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Vie et œuvre de Marcello-Fabri

Écrit par Mario FAIVRE. Associe a la categorie Ecrivains algérianistes

DIX SEPT JUIN 1889, Marcel-Louis Faivre, qui deviendra Marcello-Fabri naît à Miliana. Ses parents, ses grands-parents, Faivre, Régnier, Beausang, sont de vieille souche franc-comtoise. Pionniers de l'Algérie Française ils ont fondé sur les contreforts du Zacca près de Miliana, le village de Vesoul-Bénian. Famille qui cultive à la fois la terre et l'esprit, aime apprendre et savoir, fidèle à la mémoire comtoise, absorbée, passionnée par le nouveau pays qu'elle contribue à créer, se transmettant poésie et musique grâce aux violons apportés et religieusement conservés.

Marcel Faivre a sept ans quand ses parents viennent résider à Alger, dans la toute nouvelle rue Mogador. Ses études se poursuivent brillamment. Il est au Grand Lycée en seconde à quinze ans quand son père, ancien cuirassier de Reichshoffen, qui est âgé de 65 ans, meurt. Les responsabilités de la vie, qui sont déjà une des formes profondes de son caractère, lui apparaissent alors dans toute leur acuité. Ne voulant pas demeurer à la charge de sa mère et de ses frères, de beaucoup ses aînés ; désirant aussi - autre aspect fondamental de sa nature - son indépendance, il poursuit ses études tout en gagnant sa vie.

Déjà il écrit des poèmes, des récits.

Le jeune écrivain

Dès dix-sept ans Marcel Faivre collabore aux journaux et aux revues d'Alger dans les colonnes culturelles. Cet amoureux de la langue française à laquelle, dès l'enfance, il a voué un culte, prend à l'occasion de la publication, en 1909, de son premier ouvrage " Hallucinations ", le pseudonyme de Marcello-Fabri. Hommage à son espoir de paix universelle où l'Espéranto apporte sa contribution, aussi pour concrétiser l'absorption du descendant de Franc-Comtois par ce qui irradie violemment en lui : le soleil, le rivage, le port, la cité, la truculence et l'osmose des races, la Méditerranée, Alger.

" Alger la nuit ! Vu du port par un soir splendide. Tel qu'on en rêve ! Les chapelets lumineux des boulevards, les files des réverbères des rampes, l'émerveillement de toutes ces petites vies nocturnes qui formaient, atomes, la vie de la ville entière, et magiciennes généreuses, mettaient un peu de leur splendeur vivante aux eaux mortes de la baie ! " . " La Force de Vivre ", premier roman de Marcello-Fabri, écrit entre 1909 et 191, paru en 1919. " Chacune de ses phrases est éclatante, leur union forme des pages de douceur et de grâce... La plénitude du prosateur Marcello-Fabri est faite d'opulence singulièrement variée et d'une puissance synthétique qui les domine et les harmonise. " écrit Han Ryner. Poète, écrivain, chroniqueur d'art, journaliste, pamphlétaire, peintre, musicologue, Marcello-Fabri, comme les autres artistes de son époque à Alger - ses amis - fut avant tout un produit de cette si prenante civilisation artistique de ce début du siècle, de l'autre côté de la Méditerranée.

D'une capitale à l'autre

Tout naturellement vint à ce créateur d'art amoureux en esthète de ce qui avait été pour lui, comme pour ses amis capables de comprendre et d'absorber, un admirable berceau de vie, l'idée rapidement concrétisée de faire mieux connaître à Paris, la capitale des Arts, les superbes aspects juvéniles et ensoleillés de l'Art d'Alger, dont il était déjà, à vingt ans, l'un des animateurs et des inventeurs.

En 1909, premier séjour à paris. Après la publication " d' Hallucinations " la même année, Charles Fuster écrit dans " L'année Poétique " : " Marcello-Fabri est un poète très moderniste, dont l'œuvre est infiniment colorée et musicale ". A Alger, où Marcello-Fabri retrouve ses amis qui seront ses compagnons de vie - le peintre Augustin Ferrando, le poète et esthète Albert Tartes, le sculpteur Emile Gaudissard, Jean Pomier, le compositeur Charles Berlandier, Alfred Rousse, le peintre Thomas-Rouault - se développe, au cours de ces années qui précèdent la première guerre mondiale, le riche tissu de multiples créations artistiques : littérature, peinture, sculpture. A la fois à l'aise dans le soleil de la Cité, et déjà un peu à l'étroit, élan bordé par le rivage aimé.

