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L'Institut agronomique d'Algérie

Écrit par Edgar SCOTTI. Associe a la categorie Enseignement Supérieur

Ecole nationale supérieure agronomique d'Alger

1905 - 1962

Depuis les temps les plus reculés, la science du sol était tenue en grande considération en Afrique du Nord.

Au temps de Carthage et de Rome, Columelle, écrivain romain, auteur d'ouvrages sur l'agriculture, qualifiait déjà Magon, agronome carthaginois, de "père de l'économie rurale".

Au Moyen Age, Ibn el Awam développe des connaissances très approfondies dans des manuels d'agronomie. Le Coran consacre bon nombre de versets à la façon d'épargner l'eau et de cultiver les sols.

Un pont de pierres sur l'oued Harrach

Dans une région de marais et de broussailles située à l'est d'Alger, les Turcs avaient érigé en 1697, sur l'oued Harrach, un des rares ponts de pierres existant en Algérie.

En 1724 un fort était construit. Le rôle de ce bordj el Kantara, le fort du pont, était double. Situé sur un mamelon dominant la rive droite de l'Harrach, il permettait, d'une part, de surveiller le pont de pierres et, d'autre part, de servir de base de départ pour les expéditions menées contre les turbulentes tribus de l'est de la Mitidja.

La Maison-Carrée

Dès 1830 les troupes françaises occupent le bordj el Kantara, position avancée en direction de l'est et lui donnent son nom: Maison-Carrée. En 1845, à la fin d'une série d'attaques, le séjour dans ce poste est marqué par la perte de nombreuses vies humaines décimées par le paludisme.

Dans son Voyage dans la Régence d'Alger en 1883, le capitaine Rozet décrit ainsi la situation:

"Le bordj est un carré de 85 m de côté, dont le pourtour est formé d'arcades, sous lesquelles il y a des mangeoires pour les chevaux, au milieu de ce carré, il s'en trouve un autre qui contient des écuries et des magasins à fourrage"

Autour de ce bordj, en particulier, au nord et à l'est, ce ne sont que zones de parcours "tout le terrain qui avoisine la maison-carrée est sec, inculte et couvert de broussailles. Les Arabes qui vivent dans cette contrée cultivent un peu... mais la plus grande partie du sol est inculte et sert de pâturages à leurs nombreux troupeaux. "

"Au sud, bordant à peu près le pied des collines de Maison-Carrée, s'étend le marais de l'oued Smar, avec une largeur moyenne de 700 m sur une longueur de plus de 5 km

Les fièvres

Tous les soldats valides sont employés à l'assainissement des marais voisins et les quelques colons audacieux qui ont mis à profit une certaine sécurité pour s'établir vers 1836 1838 au milieu des terres incultes, sont chassés par l'inexorable " fièvre ".

De grands travaux effectués vers 1841 font disparaître presque entièrement les marais de l'oued Smar, mais c'est seulement en 1880, quatre ans après une crue catastrophique de l'oued Harrach, que le gouverneur général fait construire un petit nombre d'habitations au lieu dit les Cinq-Maisons pour quelques rescapés dans la misère et pour trois ou quatre familles mahonnaises nouvellement arrivées.

Peut-être Maison-Carrée serait-elle restée un petit carrefour sans grande vitalité, si sa situation à 12 km d'Alger, à l'entrée de la Mitidja n'avait été bientôt remarquée par Bugeaud. Le 27 novembre 1862, le village de Maison-Carrée est fondé. Il abritera aussitôt un grand marché aux bestiaux.

La mise en valeur du territoire

Pendant ce temps d'éminents agronomes, comme A. Hardy, expérimentent des cultures susceptibles de participer à la mise en valeur de ce vaste territoire dont les caractéristiques climatiques les déroutent par leur diversité.

Des tentatives d'introduction de végétaux en vue de leur acclimatement, sont effectuées sur de petites surfaces du Jardin d'Essais du Hamma. Les résultats de ces tentatives furent variables et il y eut des échecs en raison d'un microclimat particulier à cette partie de la baie d'Alger, encaissée aux pieds d'un massif humide, au fond duquel coule l'oued Kniss avant d'arriver à la mer.

Une école d'agriculture

En 1880, une première école pratique d'agriculture est installée à Rouïba sur un domaine appartenant à M. Décaillet qui en assurera la direction jusqu'en 1900.

