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Pierre Blanchard (1892-1963)

Écrit par Yves NAZ. Associe a la categorie Artistes célèbres

 

 

 

Pierre Blanchard

Le prince du cinéma

pblanchard1 Pierre Blanchard


À Philippeville, maintenant Skikda, dans la rue Clemenceau, la rue principale du port de la côte constantinoise, s'alignaient sous les célèbres arcades les vitrines d'un grand magasin de tissus, mercerie, confection homme et femme au nom des « Successeurs de A. Blanchard ». Sa publicité précisait: « Nouveautés – Maison fondée en 1856 ».

 

La rue Clemenceau à Philippeville
Où se situait le grand magasin « Successeur de A. Blanchard »
appartenant aux parents de l’auteur, ( coll. part.)


Alexandre Blanchard est le fils d'un de ces malheureux apprentis colons qui descendirent sur les canaux, de Paris vers la Méditerranée, pour aboutir finalement en 1849 à Robertville, village de colonisation naissant, à 25 km au sud-ouest de Philippeville. En 1865, il rejoint cette ville et se fait engager par un mercier auquel il succède en 1888. Secondé par une épouse très active, il développe considérablement son commerce. Le couple acquiert une certaine aisance et s'efforce de donner une bonne éducation à ses enfants; ainsi Pierre (exactement Gustave, Pierre), né le 30 juin 1896 à Philippeville, fait de bonnes études; on raconte qu'il aimait jouer la comédie avec un de ses camarades devant sa famille. Il voudrait entrer dans la Marine. Pour cela, il va à Alger pour préparer l’ Ecole des Officiers de la Marine Marchande. La Grande Guerre survient et le voilà soldat dans les tranchées. En 1916, à vingt ans, il est gazé à l'ypérite. Sa vue est sérieusement menacée et il ne se rétablit qu'après une longue convalescence. Ses rêves de Marine s'envolent. A Paris alors, il s'oriente vers l'art dramatique et entre au Conservatoire. Il en sort avec le deuxième prix. Il est immédiatement engagé au Théâtre Antoine (1919). On lui propose un rôle au cinéma en 1921. Donc dès le départ, il mènera une double carrière sous le nom de Pierre Blanchar (sans le d).


Le cinéma (muet) en pleine expansion a besoin d'artistes à la personnalité et au jeu marqués pour toucher le plus vaste public. Ainsi en 1922, il interprète Lamartine dans « Jocelyn » de Léon Poirier. Parmi ses nombreux films, on peut citer: en 1924 « L'arriviste » d'André Hugon, en 1928 « La valse de l'adieu » d'Henry Roussel, en 1929 « Capitaine Fracasse » d'Alberto Cavalcanti, œuvre qui a un grand succès. Il est devenu le jeune premier romantique par excellence. C'est à cette époque qu'il est surnommé « le prince du cinéma ».  Au théâtre, Marcel Pagnol le fait jouer dans « Jazz » en 1926. Un jour, en 1929, rentrant d'Angleterre, car il est demandé par les réalisateurs aussi bien à Paris qu'à Londres, Rome ou Berlin, Pierre Blanchar rencontre Pagnol, lui rapporte qu'il vient d'assister à la présentation d'un film parlant et le convertit à cette nouvelle technique.
Ce cinéma parlant, qui voit le déclin définitif de tant d'acteurs du muet, donne au contraire à la carrière de Pierre Blanchar un nouvel élan. C'est qu'on découvre sa voix aux nettes articulations; ses silences alliés à son regard parfois fixe, impénétrable, les expressions ambiguës de son élégant visage font merveille dans les rôles de héros tourmentés.
Aussi est-il très sollicité et il va tourner, de 1930 à 1934, dans vingt-sept films. Parmi eux citons: « Les Croix de bois » (1931), tiré du roman de Roland Dorgelès, réalisé par Raymond Bernard; sa cruelle expérience de la guerre des tranchées l'avait, ô combien, préparé à ce rôle. « L'Atlantide » (1932) tiré du roman de Pierre Benoit, réalisé par G. Pabst; malgré le succès du film, son jeu y est trouvé quelque peu outré. « Crime et châtiment » (1934), tiré du roman de Dostoiëvsky, de Pierre Chenal; il y campe un Raskolnikov hallucinant. « Un carnet de bal » (1937) de Julien Duvivier; celui-ci y a réuni le gotha du cinéma français.
Il reçoit en 1935 la coupe Volpi (prix de la meilleure interprétation masculine) au Festival de Venise.