1911, long séjour de Marcello-Fabri à Paris, contacts d'estime, d'amitié, de travail en commun avec René Ghil, Paul Fort, Paul Adam, Lacaze-Duthiers... : Retour à Alger en 1913, une liaison s'est agencée entre les deux capitales. Echanges d'articles, de communications, de publications. Souvent en compagnie d'Augustin Ferrando, Marcello-Fabri peint la baie, les hauteurs d'Alger, le Sahel. Période féconde, à la fois heureuse et tourmentée de " L'Homme qui devient Dieu ", '' Cet hymne aux ailes d'or '', selon Vigné d'Octon.

En 1915, mariage du poète avec Geneviève Germain, qui a dix neuf ans. Née à Blida, d'une famille de pionniers défricheurs de marais de l'ouest Mitidja. Dès l'âge de deux ans, à Ameur-el-Ain Geneviève Germain est terrassée par de violentes attaques de paludisme déclenchant une tuberculose osseuse. Soignée avec opiniâtreté elle surmonte son mal mais reste infirme, souffrant de coxalgie avec ankylose de la hanche. Très instruite, lettrée, musicienne, elle demeure auprès de Marcello-Fabri d'une attention et d'une volonté sans faille, ainsi que l'auteur discret d'essais philosophiques.

1919, Marcello-Fabri s'installe à Paris avec son épouse. Il y fonde et poursuit la publication de " La Revue de l'Epoque ". Dans la capitale il se consacre à l'œuvre qu'il a entreprise, dont l'idée initiale est la pitié et l'amour ; le but, faire comprendre et aimer la vie. Il publie le poème " La Folie de l'Homme ", '' Un troisième Faust '', pour Sébastien-Charles Leconte. En 1921 parait " L'Inconnu sur les Villes ", roman-sans-personnages où les foules du XXe siècle occupent la scène da monde.

1922, " La Messe d'Art ".

" Quelle attitude autre que mystique serait assez haute pour l'artiste en présence de l'œuvre à accomplir '', préface l'auteur.

" Elève-toi au dessus de toi-même et déborde l'horizon

'' Agrandis de ton infini

" le champ infime de l'espoir-espace dit l'orgue dans l'introït...

1925, une pièce de théâtre, " Le Génie camouflé "... " mouvement perpétuel dans une roue d'écureuil, sans que la roue avance d'un pas et cependant je vous assure que le mouvement sur place est toujours frénétique ", écrit G. de Pawlowaki. Oeuvre étonnante dans tout le sens du terme. Kafka ? Pirandello ? Originalité, puissante personnalité de Marcello-Fabri. Guignolade, tragi-comédie psychologique empreinte de tristesse ? Très en avance ! Trop sans doute ! Séduisant un vieux chercheur comme Lugné Poé qui la présenta au Théâtre de l'œuvre à sa façon du Théâtre Libre. Si Marcello-Fabri avait beaucoup d'amis à Paris, il avait irrité les vanités de bien d'autres par les critiques de sa plume acérée. L'échec fut retentissant. La pièce tomba sous les huées... de ceux qui se vengeaient sur l'auteur dramatique de la noblesse de l'homme et des nouveautés apportées dans tout domaine où abordait l'écrivain.

Retour aux sources

Alors Marcello-Fabri décide de retrouver ce qui est demeuré le berceau de son art et de son âme : Alger.

La séparation, durant ces années, avait souvent été durement ressentie par le poète. Davantage peut-être que la cabale de petits clans littéraires qui, pensait-il, le libérait de Paris. Durant ce temps d'exil, il avait écrit, pour lui-même, '' Nostalgérie '', poème qui ne paraîtra qu'en 1938, dans le recueil " Les Chers Esclavages ".

Au cours de ce long poème, intime, Marcello-Fabri chante ce qu'il aime :

" La ville blanche est un losange enamouré
" comme le ventre ensommeillé d'une odalisque.
" L'amirauté, toute dorée, en plein soleil,
" me fait penser à des-sultanes-vétues-d'or
" dont les paons accourus par la darse turquoise
" envoient leur roue en dais pour tâpisser le ciel...
" La baie incurve sa rotondité mobile
" et les voiles triangulaires la mensurent...

Plus loin

" - Alger, je t'ai rêvée ainsi qu'une amoureuse
" toi parfumée, et soleilleuse, et pimentée;
" tu es plus belle encor d'être si loin, la pluie
" d'ici, la pluie habille comme une magie
" le gris du ciel, avec-tout-l'or-de-ton-soleil...