En 1905, un projet est établi par le docteur Trabut et Roger Marès, à la demande de De Peyerimhoff, directeur de l'Agriculture et de la Colonisation au gouvernement général. Proposé à l'adoption des délégations financières, l'Ecole d'agriculture de Rouïba est transférée sur le plateau de Belfort, à proximité des Cinq-Maisons; I'Ecole d'agriculture algérienne est née.

Après le conflit de 1914-1918, à l'initiative du directeur de l'Agriculture, M. Brunel, son collaborateur immédiat, M. Pierre Chervin, ingénieur agricole de Grignon, ancien directeur de l'Ecole coloniale de Tunis, sous-directeur de l'Agriculture au gouvernement général, réorganise complètement l'enseignement.

L'lnstitut agricole d'Algérie

De nouvelles chaires sont créées par M. P. Chervin, des laboratoires modernes bien outillés sont construits. A l'achèvement de ce programme, l'Ecole d'agriculture algérienne de Maison-Carrée, devenue Institut agricole d"Algérie, est habilitée par arrêté du 28 février 1921 à délivrer un diplôme d'ingénieur pouvant supporter la comparaison avec ceux délivres par les grands établissements d'enseignement supérieur agricole et de recherches de la métropole ou de l'étranger.

Situé à proximité immédiate d'un grand port de transit nord-africain au milieu de la grande route méditerranéenne, à égale distance de Gibraltar, de Malte et de Marseille, du canal de Suez et de l'Europe du Nord, l'lnstitut agricole est particulièrement bien placé. Alger était un port de relâche pour les nombreuses compagnies maritimes qui desservaient le Levant et l'Extrême-Orient.

En 1930, les deux domaines que possède l'lnstitut agricole à Maison-Carrée, ont une superficie totale de 135 ha.

Sur le premier, acquis en 1905, sont installés les bâtiments d'enseignement. Ce domaine est surtout occupé par les jardins, les cultures expérimentales, le vignoble de 25 hectares, la station botanique et le jardin maraîcher des Cinq-Maisons qui lui est rattaché.

Il est pourvu de bâtiments de ferme (écurie, vacherie, porcherie), d'un atelier de préparation des aliments, d'un silo à grains et fourrages, d'une cave, d'une basse-cour et d'un rucher.

Le second domaine, acquis en 1928, situé à l'Oued-Smar, est constitué d'une exploitation de 72 hectares, consacrée plus spécialement aux cultures industrielles et à l'élevages des bovins (viande).

Enfin, la direction de l'Agriculture a annexé en 1909 un important domaine de 450 hectares situé sur les hauts plateaux à 8erteaux (Ouled Hamla) sur la commune mixte d'Aïn-M'lila.

L'annexe de Berteaux, dont M. L. Gausserand fut le dernier directeur, permettait de donner aux élèves une exacte conception des conditions variables et des difficultés de la gestion d'une grande exploitation isolée sur les hauts plateaux, dans une région où il faut compter avec la nature ingrate des sols et l'irrégularité des pluies.

En 1930, I'lnstitut agricole était donc installé sur le plateau de Belfort qui domine la ville de Maison-Carrée comptant alors 12000 habitants. Avec ses laboratoires et ses champs d'expérimentation, il est situé au milieu d'une active région agricole, aux portes de la fertile Mitidja, à vingt minutes seulement du centre d'AIger.

Les élèves peuvent se rendre aux facultés par le chemin de fer (8 trains par jour dans chaque sens). L'institut est en outre relié aux diverses localités d'une splendide banlieue par des rames de tramways qui se succèdent toutes les vingt minutes, ainsi que par des autobus réguliers.

L'essor de l'école, son rayonnement

Après la crise économique qui frappe l'agriculture algérienne, la reprise qui se manifeste en 1937, ouvre des perspectives de relance des investissements.

Afin de subvenir aux besoins inhérents, au développement de la démographie, à l'irrégularité des pluies ou à l'interruption des relations avec la métropole durant le deuxième conflit mondial, tous les laboratoires conduisent des programmes de recherches conjointement à leur enseignement.

Tous les jours dans ce pays, des hommes constatent sur le terrain l'étendue et l'urgence des besoins alimentaires consécutifs à la forte croissance démographique. Aussi n'est-il pas possible de citer les noms de tous ceux qui, expérimentateurs acharnés et désintéressés ont essayé de nouvelles techniques, de nouveaux matériels, ou sélectionné, croisé, greffé ou introduit de nouvelles variétés ou espèces.

