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La période algérienne du peintre Armand Point

Écrit par Robert DORET. Associe a la categorie Peinture

Armand-Point-Autoportrait
Armand Point: « Autoportrait ». (1882)
            (fig. 1) (Coll. particulière).

Robert Doré, né à Charleville, a effectué de nombreuses périodes militaires en Algérie de 1958 à 1962.Il est marié à une Française d’AIgérie originaire de la région de Bône. Élève de l'École du Louvre de 1968 à 1972. Ingénieur au ministère de la Défense. Maîtrise d'Histoire de l'art à l'université de Paris I :

 « L'orientalisme chez le peintre Armand Point ». Prépare actuellement un D.E.A. sur ce même artiste.


(Alger 1861, - Naples 1932,)




A deux pas de la rue Bab Azoun, au 9 de la rue René Caillé, Armand Point naît à Alger, le 23 mars 1861. Son père, François Victor Point, d'origine bourguignonne a 25 ans et sa mère, Caroline Amélie Mestas en a 21. Il est plâtrier, elle est modiste. Ils meurent prématurément, rue Soggemah; lui en octobre 1867, elle en mars 1868, alors que sévissent à Alger, d'abord une épidémie de choléra, puis une autre de typhus. À sept ans à peine, le petit Armand est pris en charge par Mme Mestas, sa tante.
Il est inscrit, à Paris, au collège Rollin en avril 1870, en classe de neuvième. Traversant la période du siège de la ville par les Prussiens, puis celle de la Commune, il montre de bonnes aptitudes générales, avec un goût rapidement marqué pour le dessin, vivement encouragé par Auguste Herst, son professeur qui expose régulièrement au Salon de Paris. Élève de troisième, en 1877, il obtient un accessit au concours général de dessin d'imitation. Sa vocation est déjà affirmée : il sera peintre.

Nostalgique de son pays natal, il quitte brusquement Paris pour Alger en 1878 « avec pour tout bagage, un carton à dessin sous le bras. » Il effectue alors son service militaire en Algérie, et participe à la campagne de Tunisie qui commence en avril 1881; il devient aussi l'élève et l'ami d'Hippolyte Lazerges (1817-1887), artiste d'origine narbonnaise qui travaille régulièrement en Algérie et a dessiné le blason d'Alger. Pendant plusieurs années, Lazerges s'installe à la villa Roux, à Mustapha, et y travaille avec son fils Paul, le caricaturiste Salomon Assus, le critique d'art Gonzague-Privat et Armand Point. Hippolyte Lazerges est sans doute l'artiste qui a le plus contribué, avec Herst, à la formation technique du jeune algérois, qui peint un de ses premiers tableaux sur un sujet militaire. 
« Tunisie - Campagne de 1881 », sa première œuvre figurant au prestigieux Salon de Paris en mai 1882 est acquise par l'État; belle réussite pour un artiste de 21 ans! En cette même année 1882, Armand Point dessine au fusain un de ses très rares autoportraits, dans lequel l'intensité de son regard témoigne de sa passion pour l'art et de son enthousiasme devant la carrière qui s'ouvre à lui (fig. 1).

Armand-Point-Scene de rue
Armand Point :
 «  Scène de la rue à Alger »
  ( 1882)
(fig 2)  (Coll. Particulière)
 