Encore

" Jacarandas mélancoliques, bougainvilles,
" plus somptueux et chauds qu'un tapis de Rabat,
" comme vous êtes moi, comme vous m'êtes frères.
" lorsque le soir teinté de profonde amertume
" descendait aux coteaux qui chevauchent la ville,

" j'ai vu, jacarandas ,pendre vos chevelures…."

Quel commentaire après la lecture de ces vers enchanteurs, émouvants pour ceux qui comme lui ont " connu " ; sinon relire, avec l'émerveillement du souvenir... ?. De retour à Alger, Marcello-Fabri a retrouvé son rivage et ses amis. Il est resté en contact avec ceux de Paris qui lui vouent un attachement sans faille : Alexandre Baillot, Marcel Batilliat, Marc Georges Mallet, d'autres écrivains, professeurs, esthètes ; aussi Émile Gaudissard, Paul Achard, André Tabet, ses amis d'Alger partis comme lui à l'assaut de Paris.

Dans sa villa du Mont-Hydra, le poète, l'écrivain, le penseur travaille avec acharnement dans la solitude. Sous sa plume naissent la plupart des poèmes des " Chers Esclavages " ; il termine son roman " Puissances de la Foi ", entreprend son ouvrage d'essais " OEdipes sans énigmes ".

L'homme d'action qu'il a toujours été se concrétise dans la création de domaines agricoles. Sa réussite sur le plan matériel est rapide. L'homme est à la fois très social et excellent administrateur. Marcello-Fabri y trouve-t-il le bonheur ?

" Ah ! rêver d'être dieu...
" Et choisir d'être chien
" toi qui n'as jamais su déserter pour l'espace
" le-champ-aride-des-devoirs-quotidiens

(" Les Chers Esclavages ", ''Blasphématoire'') Solitaire dans sa création artistique, Marcello-Fabri est disert et souvent enjoué avec ses amis. Cénacle très vivant, conversations animées, exégèse d'œuvres, lecture de poèmes. Le peintre Augustin Ferrando, le poète Albert Tustes, le romancier Robert Migot, l'éminent Robert Randau, le compositeur Charles Berlandier, Jean Pomier, poète et critique d'art, l'esthète Alfred Rousse, le professeur Henri Jahier, l'écrivain, le lettré Abdelkader Fikri, le sculpteur Pouvreau-Baldi, les peintres Famin, Aglietti, Assus, bien d'autres sont là ; ils aiment et honorent Marcello-Fabri. Ensemble, sous l'impulsion principale d'Augustin Ferrando, ils créent la Fédération d'Algérie des travailleurs intellectuels. Marcello-Fabri en est élu président. Beaucoup d'adhésions, de tous horizons des arts. Écrivains, peintres, sculpteurs, journalistes, décorateurs, ferronniers, ébénistes, mosaïstes, potiers, se rejoignent dans cet effort de promotion et d'aide mutuelle. Réunions, discours, expositions, publications, ce mouvement local est nécessaire. Alger est encore assez isolé de la métropole dans le domaine des arts. Conviés à ces colloques beaucoup se sentent moins seuls. Cette fédération rapproche aussi Oran et Alger. Cependant, à Paris, celui qui avait créé et animé " La Revue de l'Époque " n'est pas oublié. Le grand poème ''Roman de l'âme '', que Marcello-Fabri vient de terminer a été publié dans la revue " Le Mercure de France ". Beaucoup de succès, d'échos laudateurs. Émile Gaudissard, installé à Paris, très en vogue ; l'agrégé de lettres Alexandre Baillot, le journaliste et romancier Paul Achard, Marcel Batilliat, d'autres, le pressent de reprendre dans la capitale l'effort entrepris et jamais abandonné : aider à promouvoir un rapprochement artistique entre Alger et Paris, travailler à faire mieux connaître dans la capitale les créations d'Art qui se multiplient dans les villes d'Algérie.

Dernier séjour parisien

1937, Retour de Marcello-Fabri à Paris. Il fonde " L'Age Nouveau " ; revue littéraire, artistique, philosophique où trouvent place les publications d'artistes des deux côtés de la Méditerranée. 1938, Publication des " Chers Esclavages " " ... ces vers sont de la poésie délivrée... " Abel Bonnard, " un admirable ensemble lyrique..." Fernand Mazade, Paul Valéry, Tristan Klingsor, Philéas Lebesgue, André Foulon de Vaulx, Louis Bertrand, Louis de Gonzague-Frick, J.H. Rosny jeune, ... de très nombreux et importants articles de presse saluent l'œuvre, expriment leur admiration à l'auteur.