Devenu par arrêté du 22 mai 1946 Ecole nationale d'agriculture, l'lnstitut agricole de Maison-Carrée resta pour tous ces responsables lucides l'institut accueillant où des hommes de science attentifs répondaient à leurs questions et tentaient avec eux la recherche des moyens à mettre en œuvre ou des méthodes à appliquer pour améliorer leurs productions.

En 1961, I'lnstitut agricole accède au rang d'Ecole nationale supérieure agronomique, délivrant un diplôme d'ingénieur agronome (Alger).

Evolution de l'lnstitut agricole et conditions d'admissions des étudiants

L'évolution de l'lnstitut agricole d'Algérie s'est effectuée par étapes successives, étroitement liées à l'essor économique de l'Algérie.

1905 1920: Ecole d'agriculture algérienne (diplôme de l'école).

1921: L'école devient, par arrêté du 28 février 1921, Institut agricole d'Algérie, qui recrute par concours les élèves, parmi les jeunes gens ayant acquis une excellente formation générale dans les écoles primaires supérieures, les établissements d'enseignement secondaire ou dans les écoles professionnelles agricoles d'Afrique du Nord, de la métropole ou de l'étranger.

En 1930, des centres d'épreuves sont ouverts dans les villes suivantes: Alger, Oran, Constantine, Casablanca ou Rabat, Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Dijon Nancy.

Deux années, après le concours, les études débouchent sur la délivrance d'un diplôme de l'lnstitut agricole.

Après la mise en place d'un cycle de deux années d'études préparatoires effectuées, préalablement au concours d'entrée, dans les Iycées de l'Education nationale, la loi du 22 mai 1946 assimile Institut agricole d'Algérie aux écoles nationales d'agriculture de la métropole.

L'arrêté ministériel du 14 avril 1960 permet alors d'attribuer le titre d'ingénieur agricole aux titulaires du diplôme délivré à Maison-Carrée..

Enfin, le décret du 20 juin 1961, crée l'Ecole nationale supérieure agronomique d'Alger dont les élèves sont admis après un baccalauréat de mathématiques et deux années de préparation, sur un concours commun à toutes les écoles nationales supérieures agronomiques, Paris, Grignon, Rennes, Montpellier et Alger.

Les études se déroulent durant trois années passées à l'école et sont sanctionnées par un diplôme d'ingénieur agronome.

L'admission à l'lnstitut agricole d'Algérie parmi les grandes écoles de réputation internationale est le résultat d`actions opiniâtres menées pour vaincre les réticences, par M. l'lnspecteur général Barbut, la direction de l'école, le corps enseignant et l'association amicale des anciens élèves.

Le poids des sacrifices

Durant les deux derniers conflits mondiaux un professeur et soixante-huit élèves sont morts pour la France. De 1954 à 1962, les anciens élèves ont payé un lourd tribut à la subversion.

Certains sont tombés au cours d'opérations de pacification, mais un plus grand nombre ont succombé dans les postes avancés des fermes et des champs.

Après sept années de guerre, 40 victimes sont connues et leurs noms gravés dans le marbre du monument aux morts.

L'Ecole nationale supérieure agronomique d'Alger a, hélas! le triste privilège d'avoir le taux le plus élevé d'élèves morts durant des opérations de guerre.

La reconnaissance de la Nation

Après la guerre de 1939-1945, les anciens élèves de l'école comptent, un général de réserve, 193 officiers et 92 sous-officiers qui ont mérité 44 nominations dans l'ordre de la Légion d'honneur et 224 croix de guerre avec 358 citations.

Pour le comportement de ses élèves durant le dernier conflit mondial et pour les actions de recherches au service du pays, le ministre de la Défense nationale devait, le 5 janvier 1952, décerner la croix de guerre à l'Ecole nationale d'Agriculture d'Alger

Le transfert du monument aux morts

Lors de chaque fête nationale, I'lnstitut agricole, les étudiants, les anciens élèves, le corps enseignant et le personnel, se recueillaient autour du monument en présence du drapeau porté par Amar Kheredine. Pieusement rapatrié à l'initiative de l'amicale des anciens élèves, ce monument a été solennellement confié, le dimanche 25 octobre 1964, à l'école de Grignon.