La Deuxième Guerre mondiale, puis l'Occupation ne l'arrêtent pas. Contrairement à certains artistes qui se réfugient aux USA; il reste en France. Il exprime ses sentiments de résistance dans

« Pontcarral,  colonel d'Empire »  (1942) de Jean Delannoy; dans « Patrie », réalisé par Louis Daquin et sorti en 1945. II obtient un franc succès dans « Le bossu » de Jean Delannoy encore. Lui-même réalise deux films aujourd'hui oubliés. En 1944, il est président (avec André Luguet) du Comité de libération du cinéma. On lui doit la réalisation et le commentaire du reportage sur la libération de Paris. Après 1945, sa carrière brille de tous ses feux; l'âge venant, il abandonne les rôles de jeune premier pour des rôles plus  personnels dans des oeuvres fortes comme « La symphonie pastorale » (1946) d'après le roman d'André Gide, dirigé par Jean Delannoy, le film a un grand succès, mais l'interprétation de Pierre Blanchar est souvent jugée outrée; « Le bataillon du ciel » (1946)  d'Alexandre Esway; « Après l'amour » (1947) de Maurice Tourneur; «Docteur Laennec » (1949) de Maurice Cloche.


Son énergie ne le quitte pas. Il enregistre des textes, des poèmes comme « Les fleurs du mal » dans une interprétation remarquable. Mais c'est le théâtre qui l'intéresse toujours autant, il s'y fait remarquer dans des œuvres de Marcel Achard, Montherlant, Albert Camus... Celui-ci le choisit pour le rôle principal des « Possédés » (1959). À cette occasion, J.-J. Gautier dans le Figaro écrira: « Le succès est avant tout dû à Blanchar ». Il a été même, pendant une courte période, pensionnaire à la Comédie française (1946-1947). En 1960 il intègre la Compagnie Renaud-Barrault. Avec Camus, il aime évoquer leur terre natale commune. Il entretient aussi des relations d'amitié avec Edmond Brua.
C'est qu'il n'a jamais oublié Philippeville et il s'y rend de loin en loin. Il y est reçu avec respect et affection dans le grand appartement au-dessus du magasin ou à la villa de la plage Marquet, lieu qu'il affectionne particulièrement. Mais sa vie professionnelle et sa vie familiale le retiennent à Paris : marié à Marthe Vinot, il a deux filles dont l'une, Dominique Blanchar, se fait remarquer toute jeune dans le rôle d'Agnès des « Femmes savantes » et devient une excellente comédienne qu'on a eu le plaisir de voir dans « Les dames de la côte ». Il tourne encore en 1961 dans « Le monocle noir » de Georges Lautner. Souffrant d'une tumeur au cerveau, il meurt le 20 décembre 1963.



Partenaire des plus grands comédiens de son temps comme Marie Bell, Annie Ducaux, Michèle Morgan, Madeleine Ozeray, Simone Renan ou Harry Baur, Jean Dessailly, Louis Jouvet, Paul Meurisse, Raimu, entre autres, dirigé par les réalisateurs les plus renommés comme Claude Autan-Lara, Jean Delannoy, Julien Duvivier, Léon Poirier, Maurice Tourneur, pouvant interpréter des personnages historiques comme Chopin ou le Dr Laennec ou des personnages de la littérature comme Saint-Avit (« L'Atlantide ») ou Raskolnikov (« Crime et châtiment »), malgré son jeu que l'on juge maintenant trop appuyé, Pierre Blanchar demeure l'un des plus grands acteurs français du siècle dernier. Pour finir, laissons la parole à un comédien contemporain, Daniel Auteuil: « II y a quelque chose dans son visage qui n'est pas lié à son époque, un élan vital très fort qui s'exprime dès le premier regard ».