 
Dans les premières années de son parcours d'artiste en Afrique du Nord, il travaille principalement dans les environs d'Alger. Il représente des sujets à caractère militaire (zouaves et lignards), et surtout la vie locale (scènes de rue ou scènes d'intérieur), tantôt en peinture comme « Scène de la rue à Alger » (fig. 2) de 1882, « Étude d'intérieur à Alger » de 1886, ou « La mosquée de Sidi Abd-er-Rhaman » , tantôt à l'eau forte comme «Bourricots sur la plage, près d'Alger ». Dans le premier tableau, Point montre une rue débouchant sur une placette où stationnent quelques marchands arabes, les uns à l'ombre, d'autres en pleine lumière; sur la gauche, un chamelier guide son animal. À l'arrière-plan, on aperçoit un minaret et une coupole qui paraissent être ceux de la mosquée Djedid, située sur la place du Gouvernement. Le second tableau montre la cour intérieure d'une maison algéroise occupée par un tisserand au travail et son entourage: une jeune femme file au rouet tandis qu'une autre prépare un fruit et qu'un enfant sert le thé. Dans ces deux tableaux, le jeune artiste rend, avec beaucoup de sincérité et de vérité, l'atmosphère sereine et tranquille de l'activité locale. Pas de pittoresque facile, la lumière puissante éclaire les deux scènes en accusant les contrastes entre plages lumineuses. La vie culturelle est déjà bien organisée à cette époque à Alger: le carnaval, le théâtre et l'art lyrique sont très appréciés; la société des sciences, des lettres et des beaux-arts y organise une exposition artistique et industrielle en 1880; l'École des beaux-arts y est créée en 1881 et présente une autre exposition artistique en 1884. Toutefois, il n'existe alors aucun local régulièrement disponible pour présenter les œuvres des artistes locaux; ceux-ci profitent donc des vitrines des photographes, comme Famin et Geiser (pour la plupart installés rue Bab-Azoun), pour montrer leurs derniers travaux proposés à la clientèle algéroise ou en instance de départ pour les salons parisiens. La presse indique à ses lecteurs les œuvres les plus importantes. Celles d'Armand Point sont souvent signalées avec des commentaires qui montrent que la réputation de l'artiste se développe progressivement. Le peintre participe activement à la vie de l'agglomération : il fait partie du comité des fêtes de Mustapha-Supérieur en 1888; il offre une œuvre lors d'une tombola organisée en 1889, tout comme Sintès, Raynaud, Salomon Assus et Charles Landelle. Il se signale aussi involontairement à l'opinion, en janvier 1888, lors de la venue de l'hypnotiseur Pickman qui se produit au théâtre municipal, avec le même succès qu'en métropole et en Belgique. Celui-ci, détectant sans doute la réceptivité du jeune peintre à des pouvoirs paranormaux, le choisit dans un groupe d'amis, l'endort et lui enjoint de se rendre le lendemain à la brasserie du Nord où il viendra l'attendre. Réveillé et informé par ses amis, des prescriptions de l'hypnotiseur, Point promet de ne pas obtempérer. Mû par une force qu'il ne maîtrise pas, il s'exécute cependant et arrive à l'heure fixée par Pickman à la brasserie où une foule bruyante l'accueille. Le lendemain, la presse algéroise rend compte de l'événement!.
 
La vie culturelle est déjà bien organisée à cette époque à Alger: le carnaval, le théâtre et l'art lyrique sont très appréciés; la société des sciences, des lettres et des beaux-arts y organise une exposition artistique et industrielle en 1880; l'École des beaux-arts y est créée en 1881 et présente une autre exposition artistique en 1884. Toutefois, il n'existe alors aucun local régulièrement disponible pour présenter les œuvres des artistes locaux; ceux-ci profitent donc des vitrines des photographes, comme Famin et Geiser (pour la plupart installés rue Bab-Azoun), pour montrer leurs derniers travaux proposés à la clientèle algéroise ou en instance de départ pour les salons parisiens. La presse indique à ses lecteurs les œuvres les plus importantes. Celles d'Armand Point sont souvent signalées avec des commentaires qui montrent que la réputation de l'artiste se développe progressivement. Le peintre participe activement à la vie de l'agglomération : il fait partie du comité des fêtes de Mustapha-Supérieur en 1888; il offre une œuvre lors d'une tombola organisée en 1889, tout comme Sintès, Raynaud, Salomon Assus et Charles Landelle. Il se signale aussi involontairement à l'opinion, en janvier 1888, lors de la venue de l'hypnotiseur Pickman qui se produit au théâtre municipal, avec le même succès qu'en métropole et en Belgique. Celui-ci, détectant sans doute la réceptivité du jeune peintre à des pouvoirs paranormaux, le choisit dans un groupe d'amis, l'endort et lui enjoint de se rendre le lendemain à la brasserie du Nord où il viendra l'attendre. Réveillé et informé par ses amis, des prescriptions de l'hypnotiseur, Point promet de ne pas obtempérer. Mû par une force qu'il ne maîtrise pas, il s'exécute cependant et arrive à l'heure fixée par Pickman à la brasserie où une foule bruyante l'accueille. Le lendemain, la presse algéroise rend compte de l'événement!.
 