En présence du ministre de l'Agriculture, M. I'lnspecteur général Barbut, MM. Deloye, Valière et le président de Tinguy entourés d'anciens élèves et de membres du personnel de l'Ecole remettaient le monument à M. Léon Der Khatchadourian directeur de l'E.N.S.A. de Grignon, et à l'amicale des anciens élèves de cet établissement. Malgré l'affluence, il manquait beaucoup de personnes à cette émouvante cérémonie et notamment le drapeau et son porteur.

La période 1945-1962

Avant même la fin de la guerre 1939-1945, sous la direction de M. Marcel Barbut, inspecteur général de l'Agriculture et de M. Gabriel Valière, secrétaire général, le programme de construction et d'aménagement est repris et se poursuivra sans interruption jusqu'en 1962.

Le professeur A. Dubuis, dernier titulaire de cette chaire, mettait à la disposition des étudiants une salle de microscopes, des collections de plantes ainsi que les herbiers et les flores des principaux sites de l'Algérie.

Ce laboratoire a apporté une utile contribution, notamment à la détection de variétés de céréales sensibles aux attaques de cryptogrammes comme le nuile (septoria graminéum et septoria tritici.

Au-delà d'un environnement particulièrement coloré au printemps, le jardin botanique rattaché au laboratoire avait été enrichi au fil des années de spécimens végétaux rares.

Au cours des quinze dernières années, le professeur Dubuis, MM. G. Chevassut et L. Ressort ont étudié la flore de l'Algérie et les principaux groupements végétaux.

Le laboratoire de sciences du sol

Le laboratoire de sciences du sol dispose de collections géologiques et pédologiques, de vases de végétation et de cases hysimétriques, auprès desquelles une station météorologique complète était installée.

Afin d'obtenir des résultats d'essais menés sur le terrain, le professeur Roseau et MM. Charles Bricheteau et Batz observaient sur des parcelles de vigne, les effets à long terme de plusieurs types de fumures sur les caractéristiques physiques et chimiques des sols.

La zoologie agricole et l'entomologie

De 1920 à 1931, l'Algérie a eu à subir les redoutables invasions des stauronautes marocains et des criquets pèlerins.

Depuis les années 1950, et en raison d'une vigilance soutenue, les invasions des acridiens ne constituaient plus un danger permanent pour les riches cultures de la zone tellienne.

Le laboratoire a apporté une précieuse contribution à l'étude des comportements du criquet marocain dociostanus marocanus et du criquet pèlerin schistocerca gregaria.

Après plus de trente années d'études, le professeur Pasquier, M. Zolotaremsky et par la suite MM. Piguet, de Luca et Mlle Morel avaient établi que la destruction des acridiens pouvait être obtenue par l'épandage d'appâts empoisonnés. Le laboratoire possédait un acridarium et des collections importantes d'insectes prédateurs des cultures en Algérie.

Les récentes invasion de criquets observées en 1986 jusque sur le littoral du Roussillon et du Languedoc permettent de mesurer l'ampleur et l'efficacité du travail réalisé par le professeur Pasquier et ses collaborateurs entre 1930 et 1962.

Le laboratoire d'agriculture

Installé à la station d'amélioration des plantes rattachée à l'lnstitut national de la recherche agronomique, ce laboratoire peut, à l'orée du XXle siècle, inscrire encore à son actif l'obtention de prestigieuses variétés.

En effet, M. Ducellier, et par la suite M. P. Laumont et ses collaborateurs se sont attachés à la sélection et à l'hybridation des lignées répondant aux besoins du pays. C'est ainsi que dans la décennie 1930-1940, le laboratoire a obtenu les grandes lignées Florencex Aurore, Pusa X, Florence 380 et 381 ainsi que les Mentana X Pusa, l'Oued Zénati 368 et son dérivé l'Oued Zénati 7687, plus résistant à la sécheresse. Par la suite, un hybride, n° 13953 de l'Oued Zénati et du blé Bouteille se distinguait par une précocité de quinze jours par rapport à celle de son ascendant.

Soucieux d'adapter des variétés rustiques à haut rendement, le professeur P. Laumont a multiplié la Mahon Demias à gros grains et à bonne résistance aux gelées des hautes plaines.