Il en est de même pour le roman " Puissances de la Foi ", publié quelques mois plus tard aux Éditions du Mercure de France qui rééditent " La Folie de l'Homme ". 1939, Le jeune écrivain Charle-Richard Grassi produit une remarquable " Introduction à l'oeuvre de Marcello-Fabri ". La préface est de Charles Taillant, recteur d'académie honoraire, qui fut professeur de lettres de Marcel-Louis Faivre au grand lycée d'Alger.

" ...La vie, comme l'œuvre de Marcello-Fabri, est un acte de foi sans cesse renouvelé, l'affirmation énergique qu'une volonté exigeante l'anime et le décide. Je sais la prodigieuse ambition de son esprit et la ténacité avec laquelle il exécute un immense programme de production : orgueil de sa part, vanité de s'affamer égal aux plus grands ? Non pas, mais acte de volonté de quelqu'un qui de son extraordinaire lecture, de ses investigations approfondies dans les domaines les plus divers, de ses méditations, a tiré des jugements et des vues personnels ; il croit de son devoir de poète, de philosophe, de romancier, de critique, de les exposer et de les faire admettre, comme il a cru de son devoir de fonder, dans le même dessein, cette Revue, l'Age Nouveau, si active, si vivante, si largement conçue, si libéralement ouverte. "

" L'Age Nouveau ", par sa qualité et sa diversité, est une réussite. Il contribue avec bonheur à relier les deux rives. Par ses articles il aide le folklore si coloré et exubérant d'Alger à se faire mieux connaître à Paris où " L'Homme de Mer ", histoire d'un enfant de Bab-el -Oued qui ''monte '' à Paris, de Paul Achard, et " Rue de la Marine " d'André Tabet, rencontrent un franc succès. Le cercle des adeptes métropolitains s'agrandit; de nouveaux collaborateurs, beaucoup d'adhésions et d'abonnements. Les Académiciens Concourt, Édouard Dujartin, Jean AjaIbert, sont les amis de tous les jours de Marcello-Fabri. Pourtant les servitudes de Paris pèsent sur le poète. Il s'en délivre en écrivant la plupart des poèmes du recueil " De l'ile Déserte ".. Évasion philosophique, pessimisme aussi d'une lucidité qui perçoit l'imminence de la, catastrophe : " Les arbres les oiseaux leur concert d'innocence au fond de toi pourquoi plus rien ne chante plus ".

Fin du voyage et grandes créations

Le désastre, le déclenchement de l'immense conflit qui couvait est devenu inéluctable. Fin août 1939, Marcello-Fabri est revenu Alger, auprès de ses dieux lares : sa ville, son rivage, son soleil, maison. La guerre éclate. Comme bien d'autres il n'en est pas surpris, mais son amour de la paix, n'ayant d'égal que son refus du nazisme, il souffre intensément. Ses amis sont là. Chacun se réconfortant de la présence des autre. Réunions au Mont-Hydra, Jean Pomier donne lecture de son dernier poème ; Charles Berlandie, au piano ; ou concert de musique de chambre par des interprètes faisant partie de l'Orchestre symphonique d'Alger, qui aussi adhèrent à cette " Fédération de travailleurs intellectuels ".

Juin 1940. La défaite, l'invasion. Marcello-Fabri veut crier son désespoir au spectacle de sa patrie dépecée. Mais ses articles sont jugés trop violents. Ils ne sont pas de mise par les temps qui courent. Ils sont censurés.

Tout en conservant des liens étroits d'amitié fidèle avec ses compagnons, le poète se replie sui lui-même :

" la vigie invisible âme aux brumes salées
" la terre poursuivie et toujours en allée
" la face du maudit ricane en nos bruines ''
" boucanier-de-cosmos pirate d'absolu''
.( " De Ile Déserte ", ''Océans intimes'').

