrivain "colonial", et l'avenir ui appartiendra un jour.

Pour lui comme pour Jean Pomier, l'Algérianisme, oeuvre d'effort et d'amour, c'était " se libérer de certaines entraves, de certains préjugés, explorer à notre guise ce que nous avons pour devoir de considérer comme notre patrimoine d'art". Homme du futur autant que du présent, il écrivit un jour à Laurent Ropa (avant 1939): "Je suis convaincu qu'un jour, le plus tard possible, les lois fatales de l'économie politique joueront, et que l'Algérie, ou plutôt l'Afrique du Nord aura une large autonomie ", qu'il ne concevait que dans l'orbite française. Et non seulement il aimait l'Algérie avec une passion filiale - mais encore il l'a quasiment divinisée. Son culte, poussé jusqu'à l'idolâtrie, ne pouvait en aucun cas dégénérer en les sacrilèges, impiétés et reniements, blasphèmes et apostasies des années 1958-62... et suivantes.

Dans la longue et amicale dédicace de son curieux roman fantaisiste et philosophique, marqué par l'occultisme de ses premières années parisiennes, et tout nourri d'une vaste culture classique et universelle, Robert Randau s'adressait ainsi à "Jean Bogliolo, jeune écrivain de la jeune Algérie... II... II... Et il pensera quelquefois au vieux camarade sur les routes de l'esprit, et lui pardonnera de s'être diverti à écrire pour sa propre délectation " Lucifer et son hôte. "

C'était en Août 1946. Eh bien ! " vieux camarade ", auquel il n'y avait nullement à pardonner ce qui méritait l'ardent" Bravo ! "des coeurs, vous qui, par votre vie et votre œuvre également exemplaires, avez su créer - ou recréer - un monde comme Balzac, un continent comme Kipling, vous que j'ai modestement essayé de suivre à la trace, et de fort loin, sur les voies ouvertes, sur les routes de l'esprit algérianiste et de la fidélité africaine, vous savez, certes, que la jeunesse au moins du souvenir s'est maintenue chez celui qui est devenu aujourd'hui un aussi " vieux camarade " que vous le fûtes, et qu'elle s'y perpétuera jusque dans l'éternel Royaume des Consciences.

Jean BOGLIOLO

BIBLIOGRAPHIE

L'auteur du travail qui précède et de celui qui suit, tout en puisant dans certains souvenirs personnels et en recourant à ses impressions propres, a utilisé l'"Anthologie des poètes français contemporains" (par G. Walch - Ed. Delagrave, Paris 1930), ainsi que quelques pages de la revue " L'Algérianiste ". II s'est surtout inspiré du numéro spécial de la revue " Afrique " consacré en 1951 à Robert Randau.

Pour établir clairement une bibliographie des œuvres de l'écrivain, il convient de distinguer la partie proprement littéraire et la partie proprement scientifique.

I - OEUVRES LITTERAIRES

1896: Rabbin (en collaboration avec Sadia Lévy) : roman - Havard -Paris.
1898: Les Dires de celui qui passe : poésies - Jourdan - Alger.
1899 : Autour des Feux de la brousse : poésies - Jourdan - Alger.
1902: Crépuscules au cabaret: poésies - Jourdan - Alger.
1902: Onze journées en force (en collaboration avec Sadia Lévy) : nouvelles - Ed. ?
1908: Les colons : roman - Sansot - Paris.
1909: Les Explorateurs: roman - Sansot - Paris.
1910: Le Commandant et les Foulbé - roman - Sansot - Paris.
1911 : Les Algérianistes : roman Sansot - Paris.
1913: Celui qui s'endurcit : roman - sansot - Paris.
1920: Les Terrasses de Tombouctou roman - Le livre mensuel -Paris.
1920: De treize poètes algériens - Préface : " Pour une autonomie esthétique " - Ed. A.E.A.
1921: Cassard le Berbère: roman - Les Belles Lettres - Paris.
1922: Autour des Feux de la Brousse roman ? - Sansot - Paris (ou réédition ?).
1922: Le Chef des Porte-plume: roman - Le Monde nouveau - Paris.
1922: Les Explorateurs : roman - Sansot - Paris.
1922: L'Aventure sur le Niger : roman - Sansot - Paris.
1923: A l'Ombre de mon baobab: roman - Le Monde nouveau - Paris.
1923: La ville de cuivre: roman -Le Monde nouveau - Paris.
1923: La ville de cuivre: roman -Albin Michel - Paris.
1923 : Fantaisies sur l'Eternel : -Ed. ?
1925: L'Initiation de Reine Dermine (avec deux autres signataires ?) : Fasquelle - Paris.
1925: Le Grand Patron: roman -Albin Michel - Paris.
1926: Le Chef des Porte-plume: roman (réédition) Albin Michel -Paris.
1929: Diko, Frère de la côte: roman Albin Michel - Paris.
1929: L'Homme qui rit jaune: roman Albin Michel - Paris.
1931 : Les Meneurs d'hommes: roman - Albin Michel - Paris.
1933: Les Compagnons du jardin (en collaboration avec Abd-el-Kader Fikri) roman - Donat Montchrétien - Paris.
1933: Les terrasses de Tombouctou roman (réédition) - Soubiron -Alger.
1936 : Lucifer et son hôte : roman hors commerce - Guiauchain Alger.
1936: Des blancs dans la cité des noirs roman - Albin Michel - Paris.
1937: Sur le pavé d'Alger: Fontana Alger.
1938 : Le Professeur Martin, petit bourgeois d'Alger: roman - Baconnier Alger.
1939: Xavier Coppolani le Pacificateur souvenirs - Imbert - Alger.
1945: Isabelle Eberhardt: souvenirs - Charlot - Alger.