Entouré de collaborateurs comme MM. J. Erroux, Blanchard, Mourcet, Dauphin, Guet et Laby, le professeur Laumont disposait de champs d'essais situés sur le domaine de l'lnstitut agricole. Il appuyait également ses travaux sur des observations effectuées dans des stations expérimentales réparties dans toute l'Algérie ainsi que chez de nombreux producteurs désintéressés, entièrement acquis à la recherche comme M. A. Jarrige, pour la lentille blonde ou comme M. F. Arnolds d'Aïn Rouah, près de Sétif, pour les blés. Ces observations ont fait l'objet de nombreuses publications relatives notamment à la visite des champs d'expériences et à la récolte des fourrages ou sur le comportement des variétés de Sorgho sucré.

Le laboratoire d'agriculture a réalisé des travaux très importants sur les blés cultivés en Algérie et l'amélioration des rendements par le contrôle dès 1939 de 70 000 quintaux de semences.

Horticulture et arboriculture

Au laboratoire traditionnel, avec la serre et les collections, sont rattachées l'exploitation maraîchère et florale avec les parcelles expérimentales des Cinq-Maisons, ainsi que la station botanique située à l'extrémité d'une splendide et inoubliable allée de palmiers.

Riche de ses espèces et variétés fruitières les plus rares, la station botanique permet d'évoquer l'œuvre du docteur Trabut, du service botanique, auquel l'agriculture algérienne est redevable de nombreux travaux (1) et du professeur Maire, de la faculté des sciences d'Alger.

D'importantes collections végétales ont été constituées à la station botanique au moyen de variétés introduites de différentes régions du globe et notamment une collection complète d'aurantiacées.

La station botanique et les 7 hectares a par la suite, été modernisée par M. Perronne, puis par M. A. Coste, avec le concours de MM. J. Gagnard et R. Ducret, auxquels succédera M. S. Aïred.

Des systèmes d'irrigation modernes et variés permettaient de répondre aux besoins expérimentaux des arboriculteurs de la Mitidja toute proche, ainsi qu'à ceux des maraîchers et producteurs de tomates établis à l'est et à l'ouest de la grande agglomération algéroise.

Le laboratoire d'horticulture et d'arboriculture s'est également intéressé aux cultures florales et à la sélection des œillets et des gerbéras. L'un des collaborateurs de M. Coste a publié, en 1954, une thèse sur les caractères systématiques et sur les phénomènes de stérilité des variétés d'amandiers cultivés en Algérie.

Le laboratoire de viticulture

Pour les collections et les multiplications, le laboratoire disposait de trois hectares plantés en cépages à raisin de cuve ou de table, en producteurs directs et en pieds-mères.

Après le professeur Vivet et ses recherches sur la reconstitution des vignobles phylloxérés, le professeur Pierre Aldebert et MM. Orsat et Pourcharesse ont étudié la sélection, les cépages et les porte-greffes, ainsi que la fertilisation de la vigne.

Le laboratoire de chimie œnologie

Le professeur Fabre et ses successeurs ont amélioré, dans ce laboratoire, les méthodes de vinification qui devaient permettre aux vins d'Algérie de s'imposer par leur qualité sur le marché des vins de consommation courante.

Au-delà du statut viticole qui fixait des obligations communes à tous les vignerons, le laboratoire, dirigé par le professeur Brémond a formé de nombreux œnologues qui l'ont fait connaître et apprécier dans toute l'Afrique du Nord et à l'étranger.

La station d'œnologle d'Algérie cave expérimentale, dotée des aménagements les plus modernes, effectuaient les études sur les moûts et les vins d'Algérie.

Ces travaux débouchaient sur en place d'un véritable casier vinicole d'Algérie et permettaient de répondre aux différents problèmes posés par l'Institut technique du vin ou encore par l'Office international du vin.

A partir de 1949, la cave expérimentale, don de la famille Germain, constitue un outil précieux doté d'un outillage perfectionné.

Autour du professeur Brémond se trouvait une équipe d'œnologues composée de MM. J. Roubert, Coultoisier el Potentier et du caviste M. F. Roux.

La chaire de zootechnie

Le docteur Trourette fondait sa d'amélioration de la production animale sur la sélection des races locales et sur une meilleure utilisation des ressources fourragères naturelles. Son successeur, le professeur P. Jore d'Arces, poursuit son action en luttant contre les maladies, qui assaillent les troupeaux et met à profit les acquis de la science, pour développer avec le docteur R. Maupouné et ses collaborateurs (2), dès 1946, I'insémination artificielle des bovins.

