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Edouard HERZIG (1860-1926)

Écrit par David DARMON-OLIVENCIA. Associe a la categorie Peinture

Parmi les artistes qui ont magnifié l'Algérie, un de ceux qui l'ont le mieux servie est certainement Edouard Herzig,

HerzigNé à Neufchâtel le 23 décembre 1860, Edouard Herzig était Suisse. Venu jeune en Algérie, il y demeura, fit de ce pays sa patrie d'adoption et son oeuvre est comme l'expression la plus pure de sa gratitude pour la terre qui l'a recueilli et de son total dévouement à sa cause. A la sortie de l'Ecole Normale Suisse, un grand désir le prend, celui de voir des pays nouveaux, d'échapper à la contrainte de la carrière qu'on lui a imposée. Un jour de 1883 il part pour Marseille. Il réussit à s'embarquer pour l'Algérie qu'il connaît par les livres d'Eugène Fromentin que le hasard a placés entre ses mains et qui l'attire irrésistiblement. Il y arrive, en est épris et ne la quittera plus.

C'est en Kabylie qu'il se fixe tout d'abord et c'est là qu'il reprendra ses crayons et ses pinceaux un moment abandonnés. Entre-temps, il a acquis, à 26 ans, la qualité de Français, s'est marié, a fondé une famille, a passé un concours et a été nommé greffier de la justice de paix de Tizi-Ouzou. En Kabylie , Edouard Herzig retrouve un peu de l'air nataI. La neige n'y est point éternelle, mais le soleil d'Afrique la dore de si étranges reflets. Il aime ce pays du premier coup, comme on aime les vieilles patries et il le fait sien. Dans les ravins verdoyants, près des antiques fontaines où viennent, le soir, chercher de l'eau les femmes Kabyles portant sur l'épaule en un geste gracieux, les cruches élancées, dans ce milieu de poésie et d'imprévu, il puise ses premières inspirations et sa vocation, encore incertaine, s'affirme et se précise.

Alger le tentait parce qu'il savait y trouver des maîtres distingués et que son rêve était de se perfectionner et de s'instruire. L'art arabe l'attire et il se passionne pour cette chose merveilleuse. A l'Ecole des beaux-arts, il est le compagnon de Rigotard, de Muller, d'Assus, de Randavel, d'une pléiade d'artistes épris comme lui de la beauté du pays et du charme de ses paysages. En 1901, il fera sa première exposition, sollicitant le jugement du public. Il est inquiet, presque honteux devant les premières ébauches qu'il lui livre, où s'affirment cependant les résultats d'un effort personnel, consciencieux et persévérant. Chaque année, il subira l'épreuve et s'exposera à la critique du public qui pourra, en retour, suivre pas à pas l'évolution de sa facture et les progrès de son talent.

A la demande du gouverneur général Jonnart, il exécutera des modèles de tapis, de broderies, de céramiques. Il réussit ainsi une documentation d'une richesse infinie qui sert à tous les ouvroirs officiels pour l'établissement de leurs maquettes. Avec la collaboration d'un distingué céramiste et chimiste, M. Langlois, Edouard Herzig a conçu, il y a quatre-vingts ans, toute une série d'objets utilitaires en même temps que décoratifs, pour la réalisation desquels s'alliaient harmonieusement l'art et la technique.

Mais il fallait vivre et faire vivre sa femme, ses trois filles (Fernande, Yvonne et Edmée)*. La peinture, en ce temps-là, ne nourrissait pas celui qui s'y consacrait. Edouard Herzig se fait illustrateur, caricaturiste. Avec une grande légèreté de touche et sans méchanceté, il s'amuse par ses dessins sur les moeurs et les gens de l'époque.

L'effort opiniâtre d'Edouard Herzig atteint son maximum et sa récompense au pavillon de l'Algérie à l'exposition des arts décoratifs de Paris en 1925. Grâce au gouverneur général, un ensemble considérable y est exposé, exécuté par des artisans à l'instigation et sur les conseils et les modèles d'Edouard Herzig : tapis, bois sculptés, cuivres ciselés, bijoux émaillés, broderies, etc. C'est pour beaucoup la révélation de la renaissance de l'artisanat algérien à laquelle il travaille depuis tant d'années. L'artiste, animé d'idéal, a su triompher de tous les obstacles et de l'incompréhension à laquelle trop souvent il s'est heurté. Cette activité prodigieuse et féconde, Edouard Herzig a su la concilier avec l'épanouissement de sa carrière de peintre. Il rapporte une quantité infinie de toiles extrêmement variées dont la technique a atteint la plénitude et qui sont la joie des connaisseurs. Le succès est venu. Après Alger, Oran, Constantine et Tunis, Paris abrite ses expositions. Mais l'artiste reste l'homme simple et modeste qu'il était à ses débuts, sévère envers lui-même mais indulgent pour autrui.

Edouard Herzig a, malgré tout, le temps de vagabonder à travers les vieilles et pittoresques rues de la ville arabe. Il se révèle un humoriste de qualité et d'esprit le plus fin par les croquis qu'il en rapporte. Les types algériens sont surpris par lui dans leur comportement le plus naturel et le plus caractéristique. Les défauts, les travers sont révélés avec bonhomie, avec malice certes mais sans malveillance. Il laissera de ce chef une oeuvre considérable, aujourd'hui dispersée et qui demeure un monument documentaire sur un passé encore récent, que les bouleversements de notre époque font paraître déjà si lointain. Dans cette spécialité, Edouard Herzig a eu du succès aux " Humoristes de Paris " et à l'Exposition internationale des Humoristes de Londres.

Et c'est au retour d'un voyage d'études au Maroc, en octobre 1926, qu'il disparut trop tôt, emporté par la fièvre typhoïde. Il quitta la vie sans bruit et modestement il avait accompli son oeuvre considérable au prix d'un rude et probe labeur.

David DARMON-OLIVENCIA

* Ses enfants, artistes comme lui par une sorte de prédestination, portent bien haut la gloire de leur nom. Parmi eux, Yvonne Kleiss-Herzig (1895-1968), grand prix artistique de l'Algérie en 1928, peintre de très grand talent et Fernande Gazan-Herzig (1892-1979), miniaturiste sur ivoire.

(article extrait de la Revue " l'Algérianiste " n° 61 de mars 1993)

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