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L'Ecole nationale professionnelle de l'air d'Alger Cap-Natifou

Écrit par Pierre JARRIGE. Associe a la categorie Enseignement Technique


Vue partielle de l’Ecole nationale professionnelle de l’Air (ENPA) (col. Particuliére)


Le début

Une école d’apprentissage, où sont accueillis 250 jeunes mécaniciens démobilisés de l'Air, est créée en juillet 1940 comme une émanation des Ateliers industriels de l'Air (AIA) qui ressentent le manque de main-d'œuvre qualifiée. La ferme Gros où ils sont stationnés est le berceau de l'École.

Fin 1943, l'ingénieur en chef Jerrold, directeur de l'AIA, achète la ferme Homolle, un domaine de 77 hectares sur la commune de Cap-Matifou, pour implanter définitivement une véritable école: l'École nationale professionnelle de l'Air (l'ENPA).

Elle ouvre ses portes en novembre 1944 pour une promotion de 60 élèves et 150 nouveaux sont recrutés à la rentrée d'octobre 1945, alors que l'Assemblée nationale constituante vote le statut de l'École lors de la séance du 31 décembre 1945.

Le 29 avril 1946, Charles Tillon, ministre de l'Armement, accompagné du gouverneur général Yves Chataigneau, pose la première pierre de l'ENPA. Le colonel Jacques Martin, directeur de la Direction technique industrielle de l'Air en Afrique du Nord, a la charge de la construction dont l'architecte est le commandant Edmond Keller.

Ce sera un magnifique établissement moderne, situé aux portes d'Alger, dans un cadre agréable, avec un internat pour 500 élèves. Son parc et ses jardins en font l'école la plus accueillante d'Algérie avec un équipement complet en ce qui concerne les classes, les salles de dessin, les amphithéâtres, les salles de travaux pratiques et les installations techniques avec de vastes ateliers, de nombreuses machines outils, un parc d'avions, d'hélicoptères, d'engins spéciaux, de moteurs, de réacteurs et d'instruments.

Trois bancs d'essais de 100 à 1000 chevaux et une soufflerie complètent les laboratoires qui couvrent tous les besoins en métallurgie, métrologie, électronique, électrotechnique et traitements thermiques.

Le programme

Le « JO » du 22 juin 1946 publie le statut de l'École, entretenue par l'AIA depuis sa création: « L'École professionnelle de l'Air en Afrique du Nord est destinée à former, pour l'industrie aéronautique, des ouvriers spécialisés aptes à devenir contremaîtres, chefs d'atelier, agents d'étude et de contrôle, c'est-à-dire des techniciens constituant le cadre intermédiaire entre le personnel dirigeant et le personnel ouvrier. Elle prépare également au concours d'admission dans les écoles techniques d'un niveau supérieur. L'École professionnelle de l'Air est placée sous l'autorité du ministre de l'Armement. La durée des études est de trois ans, le régime de l'école est l'internat et le recrutement par concours. Une quatrième année d'étude, réservée aux élèves brevetés, est destinée au perfectionnement des élèves de certaines spécialités et à la préparation à certaines écoles. L'enseignement porte sur les matières suivantes: études générales - études techniques - études pratiques - études artistiques - éducation physique. L'enseignement donné en troisième année comporte une spécialisation selon le choix des élèves: machines outils, chaudronnerie, ajustage et mécanique, menuiserie d'étude, forge et fonderie, électricité et radioélectricité » .

En amont, se trouvent les Écoles pratiques d'Alger, de Constantine et de Dellys et l'École Chanzy d'Alger pour les élèves natifs, pour la plupart, d'Afrique du Nord.

Le régime de l'internat, avec une organisation disciplinée de la vie en commun, offre de nombreux avantages tant sur le développement physique que sur l'instauration d'une bonne camaraderie qui est un des traits essentiels de l'École.

Par ailleurs, l'École est ouverte, sur concours, pour accueillir 500 élèves en classe de 3e Technique industrielle en vue de l'obtention d'un CAP.