Avec la création, en 1952, du Centre de recherches zootechniques et vétérinaires en Algérie, les possibilités du laboratoire sont encore accrues.

Après surélévation des locaux du laboratoire et extension au-dessus de la cave, animaleries et salles de chirurgie permettent d'effectuer des études sur l'alimentation, la biologie des maladies du bétail et des oiseaux de basse-cour, ainsi que sur l'histologie.

Le docteur R. Communal et Mlle Ch. Adrover apportent, en 1950, un importante contribution à l'étude des laines algériennes. Etude qui met en garde les éleveurs contre une tendance trop manifeste à négliger les problèmes lainiers. D'autres recherches concernent le comportement des ruminants sous climat chaud, le sevrage précoce des porcelets, les maladies des ovins et le diagnostic précoce de gestation.

Le laboratoire de technologie et de physique

Dès 1912, le professeur Foussat se consacre plus particulièrement aux recherches sur l'extraction de l'huile d'olive. Par la suite, le professeur Husson fait connaître le laboratoire en travaillant sur la conservation des fruits, sur la datte et sur la valeur des céréales. Plus tard, M. G. Ducellier réalise d'importants travaux sur la fermentation méthanique, le dosage des acides gras et la pluie provoquée.

Après d'importants travaux sur les farines et les semoules d'Algérie et sur les aptitudes à la panification des blés algériens, le professeur E. Beltran, MM. A. Ravisy et Rougieux ont apporté une utile contribution à la conservation des denrées alimentaires sous régime du froid en, liaison avec l'lnstitut du froid installé à Birmandreïs.

Le génie rural et le laboratoire de mécanique et d'électrotechnique

A l'origine de nombreuses innovations, les professeurs Bastet et Isman, ainsi que leurs collaborateurs MM. Locoste et Battarel ont respectivement monté ces deux laboratoires avec un hall de machines, une salle des moteurs, des bancs d'essais, des collections, une plaque tournante de présentation de matériel et surtout un secteur d'électronique rurale.

Entre 1938 et 1945, le laboratoire de génie rural a été à la pointe des recherches en ce qui concerne:

–la lubrification des moteurs avec des huiles végétales;

–la méthanisation des végétaux en vue de la production de gaz.

Cette avance a été conservée après la guerre, notamment dans les secteurs de la production d'énergie renouvelable. Le laboratoire de mécanique et d'électrotechnique disposait d'une cuverie de production de 300 m3 et d'un gazomètre de 200 m3 avec station d'épuration et de compression. La batterie des cuves réalisée par MM. Ducellier et Isman fournissait en continu de l'énergie thermique sans la consommer.

Longtemps après la fermeture des installations de l'lnstitut agricole, la production, l'épuration, le stockage et l'utilisation du gaz de fumier conservent toujours leur intérêt en période où les énergies non renouvelables provenant des gisements pétroliers sont, pour différentes raisons, rares et chères.

La chaire d'économie rurale

Un des derniers bâtiments érigés (1959) en bordure de l'allée centrale, après la cave de l'exploitation agricole, abritait le laboratoire de recherches économiques et sociologiques appliquées à I'agriculture algérienne.

Dans ce laboratoire, le professeur André de Cambiaire et ses collaborateurs, MM. Léger Jean, Tassin, Mazenc et Châtaigner ont notamment étudié la situation financière, économique et sociale des paysans d'Algérie.

Leurs recherches couvraient plus particulièrement la production agricole des zones défavorisées des hautes plaines et des hauts plateaux

Des laboratoires modernes et une cité universitaire

En 1959, deux laboratoires de biologie végétale et de biologie animale ont été construits sur l'emplacement d'un ancien hangar de la ferme de Belfort. Ces deux laboratoires devaient être affectés à la section d'agriculture africaine annexée à l'Ecole nationale supérieure agronomique d'Alger.

Enfin, à proximité de cet ensemble et sur une ancienne parcelle de vigne située à proximité de l'ancienne voie ferrée des C.F.R.A., une cité universitaire de 1 000 chambres était destinée à accueillir, dès octobre 1962, les étudiants des écoles supérieures d'ingénieurs de Maison-Carrée.