Armand-Point-cavalier
Armand Point : Cavalier arabe dans le sud
1887, Coutance, collestion de Musée Quesnel-Morigniére
(fig 4)

À partir de 1884, Point travaille aussi à Bou-Saâda, l'oasis la plus proche d'Alger. À cette époque, il faut environ 39 heures pour parcourir les 250 km qui séparent les deux cités, les 135 km du parcours final, d'Aumale à Bou-Saâda, effectués en voiture à sept chevaux transportant seulement cinq voyageurs, nécessitant à eux seuls 22 heures de piste. Le ksar, construit en amphithéâtre autour de la palmeraie qui fait sa richesse est occupé par l'armée depuis 1849. Gustave Guillaumet (1840-1887), sans doute le peintre orientaliste le plus important, travaillant alors en Algérie, séjourne pour la dernière fois à Bou-Saâda en 1884. Il est admis à travailler dans les maisons indigènes et laisse, en particulier, des scènes d'intérieurs empreintes d'une profonde humanité. Point l'a peut être rencontré ou a vu certaines de ses œuvres il manifeste quelque parenté avec lui dans le choix des sujets, dans les attitudes réalistes des personnages mis en scène, mais avec plus de sentiment de bonheur et une plus grande exaltation de la lumière éclatante du désert.
Il peint plusieurs scènes sahariennes, toutes situées à Bou-Saâda et datées de 1884 à 1891. Citons « Femmes au bord de l'oued Bou-Saâda» de 1884, « Halte dans le désert » de 1887, « Cavalier arabe dans le Sud » (fig 4) également de 1887, et « Jeunes filles lavant du linge dans l'oued Bou Saada » (fig 5). Dans le tableau de la figure 4, un cavalier est bien campé sur la selle à laquelle il a fixé son arme; le chevaltrotte allégrement sous le soleil ardant;  le peintre montre son admiration pour ce cavalier empreint de fierté et pour le désert qui l'entoure. Dans le tableau de la figure 4. des jeunes filles, descendues du ksar, savonnent, rincent et foulent aux pieds, dans l'oued Bou-Saâda, le linge familial dans une ambiance chaleureuse de bavardages et de rires. Au fond, la palmeraie se déploie au pied de la colline dominant l'oasis.
 
Armand-Point-Jeunes-filles-linge
Armand Point : « Jeunes filles lavant du linge dans l’Oued Bou-Saâda » (1891)
    ( Collection particulière)
(fig 5)
Le peintre se marie, peut-être en 1885, mais l'état civil de son épouse reste inconnu.
Il revient en métropole vers 1884 pour des séjours limités et expose régulièrement au Salon de Paris. Il est nommé membre du Comité du département d'Alger, chargé de la préparation de l'Exposition universelle de 1889. Le Palais algérien, construit par les architectes locaux, Ballu et Marquette, est édifié sur l'esplanade des Invalides, à l'emplacement actuel de l'aérogare; il comporte une reproduction du minaret de la mosquée Sidi Abd-er-Rahman d'Alger. Des orfèvres, brodeurs, tisseurs, bijoutiers..., y obtiennent un grand succès public. Outre divers tableaux de chevalet, Armand point, (sur le thème du printemps), Marzocchi, Dubois et Noailly, y réalisent de grands panneaux décoratifs quisont présentés à Alger avant d'être installés dans le Palais algérien. Aucune reproduction de ces œuvres n'a malheureusement pu être retrouvée.

À partir de 1889, l'artiste réside de plus en plus longtemps en métropole et s'installe à Sarrois, près de Fontainebleau avec son épouse. Ses séjours en Algérie se raréfient, le dernier à Bou-Saâda et Alger en mai et juin 1891. C'est presque un adieu à son pays natal, puisqu'il n'y reviendra qu'une seule fois, beaucoup plus tard, en 1926. De 1893 à 1898, Armand Point participe à plusieurs expositions orientalistes présentées à Paris, et reste ensuite membre de la Société des peintres orientalistes français. Il s'établit à Mariotte, près de Fontainebleau, en 1892. Ses préoccupations artistiques sont alors tournées vers le mouvement symboliste des Rose-Croix, puis ses déplacements en Italie l'influencent profondément. À partir de 1915, il peint de nombreux paysages de la Creuse et d'Auvergne. Il meurt à Naples en 1932, victime des suites d'un refroidissement.
Robert Doret
(texte paru dans le n° 95  Septembre 2001 de l’Algérianiste)


Bibliographie
- DORÉ Robert, L'Orientalisme chez le peintre Armand Point, mémoire de maîtrise présenté à l’Université de Paris I - Panthéon-Sorbonne, Paris, juin 2000.
- Presse d'Alger de la période 1880-1891.

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