Dans ses sections technique industrielle, technique mathématique, technique aéronautique, techniciens d'études et de fabrications du S.T.A. et technique électronique, l'École prépare au baccalauréat technique mathématique, au concours de technicien d'études et de fabrication du S.T.A. et au brevet de technicien électronicien.

À l'origine, l'ENPA n'est destiné qu'à fournir des ouvriers qualifiés et des techniciens pour les AIA, mais la sélection du recrutement, la qualité des enseignants (personnels de l'enseignement technique et ingénieurs aéronautiques) et le suivi assidu de la scolarité, font dépasser le cadre de cette création. L'École devient un creuset de recrutement des différentes Écoles nationales: travaux aéronautiques, ingénieurs en construction aéronautique, météorologie, officiers de l'Air, aviation civile, travaux publics et mines.

Tous les élèves reçoivent une affectation à leur sortie. La préparation militaire obligatoire permet d'accéder aux EOR de l'armée de l'Air ou de l'Aéronavale.

L'encadrement

L'ancien élève Alain Viguier, dans son livre Un dernier parfum d'eucalyptus (Éditions des Écrivains), dresse un portrait réaliste du trio dirigeant. Le directeur, Raoul Malaterre « Profil d'aigle, oeil vif et verbe tranchant... Une convocation à son bureau était toujours vécue avec inquiétude », `Pochet, directeur des études: « Deux grands yeux bleus, ne laissant entrevoir aucune faiblesse, plantés dans une face large encadrée par un collier noir impeccablement taillé... Éternellement en costume trois pièces, ses imposantes mensurations participaient del'autorité sans faille qu'il exerçait, aussi bien sur les élèves que sur les professeurs ». Longhi, chef des travaux: « Adepte du beau langage, pourfendeur du solécisme, maître de l'imparfait du subjonctif, d'une extrême courtoisie... régnait contre toute attente sur le petit monde des ateliers de la technique qu'il enseignait... II en imposait par sa classe incontestable et sa culture que l'on devinait solide et étendue ».

 


Le personel de l'ENPA (coll. particulière).
Assis de gauche à droite: X, Raoul Malaterre (directeur), Pauchet (directeur d'études);
Debout: Pistolet (vaguemestre), X, X, Sebban, Lamoine (professeur d'anglais), Razeau (professeur d'élec-
tricité), Garcia (intendant), Trainard (professeur de français), Mandrillon (surveillant général).


La vie à l'école La vie des élèves se déroule dans un cadre riant avec des terrains de sport, un gymnase, une salle de fêtes et de conférences, un foyer, un cinéma, une bibliothèque, une aumônerie et un service médical complet.

Le potentiel athlétique d'un demi-millier de jeunes gens motivés par l'exercice physique est apprécié par la direction dans le souci permanent du rayonnement de l'Ecole. Des aménagements dans une scolarité particulièrement chargée, permettent aux élèves les plus sportifs de participer, les jeudis, aux compétitions scolaires et universitaires et de défendre, avec succès, l'honneur de l'École sur les terrains d'Alger et de sa banlieue. Les équipes, très compétitives dans toutes les disciplines, accumulent les titres et les coupes pour la plus grande satisfaction du directeur. En plus des baptêmes de l'air régulièrement organisés pour les élèves, l'encadrement et les élèves peuvent pratiquer le vol moteur, le vol à voile et l'aéromodélisme au sein du très actif Aéro-club de l'AIA.


L'atelier cellules (coll. particulière)

L'École accueille, durant l'été, des colonies de vacances parrainées par Air France et reçoit des soldats de l'armée de l'Air en permission.

De 1945 à 1962, cette belle réalisation, unique en Afrique, a formé plusieurs milliers d'élèves en treize promotions. La qualité du recrutement et de l'enseignement a permis à de nombreux élèves, parmi lesquels une majorité de Pieds-Noirs, de se retrouver aux postes les plus importants de l'aviation française, tant dans la direction générale de l'Armement que dans l'Aviation civile, l'Armée de l'air, la Marine ou l'industrie.


Pierre Jarrige

In ‘’ L’Algérianiste’’ n° 102,de juin 2003

Site Internet : www.aviation-algerie.com

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