L'exploitation agricole

La vigne et l'élevage constituent les deux productions de base. Une étable avec des vaches laitières alimentées à l'aide de grains et de fourrages verts (trèfle d'Alexandrie) et conservés (ensilage de maïs). Dès 1947, une machine à traire est installée, elle fonctionnera sans interruption bien au-delà des années 1970.

Dirigée par M. Léon Gausserand, l'exploitation agricole, même si elle ne peut offrir qu'une gamme de productions limitée par la nature argileuse du sol, apporte cependant une utile contribution à l'enseignement.

La vigne à vin et à raisin de table procurait des recettes importantes, mais les produits de l'élevage tendaient à passer au premier plan. C'est ainsi qu'après la ferme Favier, a été édifiée en 1961 la ferme d'élevage d'EI Alia, selon des conceptions modernes, stabulation libre, avec contrôle laitier effectué selon les normes du comité fédératif national, production de géniteurs Yorkshire large white, croisement d'absorption de brebis de race Tadmit par Mérinos de l'Est en vue de la fourniture ultérieure de géniteurs.

L'exploitation agricole, comme l'exploitation horticole, mettait à la disposition des étudiants des éléments d'observation et de réflexion, qu'il s'agisse des terres des investissements (irrigation et autres améliorations foncières, constructions et aménagements, matériels), du cheptel vif (contrôle laitier ou de celui de la qualité des carcasses de porcs et de bovins) et des moyens de production, des techniques culturales et des récoltes, qu'il s'agisse aussi des multiples éléments d'information utiles à l'économie rurale (gestion, comptabilité, prix de revient), les élèves avaient constamment auprès d'eux des exemples concrets.

Aussi était-il fréquent de voir des groupes d'élèves venir en compagnie d'un enseignant, ou même librement après les cours, suivre les travaux de traite, d'ensilage, de labour, de soins aux animaux ou de traitement des cultures.

L'lnstitut agricole: un village dans la ville

Dans les années 1960, les anciens marais qui entouraient en 1840 la Maison-Carrée étaient oubliés. Une ville de 80000 habitants s'étendait de part et d'autre de l'Harrach, constituant ainsi le 10e arrondissement du grand Alger.

Dans les laboratoires, les services administratifs, I'atelier et les exploitations, des hommes et des femmes de toutes confessions travaillaient dans une entente parfaite.

Venus très jeunes de leur douar natal, travailler à l'lnstitut agricole, des conducteurs de tracteurs avaient pu accéder à des emplois de mécanicien, de caviste demandant intelligence et qualification. Des familles attachées à leur emploi, à leur maison et à leur jardinet s'étaient ainsi constituées.

Si, au cours des événements tragiques qui ont marqué l'Algérie de 1954 à 1962, I'lnstitut agricole a vécu des jours dramatiques, il n'y eut heureusement aucun drame, aucun affrontement.

Il régnait à l'école et sur les exploitations une confiance et une solidarité qui ne se sont jamais relâchées et qui se sont même développées grâce à des actions initiées par Mme Deloye.

Dans les périodes les plus critiques cette solidarité se concrétisait notamment par des sorties de nuit pour porter aide à un malade ou à une accouchée. Tandis que les exactions ne se comptaient plus sur les chemins vicinaux qui traversaient les exploitations entre le Retour-de-la-Chasse et l'Oued-Smar.

Les familles qui vivaient ainsi dans ce gros village partageaient de façon inoubliable peines et joies de tous sans aucune distinction.

Aussi convient-il de citer les familles Ben-Zekri, Blidi, Bouali, Merouani, Nedjari et Hamza, particulièrement celle de M. Amar Hamza, ancien combattant du C.E.F. en Italie puis en France dans les Vosges. M. Amar Hamza était connu et apprécié de toutes les promotions qui se sont succédé à l'lnstitut agricole de 1946 à 1962.

Un bilan éloquent

Depuis sa création en 1905, I'lnstitut agricole de Maison-Carrée a formé 1.600 ingénieurs qui ont assuré le rayonnement de l'école en Afrique de Nord, en métropole, en Afrique noire et dans les territoires du pourtour de la Méditerranée (Grèce, Syrie, Liban, Israël) et jusqu'en Amérique et en Indochine.