Marcello-Fabri quitte peu sa bibliothèque, son jardin parmi les cyprès, sous les eucalyptus. Travail littéraire acharné ses Essais, " Oedipes sans énigmes ", deviennent peu à peu ce qu'il considère parfois comme son oeuvre majeure. Une étude : " Regards sur le Destin des Arts ", " La Terre et les Miraculées " davantage qu'un roman, un essai sur l'histoire des civilisations et des mythes religieux,

Novembre 1942, Le débarquement allié en Afrique du Nord, que Marcello-Fabri espérait de toutes ses forces. Alger est la capitale de la France en guerre. Le poète, à nouveau homme d'action participe à l'effort de tous. Le Mont-Hydra, devient rapidement un cénacle oeuvrant au rapprochement des différentes tendances qui, toutes, luttent pour la libération de la patrie. Cependant Marcello-Fabri ressent profondément la catastrophe humaine provoquée par l'immense conflit. Il s'exprime dans deux recueils de Poèmes

" Notre Dame de la Chair ", et les " Cryptogrammes pour civilisés demeurés sauvages " :

" accent ni mot jamais n'auront d'équivalent
" pour le-monstre-univers en l'ïmpassible tombe...
" tu crois avoir créé - tes enfants chair-d'amour
" eux aussi sont voués-à-l'angoisse-inutile .

Au Mont-Hydra, souvent en compagnie de ses amis, le poète suit intensément les étapes de la Libération. Dès la victoire de nos armes il pense à regagner Paris,à reprendre la tâche interrompue de messager de l'art et de la culture entre Alger et Paris. Il comprend cependant le bouleversement qui s'est produit durant ces années maudites. Qu'est-il advenu du Paris d'avant -guerre ? Certain de ses amis de l'Académie Goncourt sont accusés de collaboration ; lui, l'anti-nazi viscéral, prend leur défense avec sa nature généreuse et son âme pure.

Mais le temps a fait son œuvre. La santé du poète a toujours été fragile. Les forces de Marcello-Fabri ont décliné.

" ...A présent voyageur courbé sous le ciel dur
" dédaigneux des anses faciles et des berges
" où trop de vase a prétendu mirer l'azur
" tu sais bien qu'à défaut de ta cavale vierge
" un vouloir obstiné t'emporte et te submerge
" Océan-sans-soleil, sans chimère et sans cris...
" tu suivras le chemin que tant d'autres ont pris
" et ta marche traînante un peu plus chaque soir
" inscrira tes faux -pas aux chemins sans espoir .

( " Les Chers Esclavages ", '' Vieux Thémes'')

Sa famille, ses amis l'entourent. Le 28 décembre 1945, une hémorragie cérébrale le terrasse, il meurt en quelques heures, les siens à son chevet. Son épouse Geneviève Marcello-Fabri, tant que ses forces le lui permettront-elle s'éteindra en 1974-poursuivra sans relâche son effort pour faire mieux connaître l'œuvre immense de Marcello-Fabri. L' " Age Nouveau " .reparaîtra, les oeuvres posthumes seront publiées.

La matière et l'esprit

Marcello-Fabri, pur et généreux produit du rivage qu'il aimait, avait toute son existence œuvré pour une réunion de la matière et de l'esprit ; alliant, surtout dans ses poèmes, la sensualité passionnée d'un enfant d'Alger à l'élan d'une âme éprise d'espace et de pureté. Au bout du long chemin de sa courte vie, la transmutation de la matière en esprit s'en est allée vers la lumière.

" Ame, ma sœur, va, dépouille notre puanteur,
" par toi-seule-elle-avait-vibré-d'amour-et-de-vie
" abandonne à présent ce lourd-vêtement-de-tristesse
" car voici l'heure revenue
" où ta lumière va pouvoir se replonger nue
" au sein d'un océan-d'innocence-infinie.

(" Les Chers Esclavages ", '' Roman de l'Ame '')

Mario FAIVRE

in l'Algérianiste n° 47 de septembre 1989

 

BIBLIOGRAPHIE

 

POEMES

Hallucinations
L'Homme qui devient Dieu (La plume).
Poèmes Synchroniques suivis de la Messe d'Art (Povolosky et C°).
Les chers esclavages (La Cité Nouvelle)
... De l'ile déserte (La Cité Nouvelle).
Cryptogrammes pour civilisés demeurés sauvages (La Cité Nouvelle).
Notre-Dame de la Chair (Ed. Hautefeuille, col. Caractères).

ROMANS

La force de vivre (Livre Mensuel).
L'inconnu sur les villes (Povolosky et C')
Visage du vice (Le Monde Nouveau).
Puissance de la foi (Mercure de France).
La Terre et les miraculées (La Colombe).

DRAMES

La folie de l'homme (Mercure de France).
Le génie camouflé (L'œuvre).
L'homme au cent deniers, (Conte) (Edition de l'Age Nouveau)

ESSAIS

Notre époque et notre art (L'Epoque).
Regards sur les Destins des arts (Cercle du livre).
OEdipes sans énigmes (Corrêa).

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