Yves Naz



Filmographie de Pierre Blanchar

En tant que réalisateur  
-  1942 « Secrets » Pierre Blanchar
-  1943 « Un seul amour » Pierre Blanchar
En tant qu'interprète:  
-  1919 « Papa bon coeur » Jacques Gretillat
-  1922 « Jocelyn » Léon Poirier
-  1923 « Aux jardins de Murcie » René Hervil, Louis Mercanton
-  1923 « Geneviève » Léon Poirier
-  1923 « Le juge d'instruction » Marcel Dumont
-  1924 « L'arriviste » André Hugon
-  1925 « La terre promise » Henry Roussel
-  1926 « Le joueur d'échecs » Raymond Bernard
-  1927 « La valse de l'adieu » Henry Roussel
-  1928 « Diane » Eric Waschneck
-  1928 « La marche nuptiale » André Hugon
-  1929 « Le capitaine Fracasse » Alberto Cavalcanri
-  1931 « La couturière de Lunéviïle » Harry Lachman
-  1931 « Les croix de bois » Raymond Bernard
-  1932 « L'Atlantide » Georg Wilhelm Pabst
-  1932 « La belle marinière » Harry Lachman
-  1932 « Mélo » Paul Czinner
-  1933 « Au bout du monde » Henri Chomette, Gustav Ucicky
-  1933 « Cette vieille canaille » Anatole Litvak
-  1933 « Iris perdue et retrouvée » Louis Gasnier
-  1933 « L'Or » Karl Harti, Serge de Poligny
-  1934 « Crime et châtiment » Pierre Chenal
-  1934 « Le diable en bouteille » Heinz Hilpert, Reinhart Steinbicker
-  1934 « Turandot, princesse de Chine » Serge Lamprecht, Serge Véber
-  1935 « Amants et voleurs » Raymond Bernard
-  1935 « Les bateliers de la Volga » Vladimir Strichewsky
-  1936 « L'homme de nulle part » Pierre Chenal
-  1936 « Mademoiselle Docteur : Salonique, nid d'espions » Georg Wilhelm Pabst
-  1937 « L'affaire du courrier de Lyon » Maurice Lehrnann, Claude Autant-Lara
-  1937 « La dame de pique » Fédor Ozep
-  1937 « L'étrange M. Victor » Jean Grémillon
-  1937 « Un carnet de bal » Julien Duvivier
-  1937 « Une femme sans importance » Jean Choux
-  1938 « A royal divorce » Jack Raymond
-  1938 « Le joueur » Gerhard Lamprecht, Louis Daquin
-  1939 « L'empreinte du dieu » Léonide Moguy
-  1939 « La nuit de décembre » Kurt Bernardht
-  1941 « La neige sur les pas » André Berthomieu
-  1942 « Pontcarral, colonel d'Empire » Jean Delannoy
-  1942 « Secrets » Pierre Blanchar
-  1943 « Un seul amour » Pierre Blanchar
-  1944 « Le bossu » Jean Delannoy
-  1945 « Patrie » Louis Daquin
-  1946 «  Le bataillon du ciel » Alexandre Esway
-  1946 «  La symphonie pastorale » Jean Delannoy
-  1947 «  Après l'amour » Maurice Tourneur
-  1948 « Le bal de Cupidon » Marc-Gilbert Sauvajon
-  1948 « Docteur Laennec » Maurice Cloche
-  1949 « Mon ami Sainfoin » Marc-Gilbert Sauvajon
-  1959 « Du rififi chez les femmes » Alex Joffé
-  1959 < Katia » Robert Siodmak
-  1961 « Le monocle noir » Georges Lautner

In „“ l’Algérianiste““ n° 118

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