II - OEUVRES SCIENTIFIQUES

Les oeuvres non proprement littéraires ont paru sous le vrai patronyme d'Arnaud.
1896: La notion du crime chez les musulmans (Revue Internationale de Sociologie).
1900: Vocabulaire de la langue Peuhl et divers dialectes (Revue de la Société de Géographie d'Alger).
1901 : Les monuments mégalithiques d'Es-Snam (Imprimerie Nationale).
1906: Précis de politique musulmane (pays maures de la rive droite du Sénégal) - Alger.
1907: Un Chérif marocain enterré à Sansanding (bulletin de la Société de Géographie de l'A.O.F.)
1912 : L'Islam et la politique française en A.O.F. - Paris.
1921 : Notes sur les montagnards Habé (Revue d'Ethnographie).
1922: Le dernier épisode de la conquête du Soudan français (l'Afrique française).
1923 : Les Habé de la boucle du Niger (Revue d'Anthropologie).
1924: Manuel du parfait explorateur Baudinière - Paris.
1929: La littérature coloniale hier et aujourd'hui (Revue des Deux Mondes).
1930: Le voyage d'un bon jeune homme aux savanes des trois Volta (Grande Revue).
1932 : Les formes anciennes de l'esclavage dans la boucle méridionale du Niger - Donat Montchrétien - Paris.
1932: Préface à " Empire du Mogho Nabab ", de Dib - Delobsom Donat Montchrétien - Paris.
1934: Le Statut des indigènes convertis ou évolués en A.O.F, (Outre-Mer).
1934 : Les genres de vie -Atlas historique, géographique, économique de l'Algérie - Horizons de France.
1934 : Préface aux " Secrets des sorciers noirs ", de Dib - Delobsom -Emile Nourry - Paris.
1934: Les Yarcé (Revue d'Anthropologie) 1935 : Moeurs et coutumes tunisiennes Atlas historique, géographique, économique de la Tunisie -Horizons de France.
1935 : La Tunisie du passé - Horizons de France.
1935: Beautés naturelles et richesses artistiques de l'A.O.F. (Art vivant).
1937: Aperçu général sur la magie et la sorcellerie africaine au contact de la civilisation européenne (Outre-Mer).
1938 : Les rencontres de l'homme blanc et du dieu fétiche (Age nouveau).
1939: Le Pacificateur de la Maurétanie (Revue des Deux Mondes -Avril).
1940: La Femme dans la société africaine - Paris.

III - ADDENDA

II est à remarquer que les deux bibliographies ("Anthologie" Walch - et " L'Algérianiste " par Mme R. Arnaud), si elles se complètent parfois, se contredisent souvent. En particulier la bibliographie scientifique n'a rien de " scientifique " : il y a trop de lacunes dans les références (genre précis de l'ouvrage, même pour les oeuvres littéraires, date et lieu d'édition, imprimerie ou éditeur, numéro et page pour les revues). Je ne dispose pas sur place des moyens nécessaires pour combler les lacunes ou rectifier les erreurs éventuelles. De nombreuses revues ont publié de Robert Arnaud et Robert Randau quantité d'articles littéraires et scientifiques articles autres, revues autres que ci-dessus signalés : Erihala ; Les Annales africaines, la Revue francomusulmane et saharienne, La Vie, Le Monde Moderne, Afrique, l'Afrique du Nord illustrée, La Grande France...

Ne connaissant pas l'ouvrage "Hommes et Destins", j'ignore si la notice du tome I consacrée à " Robert Arnaud, dit Randau " par Paule Brasseur et Oswald Durand est complète et satisfaisante. Sauf Albin Michel, les maisons d'édition n'existent plus. Albin Michel n'a point réédité les oeuvres de Randau, qui sont donc pratiquement introuvables, ainsi, sans doute, que la plupart des articles sauf, la chance aidant, en quelque librairie ou bibliothèque spécialisée ou privilégiée. Cependant " Les Colons " et " Les Algérianistes " ont reparu dans la collection " L'Algérie Heureuse " (1979 - Laffont).
Par ailleurs il est possible d'ajouter au recensement précédent les titres suivants
1906: La singulière légende de Séninkés - Paris.
1924: Notes sur la magie et la sorcellerie à Saint-Louis du Sénégal (Revue d'ethnographie et des traditions populaires).
1937: Statut des indigènes convertis ou évolués en A.O.F. (date donnée par M. Hardy ex-recteur de l'Université d'Alger et membre de l'Académie des Sciences Coloniales - mais Mme Randau donnait 1934 - cf. " Afrique " N°238, Janvier 1951).
Quoiqu'il en soit de tout cela, il conviendrait (plaise au ciel !) qu'un jour à venir un " chercheur et curieux " puisse, dans les bibliothèques de France et d'Algérie (à Paris à Alger surtout), et aussi auprès des membres de la famille Arnaud, dans les archives personnelles, effectuer avec sérieux et compétence les recherches nécessaires pour aboutir à une mise au point définitive de la question. Jusque là il n'y aura rien de solide!

Jean BOGLIOLO

In l'Algérianiste n° 43 de septembre 1988

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