Les anciens élèves sont toujours groupés dans une association qui continue à vivre, d'une part, dans le cadre de l'Union des ingénieurs des écoles nationales supérieures agronomiques (3).

Aujourd'hui, un quart de siècle après sa fermeture, I'lnstitut agricole vit toujours, par ses ingénieurs que l'on retrouve dans les grands corps de l'Etat, à la tête des régions en qualité d'ingénieurs généraux du ministère de l'Agriculture, dans l'enseignement et la recherche. Certains sont devenus d'éminents experts dont la renommée dépasse les limites de l'Hexagone. D'autres ingénieurs de Maison-Carrée président aux destinées d'entreprises du secteur agro-alimentaire ou de l'agro-fourniture.

Au sommet de la pyramide de l'enseignement et de la recherche en Algérie l'lnstitut agricole a joué un rôle important dans la formation professionnelle de stagiaires; 1800 pour le seul laboratoire d'œnologie.

Sous la direction de M. Marcel Deloye, qui a succédé à M. Barbut, inspecteur général de l'Agriculture, I'Ecole a encore étendu son rayonnement en abritant de grandes réunions ou rencontres avec des scientifiques de renommée mondiale.

Citons de mémoire, sans que la liste en soit exhaustive:

– des conférences sur les fourrages et la révolution fourragère, avec M. Der Khatchadourian;
– un congrès sur la production fourragère en zones steppiques;
–des entretiens et des visites sur la lutte contre l'érosion avec le professeur Lawdermilk et M. Monjauze;
– des colloques sur l'économie rurale avec MM. Cépède et de Cambiaire;
–des rencontres sur l'augmentation des ressources en eau et sur leur utilisation.

Il n'est malheureusement pas possible de citer les noms de tous ceux qui, par un travail acharné, ont contribué à la marche de l'lnstitut agricole. Cet article leur est respectueusement dédié.

Des scientifiques, des techniciens ont recherché pour les hauts plateaux des productions qui auraient pu, comme la vigne, fixer l'exploitant au sol et apporter de la prospérité à de vastes régions défavorisées. Cependant les méthodes de mise en valeur des terres de la Mitidja ne pouvaient pas être identiques à celles qu'il aurait fallu mettre en œuvre sur les hauts plateaux pour nourrir et faire vivre plus d'hommes, de femmes et d'enfants. Cela n'a pas empêché des scientifiques, des économistes, des hommes de terrain clairvoyants, de tenter de réduire l'érosion, de planter des arbres, de conserver l'eau pour cultiver plus de terre et répondre aux besoins alimentaires des populations. Ce qui était alors un objectif sur la route du progrès technique, économique et social s'est heurté aux obstacles dressés par l'histoire.

Aujourd'hui, le souvenir

Que reste-t-il aujourd'hui de ce village de l'lnstitut agricole, largement ouvert sur Belfort, Maison-Carrée et sur l'Algérie tout entière ?

–au-delà d'un monument placé au bord de la grande allée de Thiverval, de l'école de Grignon (Yvelines);

–au-delà d'un bilan éloquent, il reste les liens du souvenir et de l'esprit que rien ne peut rompre ou effacer.

Edgar SCOTTI

(1) Le regretté docteur L Trabut a, en particulier, participé à la vulgarisation de la clémentine, obtenue par le père Clément.
(2) MM. P. Grisolles et P. Teneroni ont été les précurseurs de l'insémination artiflcielle, en dépit des nsques consécutifs à une difficile contention des taureaux.
(3) Union nationale des ingénieurs agronomes (U.N.I.A.) depuis 1986.

L'historique de l'Ecole nationale supérieure agronomique de Maison-Carrée a été rédigé à partir des publications suivantes et notamment celles de ses trois derniers directeurs:
– M. Thomas directeur: Notice d'entrée à l'école en 1930-– M. Barbut, ;nspecteur général de l'Agriculture: I'lnstitut agricole d'Algérie;
– M. Deloye, directeur: Ecole nationale supérieure agronomique de Maison-Carrée (Alger, 1961)
– Documents et renseignements agricoles de la direction de l'Agriculture.
–Observations sur la visite des champs d'expériences de la station centrale d'essais de semence et d'amélioration des plantes de Maison-Carrée (Jean Erroux).
– Publication du laboratoire de zootechnie.
– Documents photographiques de l'lnstitut agricole.

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